CDLXXVI.

Figurez-vous que j’ai reçu une belle invitation. Quatre couleurs, grande enveloppe, carton fort. C’est pour dimanche. Rendez-vous au Musée de Peinture. Vous devinez pour quoi et qui. Voir des Claude Monet, plus trois ministres et un président de la République. Aux dernières nouvelles, il n’y aura que deux ministres et pas de président. Bref que des vieux tableaux. Sur les murs et dans la salle. Mais bon, on se rabattra sur ce qu’on a. Plus temps de chipoter, il y a urgence. Regardons dans les placards et trouvons quelque chose à se mettre.

Dimanche ! Sinon pour lorgner les personnalités et manger une palanqué de petits fours (Maison Cirette, c’est à jurer) je ne vois pas ce que j’irai y faire. Car pour le reste, pardon, mais à d’autres ! Cette peinture ne m’a jamais trop rien dit. Elle me ramène à mes parents et leurs amis. Ma jeunesse et mon âge mûr m’ont porté à connaître d’autres noms que ceux d’Alfred Sisley, Pierre Renoir ou Camille Pissarro. Un jour, il y a longtemps, j’ai cru revivre en découvrant qu’il existait aussi Kasimir Malevitch, Fernand Léger ou Nicolas de Staël. A vous de voir.

Je n’y peux rien, je suis comme ça. Deux ou trois barques sur l’eau, un ou deux couchers de soleil sur des meules de foin, ça va bien. Plus, l’ennui guette. A la longue, les toiles s’allongent et s’accumulent. Ça vire à la peinture au mètre. Il n’y a que les cadres qui diffèrent. Comme il y a, dit-on, une musique d’ascenseur, il y a une peinture d’ascenseur. Ou de calendrier, comme on voudra. C’est celle-là. Elle plaît aux vieilles dames et aux vieux messieurs. Elle leur paraît compréhensible. Là, devant La Seine à Poissy, ils sont assez intelligents et ça les dispense d’être plus cultivés.

Nous sommes à Rouen, ne jamais l’oublier. Il s’agit, pour l’heure, de ne pas trop faire d’efforts. D’être entre soi, contents et fiers de l’être. Dans quelques jours, après le défilé des happy few, le public lambda consacrera par son nombre une manifestation prévue pour être consensuelle. Quelle exposition ! Quelle belle peinture ! Ces peintres-là étaient plus forts que nous.

Oui, pour une fois, nous serons d’accord et c’est ce qui importe. Si on ne l’est pas, on n’est qu’un grincheux. Un savantasse, un mauvais esprit, un prétentieux. Je connais l’antienne, si vous saviez ! Le seul espace qui reste aux habiles est de déplorer le coût du festival. Pensez, par les temps qui courent ! Avec la crise, le chômage, Petroplus, le déménagement de l’École des Beaux-arts… Et le commerce ! Le Pont Mathilde ! Jeanne d’Arc et les macarons de grand-mère. Quoi encore ?

Autres platitudes. Car enfin, à moins cher et moins fla-fla, seriez-vous si heureux, braves gens ? Si séduits, si mystifiés ? Les instigateurs de la chose vous ont compris. Ils brossent dans le sens du poil. C’est cher ? Oui, mais la vie, faut pas faire trop les difficiles. Bon, point final. Alors, je fais quoi ? J’y vais ou pas ?

0 Réponses à “CDLXXVI.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......