CDLXLIV.

Dans le journal, page des inhumations, annonce de la mort de O***. Messe à Saint-Sever et réunion au cimetière. Encore une belle matinée en perspective ! Je ne suis pas forcé d’y aller, mais enfin, oui, tout de même. De nouveau, je vais être l’anonyme de service. Je me vois mal dire aux enfants : j’ai bien connu votre mère avec laquelle nous avons trompé votre père pendant quelques mois. Pas longtemps, notez bien. Mais enfin, oui, tout de même.

O*** était ouvreuse de cinéma. A l’Éden, puisque vous voulez tout savoir. Rue Jeanne d’Arc. Ce doit être une banque à présent. Ou des immeubles de bureaux. Tous endroits où l’on continue à faire du cinéma, mais d’un autre genre. Au sortir de la guerre (chercher laquelle) ce fut l’une des plus belles salles de la ville. Après l’Omnia et le Normandy, lequel se trouvait rue Écuyère. Il y avait un bar au premier étage. Vous dire ce qu’était le cinéma en ces temps-là !

Et la vie des ouvreuses. Pour qui voulait avoir des liaisons extra-conjugales (quel mot pour quel temps !) le métier était en or. Pour le reste, ça n’était pas si glorieux. Heureusement que j’ai la confiserie ! disait O***. Brave fille, s’il en fut. Un peu collante. Et très popote. Je ne vois pourquoi je ne le dirais pas.

A l’Eden, dans la semaine, l’après-midi ou en fin, existait deux institutions : le Film-Club et le Ciné-club Poustiquet. Il s’agissait pour la jeunesse d’apprendre le cinéma en se distrayant. Pour le peu que j’en sais, voyez comme les temps changent. Le cinéma s’enseigne désormais au lycée, rarement dans les salles. De là à dire qu’on s’ennuie au cinéma, la chose me paraît évidente. S’amuserait-on au lycée ? Allons, Félix exagère toujours !

La mort d’Odile m’amène à dire que j’irai de moins en moins au cinéma. Une fois ou deux par an, une promotion intempestive m’entraîne à l’Omnia (le nouveau, pas l’ancien), aux Saint-Sever (déjà ? encore !) ou au Pathé des Docks. J’en ressors souvent éberlué. Je me perds dans les couloirs, le son est trop fort, tous les films sont en anglais (titre et référence) et je ne comprends rien à ce qu’on me raconte. Sans parler que dans chaque salle, l’après-midi, il n’y que des gens de mon âge. Ou approchant.

Tout ça pour ça ? Autant rester chez soi. Donc mardi, messe à quatorze heures et ciné à quinze ? Une jeune femme me guidera-t-elle avec sa petite lampe Wonder et un paquet de Michoko ? Comme disait Carabine : Comptes-dessus et bois d’l’eau.

Je profite de l’entracte pour vous dire que je suis chagriné de me voir affublée, ça et là, de l’étiquette Monsieur-c’était-mieux-avant. L’ai-je jamais affirmé ? Où voyez-vous de la nostalgie dans Rouen Chronicle ? Ce que je dis : le présent est du passé réchauffé. Resservi. Peut-être moins frais. Ce qui vient n’est que la variation d’anciens commentaires. On les renouvèle au goût du jour (ce pour quoi nous survivons). Notre seule arme, c’est l’oubli.

1 Réponse à “CDLXLIV.”


  • Sapristi! Bien sur que « c’était mieux avant », ne vous laissez pas déstabiliser par quelques faux progressistes Félix. Ceux qui s’arque-boutent contre cette évidence personnelle ou collective sont de sacrés imbéciles auxquels il manque quelques dizaines de degrés de vision circulaire.
    J’aimerais d’ailleurs beaucoup les entendre me démontrer que « ce sera mieux après ».

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