CDLXLIII.

Ce chien est-il méchant ? C’est la question qui nous occupe. Tous les chiens sont méchants, répond ma voisine. Elle confond méchant avec dangereux. Mais un méchant n’est pas toujours dangereux (j’en sais quelque chose). L’inverse ? Possible. Faut-il se croire en danger si l’on fréquente la place du Vieux-Marché ? Ça dépend des restaurants. Ma voisine (pas celle-là, une autre) dit que non. Mais aussi que oui. Surtout éviter le menu Découverte.

Plus avant, elle n’aime plus ce lieu à l’abandon, ces hâlettes grises et sales, ces poubelles éternelles, ces motos immobiles, ces jardinets grotesques, ces terrasses fatigantes. A-t-elle peur les jeunes qui trainent avec les chiens ? Si l’on pose la question, n’est-ce pas, c’est qu’il faut y répondre. Et la poser, c’est y répondre. Pour le reste, elle n’y craint rien, ni personne. Ce en quoi elle a tort. Toujours se souvenir que tous les dangers sont sur la place, et les méchants au coin des rues.

J’en ai déjà parlé : ces histoires de clochards, avec ou sans chiens, sont ici une antienne. Même avant le déménagement des halles (dites, ça remonte) cette présence dérangeait l’ordre rouennais. Sans faiblir, la presse locale relayait les doléances des commerçants. Et comme à l’époque, presse et municipalité, étaient, sauf vo’ respect, mon cul ma chemise, on avait déjà de quoi tourner en rond.

Qui se souvient qu’un maire de cette époque avait résolu la question en faisant embarquer quelques clodos en panier à salade, à charge de les semer dans les campagnes environnantes. Le croirez-vous ? Ils revinrent avant que les agents s’en aperçoivent. Mais je suis trop vieux : je vous parle clochards, halles, panier à salade et presse complaisante ! Les temps changent, pépé, Jean Lecanuet est mort, Roger Parment aussi, et L’Écu de France est devenu je ne sais quoi.

Le drôle de l’histoire, c’est que notre fameux chien méchant se nomme Valium. Il y a tant qui s’appelle Cachou. Et notre adjointe du jour n’est pas journaliste (à peine). Elle est adjointe à la tranquillité publique. Pour être publique et tranquille, elle l’est. Elle n’a pas grand-chose à dire sur les chiens, sur les sans-domicile-fixe, ou sur les commerçants. Elle a à dire ce qu’est l’ordre municipal rouennais. En gros : je fais ce que j’ai à faire, mes dossiers sont complets, je suis dans les clous. Photocopies, agrafeuse, et hop. Pour le reste, faites comme si je n’étais pas là.

Notre adjointe est comme ma voisine (en tout bien tout honneur) : elle ne craint rien, ni personne. Et se fiche du monde, ce en quoi elle a raison. Car enfin, sinon pour la malheureuse embrasseuse irraisonnée, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Une variante des chiens écrasés ? La place du Vieux-Marché est un lieu sinistre. Les restaurants y sont vulgaires, les clochards pitoyables, les touristes ignorants (tous les adjectifs sont interchangeables). Il n’y a que les chiens à être ni les uns, ni les autres. Y compris Valium qui désormais a intérêt à être résigné. J’en sais quelque chose.

0 Réponses à “CDLXLIII.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......