CDLXXVII.

Lors de conversations, propos de table, j’ai mes habitudes : je suis allé au Théâtre des Arts ; j’ai vu ça au Théâtre des Arts ; j’ai rencontré untel au Théâtre des Arts. Face aux générations interpellées, certaines me reprennent : Ah oui, l’Opéra de Rouen. Rome n’est plus dans Rome, voilà qui change tout. Frédéric Roels n’est pas André Cabourg, Jane Peters n’est pas Albert Durieux, Jean-Philippe Holtay n’est plus Jean-Pierre Quinton. Bref, les temps changent.

Et ne changent pas. Ce sont les mêmes, sous un éclairage autre. On a fêté il y a peu les cinq lustres de notre fameux TDA, devenu Opéra de Rouen. Le gâteau d’anniversaire était un peu juste. A la fois en goût et quantité. Il faut croire que dans le secteur, les pâtissiers n’aiment plus guère le chant lyrique. Il est vrai que le quartier, sur ce plan, est assez dépourvu. La boulangerie Osmont, rue Jacques Le Lieur, est excellente, sa pâtisserie aussi, mais de là à fêtes et cérémonie, il y a un monde.

Donc, en décembre 1962, on inaugura notre trop fameux théâtre avec la trop fameuse Carmen. Ça n’était pas grand-chose, mais il s’agissait pour la ville de renouer avec son glorieux passé. On y croyait. Reverra-t-on le temps où Rouen était Rouen. Ninon Valin n’était plus là, Georges Thill non plus (enfin, à peu près). En lieu et place, malgré la pluie, on aurait Cora Cane-Maijer et Albert Lance. Vous direz ce que vous voudrez, ça n’était pas n’importe qui. Ni la première, ni le second.

Ni, du reste, les gens de cette époque. Qui se souvient de Louis Noguéra, Robert Dyrassen, Sauveur Buhagiar ? Et le père Ponthieu, Maurice Gouellain, Lucien Vanypre ? Tout ça ne dit plus rien. J’ai parlé, plusieurs fois ici, d’Hélène Claudine, de Paul Ethuin et de Béatrice Mosena. Le nombre de commentaires que j’ai reçu dit assez quels souvenirs vivants ou nostalgiques, ils ont laissé. Pas toujours pour les bonnes raisons.

Loi du genre : tout passe et tout lasse. On voit où je veux en venir. Que deviendront ceux qui nous ont succédé ? Et ceux qui nous précéderons ? Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir (citation à retrouver). C’est le même flot continu. Celui qui nous emportera. Il paraît, rumeur locale, qu’on prévoit, un de ces jours, un nouvel opéra. Là-bas, loin, près de la Seine souveraine et en aval.

Alors, Nathalie Dessay et Juan Diego Florès (simple exemple) seront vieux. Ils ne chanteront plus. Alors, régneront sur les scènes Constance De Cecco et de Zakarya Oubassour. Jouera-t-on encore Carmen ? C’est à craindre. Bien sûr, la nouvelle inauguration alimentera la polémique. A-t-on besoin d’un nouvel opéra ! Par les temps qui courent ! Comme le répétait autrefois Félix Phellion : la crise, le chômage, Petroplus, le déménagement de l’École des Beaux-arts… Félix qui ? Non, vous connaissez pas. En tout cas, quelqu’un qu’on regrette. Un type. Tiens, aujourd’hui, c’est lui qui vous dirait votre fait sur le nouvel opéra. Ah lui, y rigolait pas, ça non.

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