DI…

Oui, que deviendra l’Espace du Palais ? Lorsque les dernières boutiques auront fermé et que la Fnac aura remballé ses cartons, qu’en restera-t-il ? Je sais, il y aura encore la bibliothèque municipale. C’est vrai qu’on ne voit plus personne diront-elles. C’est que déjà, dans le Patio (appellation nouvelle) ça s’égaille (ne pas confondre avec s’égayer). Dame, les marinas-pieds-dans-l’eau, ça ne dure qu’un temps. La plage, la ferme, les animations pour enfants, tout ça ! Vous connaissez les Rouennais comme moi : pas plus changeants, versatiles et de mauvaise foi.

A l’origine, le bâtiment, appartements et parkings, furent vendus pour ce qu’ils étaient : un bon placement. Ah, qu’il ferait bon vivre ici, en centre ville, avec les services à proximité. Il y avait même, au sous-sol, au milieu de trente-six cases commerciales, un supermarché. Je ne suis jamais allé au pays des soviets, mais tout comme. Vers la fin de l’après-midi, les rayons étaient déserts. Clients et marchandises. Pratique quand on cherche des biscottes et du Nescafé. C’est par là disait une vendeuse, au fond. Les boutiques fermèrent (déjà) et on en remballa les paquets de nouilles. Déjà.

Comme d’habitude, l’Espace du Palais, architecture moderniste du temps, plût. Comme plurent les Fronts de Seine, le Champ de Mars, l’Espace Monet-Cathédrale, et quoi encore ? Le Rouennais, dès qu’il s’agit de se loger, ne lésine pas. Les grands moyens. On est pas des moindres. L’emballement et la gloriole. Tout retombe vite et on passe à autre chose. Nous en sommes là.

Pas mal d’habitués du palais de justice se félicitèrent de la construction. Habitués du palais, n’entendez pas justiciables, mais professionnels de la dame à la balance. Logés là, disaient-ils, nous irons plaider en pantoufle (ils le font souvent). Qu’on soit de la magistrature assise ou debout, on avait des digicodes rue de la Poterne. Pensez si c’était chic. C’est cher, oui, mais faut ce qui faut. Allez, on revotera Jean Lecanuet.

Vint le temps où on s’aperçut que ce Palais d’été virait à la Cité interdite. La nuit, le bruit, les coolies à nos portes. La galerie commerciale désertée, les frais de copropriété qui augmentent, sans parler des voisins d’en face. Que va-t-on devenir ? Rue Ecuyère, la Fnac était l’étroit. Déménageons. Chose dite, chose faite. Là où on vendait des conserves, on achèterait des livres (c’est souvent la même chose).

Yvon Robert, fraichement élu, reprit sa calculette. Il déclassa une partie du terrain pour agrandir les rayonnages. A L’Échiquier, on se félicita de son choix. Comme le picon-citron-curaçao du Bar de la Marin : un tiers de commerce, un tiers de béton, un tiers de culture, et un dernier tiers de politique. Sans glace ou avec, les Rouennais, devenus tous de gauche, étaient ravis.

A l’époque, j’avais encore quelques amis, la plupart jeunes architectes (ce n’est pas le bon ordre). Ils ne décoléraient pas. A un premier saccage en succédait un autre. Ce qui consolait, c’est que la Fnac s’agrandisse. Ah, ça, au moins, c’est bien. Comme dit la chanson : La suite lui prouva que non.

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