CDLXXXIV.

Qui se souvient du bel et grand immeuble qui existait autrefois au nord de la place de la Cathédrale ? Un historien ou un bon connaisseur de Rouen pourraient nous en dire plus, et dans un genre moins contestable que ce que je vais écrire. N’importe, puisse la présente évocation, devant l’urgence, offrir à quelque chercheur industrieux l’envie d’entreprendre ce travail. Pas d’urgence, sans doute, ce passé est oublié. Et à quoi bon ? Pensez, depuis si longtemps !

Plusieurs articles de presse et prospectus conservés dans les archives nous apprennent qu’il était appelé l’Espace Monet-Cathédrale. Construit au début du XXIe siècle, il s’agissait d’un projet audacieux ayant pour mission d’offrir à la ville un lieu d’exception et de référence (je cite). Dès lors, on avait fait appel à un architecte de renom, Jean-Pierre Viguier (Jean-Paul ? les nomenclatures se contredisent). Certes, l’homme et l’artiste n’ont guère laissé de trace. Il n’empêche, à l’époque, l’Espace, par sa structure innovante, fruit d’un assemblage singulier de pierre et de verre, fut un des bâtiments contemporains des plus connus et appréciés. Dès son ouverture, il devint célèbre et fit beaucoup pour le renouveau d’une ville qu’alors on jugeait en plein déclin.

Ce bâtiment, voué à l’accueil d’ateliers d’artistes, galeries de peintures et autres enseignes liées aux activités culturelles, fut le rendez-vous prisé des touristes, de la jeunesse, et de l’élite artistique du temps. Oui, aujourd’hui, on a peine à croire que cela ait existé. On le sait, Monet-Cathédrale, disparu dans des circonstances troubles, n’a jamais été reconstruit. Des décennies durant, l’espace resta vacant. On s’en avisa. En ferait-on un jardin minéral ? Autre projet avorté. C’est à présent l’entrée du passage souterrain motorisé menant à la vieille gare et au nouvel aéroport. Il n’est plus qu’utilitaire, comme tout ce que notre société produit désormais.

Autrefois, l’immeuble vivait d’une activité intense, fébrile et novatrice. Ceci se passait vers 2020 ou 2030. Expositions, concerts, conférences – tout ce l’époque magnifiait – animaient les lieux. A rez-de-chaussée, il existait une immense brasserie de style suédois. Nommée, on ne sait pourquoi, La Double Grille, elle avait la particularité d’être ouverte de jour comme de nuit. Un témoignage du temps nous parle de : lumières, chats noirs avec des yeux ardents et jeux de jacquet électroniques ! Pour nous, contemporains, que de mystères et que d’attraits !

Très populaire, la brasserie devait sa renommée à son ambiance, mais aussi à son emplacement. Située dans une cour intérieure du grand immeuble, on y accédait par un antique passage. De là, on découvrait en vis-à-vis les ruines d’un immeuble de style Renaissance. C’était (de vieux plans l’attestent) l’Hôtel Romé.

Ailleurs, dans les étages, la légende veut que des peintres anciens aient ouvert un atelier collectif sous le vocable des Mutuelles. Vrai ou faux, ce n’est pas à moi de trancher. En revanche, ce qui est plus certain, c’est qu’on a des traces de l’existence, près du fameux passage, d’un atelier photographique, à l’enseigne du Studio Fix. De cet art mécanique, disparu à jamais, on peine à faire admettre l’intérêt aux enfants.

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