CDLXXXV.

Au Soleil de Berkane. C’était, pas loin de chez moi, une épicerie. Et c’est (déjà !) une épicerie d’autrefois ! Sans conteste, elle avait dû succéder à une quelconque Alimentation générale ou Coopérateurs de Normandie. Et avant ? Du temps où les épiceries n’existaient pas, du temps d’avant ? Au fait, où se trouve Berkane ? Wikipédia m’apprends (que ferait-on sans ?) qu’il s’agit d’une ville du Nord-Marocain, qui plus est tirant son nom d’un saint musulman dont le nom signifie (ou à peu près) noir, nom de couleur.

Que de choses pour un lieu où, un temps, j’ai acheté yaourts ou Michoko ! Ces caramels enrobés de chocolat consolent de beaucoup de choses (les yaourts moins). Évoquant les Michoko, nous voici déjà au Japon. Et dire que nous n’avons pas quitté le quartier Saint-Nicolas ! Ce dernier est patron des petits enfants, surtout au moment de Noël. Et patron, parfois, dit-on, des marins. Nous voici déjà à l’Armada pour laquelle ce sera ici ma seule contribution. A une rencontre de quartier à qui je disais que je n’irais pas déambuler voir des bateaux déjà vus et revus, celle-ci me répondit : moi, oui, pour les marins. Je vous épargne son air rêveur.

Grand bien lui fasse. Cet âge lui passera. Viendra celui où il ne lui restera que les Michoko. Lesquels, à force, deviennent un peu écœurants et surtout collent aux dents. Devenu vieux, il faut se méfier des caramels. Et des marins, des petits enfants, et de ce qui s’ensuit. En revanche, il n’y a rien à craindre des épiciers arabes et des yaourts qu’ils s’efforcent de vendre. Leurs neutralités sont à toutes épreuves. Quoique.

De façon permanente, le patron du Soleil de Berkane, dormait. Assis devant la boutique, il paraissait toujours assoupi. Vous fallait-il de la crème Mont-Blanc ou de savoir s’il avait des lames de rasoir de dépannage, qu’on avait l’impression de le réveiller. De l’éveiller ? Il se levait alors avec pesanteur et consentait à vous servir. Encore le faisait-il avec toute l’indifférence et la hauteur d’un sultan en l’absence de son grand vizir. Derrière sa caisse enregistreuse, sa façon de mettre vos achats dans un sac plastique, vous délivrait un message subliminal : Mécréant, moi descendant d’Ibn Ouassoul, je pourrais te faire trancher la tête par mes eunuques.

Et vous rentriez chez vous, pas plus fier. Mais voilà, comme les Michoko, la crème Mont-Blanc console de tout. Ou presque. Des Gentils comme des Méchants. Irai-je jamais visiter Berkane où il n’y a rien ? A moins que mon épicier y soit reparti ? Qu’il y dort encore. Ou toujours ? D’un sommeil éternel, dans les bras d’Ahmed Aberkane dit Le Noir, tout ça au Paradis des Croyants, où tout est douceurs et effluves sucrées ? C’est le moins qu’on puisse lui souhaiter.

Alors que, voilà, nous, il faut continuer. Printemps morose, Armada tapageuse, Impressionnisme lassant… et faire semblant d’y croire. Même de s’en féliciter ! Quelle vie ! C’est à ne pas croire ! Allez, encore un Michoko ? Oui, mais un dernier.

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