CDLXXIV.

Toujours à propos de politique et de patrimoine, je me dois d’évoquer la figure de Jean-Jacques Ménaz (1888-1971). Il tint ici le rôle connu de l’idéologue malchanceux, celui annonçant les mauvaises nouvelles n’arrivant jamais, l’homme qui a toujours raison d’avoir tort. Il était anarcho-syndicaliste et pacifiste intégral. Choses disparues, comme tant d’espèces du même nom : tigre de Mongolie ou Épichette de Nouvelle-Zélande. Désormais plus d’anarchiste, de syndicaliste, ou de pacifiste. Et encore moins d’intégral. Finis, classés. Tous sont dans la nomenclature.

L’intégral ne se trouve plus que dans la farine ou le pain. Du côté des boutiques bio. La Vie Claire par exemple. Mais attention, ne pas confondre, se méfier des imitations, la Vie Claire « canal historique », celle des vrais, lorsqu’elle se trouvait rue de la Savonnerie, du temps où Henri-Charles Geoffroy (1895-1981) présidait à ses destinées.

Il n’y a plus d’anarchistes, du moins actifs. Ceux qui restent sont vieux. Ils organisent des débats sur Elisée Reclus (1830-1905), preuve irréfutable qu’ils sont de vrais anarchistes et qu’ils porteront cette idée jusqu’à leur dernier souffle. Ah, si on les cherche, on les trouve. Où ? Rue Saint-Hilaire, pardi. A noter qu’il est heureux qu’il y ait dans notre ville des irréductibles pour célébrer la mémoire d’un Elisée Reclus.

Y a-t-il encore des syndicalistes ? Quelques-uns, pas beaucoup. On les reconnait à ce qu’ils sont habillés en rouge et or, et porteurs d’ours en peluche (voir Paris-Normandie du 18 avril dernier). Le plus souvent ce sont des enfants : ils croient ce qu’on leur dit. D’où ces couleurs qui furent celles d’une célèbre bibliothèque pour adolescents. Et le doudou ? Ça les protège, oui, mais de quoi ? De la disparition. Totale et définitive. Bientôt viendra l’âge adulte.

Quant aux pacifistes, c’est acquis depuis longtemps. Plus personne n’en voit. Les jeunes s’engagent dans l’armée, l’école ressemble à la préparation militaire, l’opinion devient une bataille qu’il faut perdre ou gagner (la gloire étant à ceux qui la perdent). A ce sujet, revenons sur Henri-Charles Geoffroy, combattant de 14-18, qui survécut aux gaz en prônant l’alimentation saine. Encore un combat de perdu. Mais bon, ce n’est pas le propos.

Mon propos était de vous parler de Jean-Jacques Ménaz. Sa qualité première était l’enthousiasme. Elle était proche de sa totale naïveté, les deux se recouvrant, au choix. Son prénom, donné par sa mère, lui venait de Rousseau. De fait, il habitait rue du Contrat-Social, adresse dont il tirait vanité. Jamais marié, vivant en concubinage, il élevait ses quatre enfants avec autant de désinvolture que de conviction. Sans parler des chiens, chats, et aussi une poule.

A la fin de sa vie, retraité des Postes, ses journées se passaient à rédiger d’interminables tracts que sa compagne dactylographiait la nuit. Au matin, avant l’école, les enfants, à tour de rôle, les dupliquaient sur un épais papier buvard. Y avait-il urgence à manier la Gestetner ? Oui, toujours. Comment imaginer que le sort final du monde pouvait tenir dans un appartement petit si petit ? C’est qu’il me faudra expliquer. Une autre fois.

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