CDLXXXIX.

Avez-vous vu ce projet d’immeuble de bureaux près de la gare ? On a beau être blindé, il y a des moments où le découragement vous prend. Entre les futures Terrasses Sainte-Marie, le Monet-Cathédrale, la caserne ex-Institution Rey, l’affaire de la façade Mondrian, j’en passe, ces trente ou quarante dernières années n’auront été qu’une lente errance. En architecte seule ? Peut-être pas.

Que dire du fameux Quartier Luciline ? De l’Éco-Quartier Flaubert ? Pas grand-chose sinon qu’il n’y a rien à en attendre. Ni en bien, ni en mal. Si quelques-uns d’en nous protestent, c’est la plupart du temps, au nom du goût social moyen, parce ça va faire tâche avec telle antiquité. Ou que c’est tout en béton. Je sais qu’il est inutile de convoquer l’ambition, le courage ou la fantaisie. L’utilitaire est ici seul en cause. Entendez que facile à construire, c’est facile à vendre. Ou plutôt que si c’est facile à vendre, ça doit être facile à construire. Pas mieux ? Surtout pas plus.

En vieillissant, je me surprends à penser (à croire ?) qu’à Rouen, il y a une cinquantaine d’années, le fil était plus d’aplomb qu’aujourd’hui. Moins riquiqui. Notre contemporaine marque de fabrique ? Celle du trouillomètre. J’imagine, qu’à la mairie, on se rassure en signant chaque permis de construire. Au moins là, y pourront rien dire ! Et par ici la monnaie.

Autre chose. Voulez-vous rire ? Lisant le journal (qui lui non plus ne s’arrange pas) j’apprends que la librairie anarchiste de la rue St-Hilaire a un gérant sourcilleux. Autrefois, Auguste Vaillant lançait une bombe à la Chambre des députés. A tort, sans doute, mais c’était dans ses idées. Les Vaillant d’aujourd’hui ne le sont pas tant. Ils récriminent à propos de poubelles, autrement contre les Bunkers Rambaud posés devant leurs boutiques.

Qui n’a pas admiré ces blocs gris trônant dans nos rues, souvent par trois ou deux (au passage, liaison avec ce qui précède). Tout émule de Pierre Kropotkine ou Michel Bakounine qu’on soit, la réalité a le front dur. A l’origine, j’imagine que nos benoîts anarchistes les accueillirent avec bienveillance. Et pas mal de résignation. L’individualisme révolutionnaire doit montrer qu’il fait fi des conventions bourgeoises.

Mais la vérité de la poubelle est qu’elle se remplit. Et trop. Et en désordre (or, l’anarchie, n’est-ce pas, est la plus haute expression de l’ordre). D’où la désolation de notre gérant qui, dans nos colonnes, maugrée contre les amas intempestifs et l’indiscipline du consommateur. Dame, plus qu’à l’idéalisme, c’est l’abondance qui nuit au commerce. Ce qui m’amuse, c’est que cette plainte urbi et orbi (sauf vot’ respect) a du faire l’objet d’un débat interne.

Se plaindre ! Désigner les fauteurs de trouble ! Par le canal de la presse bourgeoise ! Sans parler de la réputation du quartier ! N’est-ce pas là une image de l’anarchisme qui, que, enfin tu nous comprends, camarade… Ah, pauvre gérant, voici venu le temps de ton autocritique. Écris-là en trois mille signes. Et persuade-toi qu’ils sont bien dans leur époque. Au passage, liaison avec ce qui précède.

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