DIII.

L’Espace du Palais, quatrième et
dernière fois. Que dire qui vaille ? Comment raconter
l’effondrement ? D’un monde rêvé, puis fini, au bout de tant de mois, il
ne reste rien. Les cases sont vides. Tout est en plein vent. Les ruines, leur
charme, plus quelques gardiens. Ces derniers sont désœuvrés. Ils accueillent
les visiteurs avec plus de résignation que de nonchalance. Ils connaissent,
intuition, la date finale de leurs fonctions. Bientôt. Nous voici devant un
formidable ratage. Un de plus.

Une fois fermées les dernières
boutiques et partie la Fédération, que se passera-t-il ? On espérera de
grandes administrations, de grandes écoles, de grandes entreprises. Côté
commerce, on attendra, telles les grenouilles, la grande enseigne réputée locomotive. Bref, on patientera face aux
mirifiques promesses.

Mais j’y pense : la
dernière grande enseigne que la ville ait connue fut, jadis, une lyre
monumentale posée sur le toit des Folies Bergère de l’Île Lacroix. Les
Rouennais dominateurs et sûrs de d’eux-mêmes l’ont mise bas en juin 1967.
C’était au moment de la Guerre des Six jours. A mon humble avis, aucun rapport
mais sait-on jamais ! Toujours est-il qu’aujourd’hui, une étalagiste
contemporaine a voulu raviver ce souvenir par de besogneuses installations en matière
plastique. On nous dit que c’est à cause des bêtises de Rouen impressionnée. Force est de le croire.

Mais je m’égare. Il est douteux que
l’Espace du Palais voit revivre un jour, en lieu et place, les Folies Bergère.
Si oui, je me serai, toute ma vie, trompé du tout au tout. Sur les Municipaux,
sur les commerçants et sur le réalisme de notre société. Non, le plus probable
c’est que ce bâtiment va rejoindre la liste (un peu longue) des ruines
insensibles dont notre ville semble se faire une spécialité.

Sur ce simple sujet, de nouveau
une brève incise, il n’est que de pénétrer dans l’Espace Monet-Cathédrale (grille
ouverte) et de se poster face au nord : à votre gauche, l’arrière du magasin
Hema (publicité gratuite) et à
droite, la façade de l’hôtel Romé (publicité payante). Et là, vous dites à
haute et intelligible voix : tout ça
pour ça !

Je m’égare encore. Vrai qu’à
Rouen, les occasions ne manquent pas. A tous points de vue. Ainsi, constatant la
destruction (future) du présent, je me souviens avec candeur de ce qui existait
avant, encore avant autrefois. Cet endroit qu’on nommait le marché aux fleurs, cette
construction mise en lieu et place de l’hôtel (encore un) des Sociétés Savantes.

Flanqué d’un parking bétonné sur pilotis, c’était un vaste
espace occupé par deux galeries couvertes. Un seul niveau, boutiques se faisant
face, périmètre de verdure. De l’horizontal sans fioriture, de l’utilitaire simple
et durable. Sans doute trop. Et oublié aussi. A point tel que mon évocation rend
mal le charme des lieux. Disons aussi que le parking était plutôt mastoc et
qu’une station-service mobilisait un peu trop le décor. N’empêche, dites, un
marché aux fleurs ! C’est à de tels détails qu’on voit que le monde
moderne ne nous épaissit pas : lorsque la culture remplace l’horticulture.

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