CDLXLII.

Il paraît que la rue d’Amiens est devenue, le soir, une rue animée avec restaurants, bars et vie aussi bruyante que nocturne. Possible et même probable puisque ça se dit. Si oui, c’est un tour de force. Il n’y eut jamais, rue d’Amiens, rien qui attire le promeneur. Une rue où l’on passe. Où tout y semble tranquille. Trop ? Sans doute. Peut-être, hypothèse, parce qu’on attend d’aller vers Amiens ? Mais pourquoi, je vous le demande, irait-on vers Amiens ?

Il y avait autrefois, en début, partant de la place du Lieutenant-Aubert, les très officiels locaux du PMU. A l’extérieur, les joueurs malchanceux jetaient ce qui restait de leurs espérances. C’était la simplicité des désespoirs mineurs. Il y avait, plus loin, même trottoir, un antiquaire amusant. Puis une laverie automatique. Ensuite, le Bar parisien. De ce dernier, on a fait une légende. A se demander pourquoi.

Au coin de la rue Victor-Hugo (Les Contemplations) se trouvait un photographe. Avec fierté, l’artiste exposait en vitrine les épreuves de son savoir-faire. C’est ainsi qu’on put longtemps y admirer, la photo de mariage de D***. Un beau matin, celle-ci entra dans la boutique pour la faire enlever : elle était divorcée depuis quatre ans.

Plus loin, le Chien qui fume et de l’hôtel Saint-Christophe, enseignes qu’on n’inventera plus. Qui se souvient de Luzy, le pharmacien ? On ne nomme plus les pharmaciens par leur nom. Il faut dire que je vous parle d’un temps où une pharmacie, c’était une vie. Et qu’un pharmacien méritait qu’on s’en souvienne. Plus maintenant.

Revenons sur nos pas. Que dites-vous de cette résidence absurde, construite au nord de la rue, sur un terre-plein ? Rien. Ce fut toujours un bâtiment raté. Il le reste. A l’origine, après avoir mal vendus les appartements, ses promoteurs misaient sur la galerie commerciale du rez-de-chaussée. Toujours vide. Je crois me souvenir que les copropriétaires achetèrent pour rien (ou presque) un des appartements laissés pour compte. Ils s’y réunissaient le jeudi pour jouer au bridge. Et dire que je peux vous raconter ça !

J’ai beaucoup fréquenté une tribu de sociologues et d’urbanistes qui occupait les lieux. Fin des années Soixante et les mythes qui en découlent. Si l’extérieur ne vaut pas tripette, l’intérieur est mieux. Du Lods sans en être tout en l’étant. On s’y amusait, buvant et y fumant, mariés ou pas. Et dans la cuisine, D*** qui préparait des poivrons farcis. Mais laissons cela.

Aussi tournerai-je à gauche pour remonter ce qui reste de la rue du Ruissel. Il paraît (encore) que l’on va démolir la résidence pour personnes âgées qui la borde. Pourquoi, comment, je ne sais, mais je lui trouve, même vide, un charme certain. Une simplicité hors d’âge, une existence minuscule, un peu à l’image de ceux qui l’habitaient et qui y sont morts (enfin, pas tout à fait). En passant, une pensée au petit décor d’opérette qui sert ici d’entrée et qu’il est question, aussi, de démolir. Ou de conserver, ce qui ici revient au même. Au final, oui, pourquoi irait-on vers Amiens ?

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