CDLXXXI.

Certain : le sujet de la présente chronique est au déshonneur de la ville. Pas moins. Il s’agit des chiottes publiques. Tout le monde le sait : on veut vendre Rouen à l’industrie touristique. Tant mieux, tant pis, ça n’est pas la question. Donc les touristes sont appelés à déambuler en nos rues. Circuit ouvert, circuit fermé, il faut avancer, nez en l’air, nez par terre, appareil en bandoulière. Prévoir quelque chose d’imperméable. De chaud aussi.

Ma chère, que j’ai mal aux pieds. Moi aussi, mais autre chose. Quoi ? Ben, dites. A Rouen, on n’a guère le choix. C’est place de la Calende ou au Vieux-Marché. Deux locaux aseptisés mais putrides (comment font-ils ?) avec places restreintes et murs ruisselants d’humidité. Une petite table en formica, une plante étique (éthique ?), le Paris-Normandie du jour et RTL à tous berzingues. Assis à la table, de façon générale, un gorille, un néandertalien ou l’arrière-petit-fils du docteur Frankenstein. Toujours forts aimables, du reste. Et modestes. Ce pour quoi on leur laisse vingt centimes.

Bon, on a fait ce qu’on avait à faire. Bien contents d’en être sortis. Enfin, pas toujours. Car avant d’en sortir, il fallait y entrer. Vous êtes-vous promenés en ville en mai, mois de tous les jours fériés ? Et mois des asperges, ce qui ne vous laisse guère de loisirs sans soucis ? Premier mai, fermé ; le huit idem, le neuf encore. Et les dimanches, dites ! Bon, on va prendre un café. Vrai, le tourisme ça fait marcher le commerce.

Je sais ce qu’on va me dire : et les sanisettes Decaux ? Ah, la bonne blague. Trouvez m’en une qui fonctionne. Allez, on parie. Sans parler du moral qu’il faut pour entrer là-dedans. Tenez, je préfère encore les cavernes municipales. Voilà bien le choix de Rouen : 2001 l’Odyssée de l’Espace (version française) ou le néolithique (version eau de javel).

Oui, je sais, c’est amusant. Les histoires de water-closets sont pittoresques, un peu lourdes, en même temps légères. Bref, très françaises. Dans notre pays, si on pisse et si on chie, c’est chez soi, au calme. Ou à l’hôtel, au restaurant, selon l’état. Et je vous passe les solutions genrées. Tiens, mets-toi là, dans l’petit coin, on t’voit pas. Les meilleurs d’entre nous détournent le regard. En France, nous sommes bien élevés.

Pas trop tout de même. Rares sont les municipalités qui trouvent que la chose en vaille la peine. Imaginer des établissements visibles, propres, modernes. Accueillants et spacieux. Gratuits ou payants, n’importe. Quelque chose qui s’accorde avec le contemporain et pas avec l’archaïque. Du transparent et du libéré. Pas cette honte qu’on a d’être au monde. J’emploie avec précision ces gros mots. Je tente d’éviter votre gaudriole et mon comique. Peine perdue, je le crains.

Ce sujet rejoint, tous municipaux confondus, la question des déjections canines. Si les chien(s) chien(t) sur le trottoir, ils le font à notre place. Pour nous faire honte ? Peut-être. Surtout pour nous absoudre. Mais de quoi, seigneur ? D’être des humains et pas des animaux.

1 Réponse à “CDLXXXI.”


  • Raoul Lemercier

    Bardamu aurait effectivement constaté que l’étroitesse des « cavernes fécales » rouennaises ne permettra jamais l’épanouissement du « communisme joyeux du caca ». Il y avait pourtant jadis une jolie pissotière avenue Georges Métayer à mi-pente du premier tronçon, avec une jolie vue dégagée sur Rouen… Elle aurait sans doute plu à Henry Miller…

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