CDLXLV.

Revenons aux poubelles grises. Il y a peu de temps, j’ai attribué leur instauration à notre première adjointe. On ne prête qu’aux riches. Il paraît (c’est même certain) que ces horreurs qui encombrent certaines de nos rues ne sont pas de son fait. Vrai, cette conseillère (plus municipale que conseillère), femme aux multiples responsabilités, semble avoir le dos large. La vérité est que nous serions redevables de ces monstrueux containers aux seuls créationnistes. Pas vus, pas pris, ces peu aimables fonctionnaires (le sont-ils, au fait ?) échappent à tous contrôles et toutes critiques. D’autres paient pour eux.

Il est à craindre en effet que quoique nous votions en mars prochain (pour ma part, j’hésite encore) nous aurons les mêmes piochant dans les mêmes copieux catalogues. Quand le mobilier urbain va, tout va. Cette permanence et cette stabilité seront jugées rassurantes par certains. Ils auront raison. Que nous reste-il de vraie croyance ? Celle de se dire que dans des bureaux larges et clairs, on œuvre pour notre bien-être. Oui, qui sont ces hommes et ces femmes de bonne volonté (relire Jules Romains) s’acharnant (avec lenteur et persévérance) au choix de bancs, de panneaux, de barrières, que sais-je ? Obscurs d’entre les obscurs, tout ignorés qu’ils soient, qu’on les considère à l’égal de leur modestie.

Mais revenons à Christine Rambaud. Il m’arrive de la croiser, le dimanche matin, au Clos Saint-Marc. Pourquoi est-elle si triste ? Du moins, pourquoi en a-t-elle l’air ? Elle a le pouvoir et la gloire, pourtant. Oh, je sais : quel pouvoir, quelle gloire ? D’où ce sentiment (tout personnel) qu’elle n’est pas à sa place. Ni ici, ni ailleurs. Qu’elle cherche à être autre chose que son image (laquelle manque d’un certain relief). Cette femme est-elle heureuse ? Peu le sont. L’adage est connu : les hommes sont des salauds (j’en sais quelque chose).

Bon, mais est-ce la question ? Non. La question (le constat) est qu’on peut être astreinte à des fonctions et penser à autre chose. De fait, ce que vivent chaque jour ceux et celles qui choisissent les poubelles dans les catalogues. Eux aussi aimeraient être ailleurs. Nous les contraignons à choisir pour nous. Ils aimeraient courir les bois en compagnie de cerfs, de biches et de faons. Ou repeindre une chapelle délaissée. Ou aller à la plage.

Le travail municipal est ingrat. Collègues, employés, électeurs, personne n’est là pour dire : nous sommes ensemble. Tes poubelles, on va dire que c’est celle-là. La grise ? Oui. Maintenant qu’on a choisi, on va au Clos Saint-Marc, là où il y tant de beaux et de vrais amis. Mais voilà, ces histoires-là sont celles qu’on se raconte le soir, lumière éteinte, lorsqu’on attend le sommeil et qu’on regarde les chiffres qui clignotent. Vous savez, le moment vrai, celui où la certitude commence. Je vais dormir.

Mais en bout de rue, dans le lointain, on entend un bruit de moteur. Il se rapproche, il grandit, bientôt il clignote. Dans le noir, quelqu’un dit : c’est à cette heure-là qu’elles passent les poubelles !

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