CDLXXIII.

Je voulais aller voir ce que devenait le couvent des Dominicains, rue de Joyeuse. Là où on prévoit la construction d’une résidence prétendue haut de gamme. Je n’ai rien vu. Certes, on s’y s’active, mais portes closes. A l’arrière, rue Sainte-Marie, côté du grand jardin, rien n’est démarré. A voir l’affaire affichée sur les panneaux apposés aux murs, il faut s’attendre au pire. Des balcons de la résidence, les chers enfants pourront voir les fesses des apollons de la sculpture-fontaine, plus celles d’un taureau et d’un cheval. Il ne faudra pas que les parents se plaignent s’il leur faut répondre à des questions oiseuses.

Je suis passé par le square André-Maurois, lequel semble toujours (de façon perpétuelle) à l’abandon. Sous le péristyle de l’ancienne école de pharmacie sommeillent des chats monstrueux. Ils sont là, protégés de hautes barrières, au milieu de vieux cartons de couchage et de gamelles débordantes de croquettes. André Maurois, polygraphe oublié mais autrefois fameux, n’a-t-il pas écrit Destins exemplaires ? Il doit s’agir de ça.

La rue Beauvoisine, autrefois animée, n’est plus qu’une vieille dame esseulée et tremblotante. Encore quelques années et ça sera fini. Le collège Bellefonds est, paraît-il, fermé. On y attend, là encore, une résidence. Tout le religieux est vendu aux promoteurs. En priorité, dira-t-on. Les sociologues de demain auront à l’expliquer. Et avec autre chose qu’une déchristianisation liée à l’appât du gain.

Il existait autrefois, un artiste incertain donnant des cours de dessin aux jeunes gens. C’était l’académie Lazlo Mindszenty, nom pompeux pour quelqu’un qui ne l’était pas. Les lieux sont devenus une sorte de pub à l’enseigne d’Emporium Galorium. Curieux nom, dira-t-on. Pas tant que ça. On a beau débiter de la bière et accueillir de fracassants concerts (paraît-il) on n’en a pas moins des Lettres.

Ainsi la rue Beauvoisine a-t-elle les faveurs de celui dont on ne doit pas prononcer le nom. Ceci explique cela ? Sans doute. Dépassons ce bouquiniste, célébré pour mettre chaque soir, devant la porte, autant de livres invendus qu’invendables. C’est (parait-il, encore) le rendez-vous d’étudiants lecteurs. La fille de mon aide-ménagère s’y fournit avec un certain bonheur. L’autre jour, de sa besace, elle sort : La Condition ouvrière, Le Maître et Marguerite et Histoire d’O. Qu’auriez-vous dit à ma place ? Rien. Vous avez raison.

A tout prendre, ces titres, laissés à qui les veux, confirment le pacte secret que la rue semble avoir signé (ceci indiqué pour les sociologues). Mais continuons et tournons à la rue d’Ecosse. Encore un couvent résidentiel (ou une résidence conventuelle ?), celle autrefois dite de La Compassion. Puis la rue du Rempart-Bouvreuil (une pensée pour le Home Bouvreuil où j’ai failli finir mes jours, histoire à raconter). Enfin la descente vers le square Verdrel. Là, on s’active autour du prochain événement « vous savez quoi ». Et événement dont je me refuse à prononcer le nom.

Cinq heures ! Il est temps que je rentre. Ma présente promenade quotidienne (indispensable d’après mon médecin) ne m’aura guère été profitable. Oui, si le passé s’y met aussi, je suis foutu.

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