CDLXLIX.

Rejeton de portuaires, j’ai fréquenté (un peu) deux bars des quais : Le Cadran et Le Marégraphe (d’autres bars aussi, mais plus tard). Disons tout de suite que sur les quais ne signifie rien (ou plus grand-chose). Seuls ceux d’avant-guerre peuvent écrire sur les quais. Après, ce fut un temps autre. Temps qui, lui aussi, passa. Aujourd’hui, on peut (on pourrait) le redire. Dire, oui : hier, je suis allé au Marégraphe, sur les quais. Le dire sans le dire. Ce ne sont plus les mêmes, ni quais, ni marégraphe.

Le Marégraphe le vrai, était un grand café, appelé (pour l’exactitude) Café du Marégraphe. Plus grand que Le Cadran (dit lui aussi Café du Cadran). Et pour tout dire, mieux fréquenté. Le premier surtout par les dockers ; le second par les portuaires, soit les gens du port. Alors, portuaires ne se disait pas et encore moins usagers du port. On parlait de transitaires, terme vague mais suffisant.

Dans d’autres sphères (et d’autres bars) évoluaient les marins. Sans les capitaines. Et encore moins les armateurs. Enfin si, mais bon. Tout ça est loin. Que reste-t-il des cafés du port, des dockers et des marins ? Du loisir et du culturel. Il suffit de flâner sur les nouveaux quais et constater que les petits-fils des dockers sont juchés sur patins à roulettes. Ils virevoltent sans souci de succéder à leurs aïeux. Admettons qu’ils n’aient pas tort.

Pour trouver les labeurs d’antan (sans ressemblance) il faudrait se rendre plus loin, vers les quais de Stalingrad ou de Danemark. Là, dans des bureaux sinistres et climatisés, de jeunes chinoises parlant norvégien envoient de mails sur mails à Georgetown ou Luanda. Au déjeuner, s’attablent-elles au Marégraphe newlook ? Il est à craindre que non. Qu’iraient-elles y faire ou attendre ? Quel apprenti boxeur de Biskra viendrait les y rejoindre ? Hélas, les stagiaires de Ningbo sont sages. Un peu espionnes oui, mais moins naïves qu’il n’y parait.

Ce n’est pas qu’elles s’amusent à Rouen, notez bien. Il s’en faut. Le dimanche, elles déambulent par deux dans les allées du clos Saint-Marc. Elles découvrent les poivrons farcis, les tracts centristes et le l’accordéon forcené d’Erika. Quel pays enchanté que la France ! Tout y est sans importance. Personne ne croit à rien et ne sait ce qu’il faut penser. Et elles ne diront rien de ces immondes fromages.

Bon alors, et Le Cadran ? Qu’en ai-je à raconter qui vaille le bel aujourd’hui ? Peut-être ceci : un soir de février 1962, un Américain baraqué y fit une brusque entrée. Avec force, il réclama une dépanneuse, à défaut l’US Army. Venait d’Evreux, était chauffeur, avait un pneu crevé et un patron impatient. Dans ce genre, le quai Gaston-Boulet n’a jamais manqué de ressources, surtout à l’heure de l’apéritif.

C’est ainsi que Thierry (dit Titi) employé chez Transcap, changea la roue d’une Chevrolet Corvette bleu métallisé. Pendant ce temps, Robert Kennedy (frère de précédent) et son chauffeur, abrités de la pluie, trinquèrent au vin rouge avec l’assistance. Toutes choses qu’on apprit trois jours plus tard.

1 Réponse à “CDLXLIX.”


  • Avec vous au moins, l’été n’est pas synonyme de relâchement. Et c’est bien.

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