CDLXL.

Il fut un temps où, allant de la rue St-Patrice au Vieux-Marché, je traversais la rue Thiers par la rue Étoupée. Il y avait, dans les parages, un magasin vendant du matériel pour aquariophiles : Au Poisson rouge. Vous dire si je parle de temps anciens ! Il n’y a plus de rue Thiers, de poisson rouge et encore moins d’aquariophiles. S’il en reste, gageons qu’ils n’en mènent pas large.

A quelques pas, la Banque de France, en face le Café de la Banque où officiait Madame L***. Vous en ai-je dit trois mots ? Ça ne m’étonnerait pas. Plus loin, sur le même trottoir, un marchand de vaisselle fine, puis l’hôtel Solferino. Quel passé ! Quelle mémoire ! Et quelle vanité à vouloir s’en souvenir, car à quoi bon ?

Le mari de Madame L*** avait été marinier. Ne pouvant plus naviguer (j’ignore pourquoi) le couple avait acheté un café. Ni petit, ni grand, tranquille. A cette époque les employés de banque venaient trinquer et taper le carton. En uniforme, bleu marine de surcroît. Ceci laissant penser que le couple avait de la suite dans les idées.

Il y a bien quarante ou cinquante ans que je n’ai pas mis les pieds au Café de la Banque. Il existe toujours, je crois (mais il s’agit d’une croyance). Qu’irais-je y faire ? Je n’ai plus personne à y attendre. Et surtout pas celle que j’y attendais. On chantait autrefois : Un monsieur attendait / au Café du Palais / la femme qu’il aimait / devant un Dubonnet. On le sait, les femmes (aimées ou pas) sont toujours en retard. D’où le rôle éminent de Madame L***. Avec son tricot et ses oiseaux, elle faisait patienter. Avec ou sans Dubonnet.

Madame L*** avait été un type. Celui, classique, de la belle marinière. Courtisée et courtisane. Naguère, on chantait : La paix niche dans ce mari niais. En matière de femmes, le patron du Café de la Banque n’en connaissait (au sens biblique) que cinq : la sienne et celles de cœur, pique, trèfle et carreau. Si madame L*** y croyait encore, c’était avec moins de succès. Je veux dire : qu’autrefois. Le comptoir, comme la scène, n’est qu’illusion. Il est parfois difficile d’y renoncer.

Je ne suis jamais entré Au Poisson rouge. Qu’aurais-je été y faire ? J’aime les aquariums, mais la sagesse populaire l’affirme : faut s’en occuper. Prendre le temps de s’occuper des poissons rouges, voilà (peut-être) la source d’une vraie sagesse. Une autre. Et une troisième sera de flâner dans cette portion de la rue Thiers menant à la place Cauchoise.

Elle est à ce point vide qu’on y trouve des bagnoles parquées sur les trottoirs. Et aucune sur le macadam. Certain jour, le dimanche par exemple, on se croirait au fin fond d’une ville inexistante. Vide, écrasée. Il me semble qu’il y a dans certains romans du nouveau roman des descriptions qui s’en approchent. Mais qui lit les anciens romans du nouveau roman ? Arrêtons là, trop de questions rue Thiers et pas assez de réponses.

0 Réponses à “CDLXL.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......