CDLXLI.

L’autre jour, tôt le matin, téléphonage. Au fil, un certain capitaine Y (nom d’emprunt). De quoi s’agit-il ? La ministre de la Culture, Aurélie Filipetti vient à Rouen ; je suis chargé de vous inviter. Capitaine, c’est une blague. Pas du tout, Madame la Ministre vous connaît, elle lit Rouen Chronique avec régularité ; elle demande à vous voir. Comme disent les jeunes : n’importe quoi ! Traité comme un plaisantin, le militaire insiste et devient menaçant : si vous continuez à faire la mauvaise tête, votre pension de retraite sera révisée à la baisse. Rendez-vous à préfecture à dix heures. Rompez.

Me voilà bien. De plus, plus de cravate à me mettre. N’empêche, à moins le quart, une voiture officielle est à ma porte (têtes des voisins !) Sitôt à la préfecture, on me propulse dans un grand bureau. Là, assis, la mine contrite, le préfet, Valérie Fourneyron et Yvon Robert. Ah, me dit-on, Félix, on est dans la mouise (j’adapte). Quoi ? Figure-toi qu’elle ne veut pas aller voir Pinocchio, pas aller à la cathédrale, ni à Saint-Maclou, et encore moins au musée des Beaux Monet. Mais alors ? Elle veut passer la journée avec toi et que tu l’emmène à Clères voir les kangourous.

Il paraît que j’ai fait la grimace. Le préfet le prend de haut : monsieur, il est de votre devoir, l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la région, etc. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Ni une, ni deux, je réagis : bon, que fait-elle ? Elle boude. Où ? Elle est punie, on l’a mise avec le Cheval majeur (Raymond Duchamp-Villon, 1914). Le préfet : Elle y restera tant que moi, représentant de la République… Valérie : vous ça va ! Bref, ça tournait vinaigre. Il fallait dénouer la situation.

Avec le capitaine Y (de fait, charmant garçon) nous voilà partis à la recherche d’Aurélie. C’est quoi cette histoire de kangourous ? Oh, répond-t-il, une blague, ça la barbait de venir ; déjà ce matin, elle voulait me faire tromper de route et qu’on aille pique-niquer en forêt.

On bavarde, on bavarde, impossible de retrouver notre Cheval majeur. Un couloir, un autre, je pousse une porte. Changement de décor : nous voici au Musée Flaubert, face à face avec le perroquet ! Messieurs, vous cherchez qui ? La ministre de la Culture. Plaisanterie, elle est en visite officielle (il regarde sa montre) à cette heure, elle est en haut des clochetons. Le capitaine s’énerve : oui, c’est ça, et moi je suis le pape !

Sur ce, irruption brusque d’Yvon Robert : allez, tout s’arrange, on file, on est déjà en retard. Et de me serrer la main : merci, cher ami, encore une fois vous étiez-là, je vous revaudrai ça. Il me semble qu’il a ajouté une phrase comme il n’y a que vous qui… mais sans garantie. Le temps de se retourner, les voilà partis au pas de charge. Et moi, laissé en plan.

Il était midi. Le musée fermait. Vous déjeunez où ? m’a demandé le gardien.

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