CDLXXII.

Dans les conditions actuelles, il est malvenu de nous parler d’élections municipales. Supputer chances des uns, malchance des autres, attentisme des troisièmes. Attendons le vrai printemps. Puis l’été, les vacances peut-être ? Allez, disons la rentrée, ce sera suffisant. Vrai, on ne parle que de ça : de politique. Pas le moment de parler d’élections.

Encore que, de ce côté, on ne manque pas d’être surpris. Dînant en ville chez des gens assez nombreux pour être de tous bords, il m’a fallu, quelle surprise, annoncer que des élections municipales auraient lieu l’année prochaine. Ah bon ? Oui, puis de constater que ça n’avait pas une telle importance. Bien moins que ce que nous étions en train de manger. Il s’agissait d’un canard rôti au miel dont le maître de maison a mieux réussi que la dernière fois lorsque les S*** sont venus.

Apprenez que ce cordon bleu, dans le civil professeur de maintien, tient un cahier à spirale où il consigne le menu servi à chaque invitation. Admirable constance gastronomique, déplorable conscience politique. N’empêche, entre la poire et le fromage, nous avons abordé les sujets en cours. Rien ne valait le caramel brûlé du miel. Inutile de s’en faire pour la République ou la Démocratie : la vérité du canard, c’est qu’on le mange. Surtout qu’on en parle.

A ce sujet, avez-vous vu pleurer Gérard Filoche à la télévision ? Voilà quelqu’un qu’on rattachera (un peu) à Rouen Chronicle. Les plus anciens d’entre nous savent que Mai 68 à Rouen, c’était lui. Ou peu s’en faut. A l’époque, il était jeune, pas si gros et ne pleurait pas tant. Il faisait dans le genre « comptez sur moi » ; sur qui, justement, il ne fallait pas compter. Ses camarades le suivaient. Ou le précédaient. Ni les uns, ni les autres, ne croyaient à l’avenir. Du moins celui d’aujourd’hui. D’où ces larmes ? C’est ce qu’on tente de nous faire croire.

Je me souviens avoir dîné à la même table, pas loin de lui, à l’époque des événements. Au Vieux-Marché, Brasserie du Français. Toute une bande croyant que le monde (celui du réel) attendait après eux. Pourquoi étais-je là ? A votre avis ? Toujours est-il que la brasserie en question était grande, bruyante, à petits prix. A l’image de la Révolution majuscule tant prônée ? Aucun regret notez bien : qui n’a pas connu ce temps de gaullisme vieillissant ne peut comprendre ce qui nous animait. Moi, comme les autres. En particulier le camarade Filoche, solide coup de fourchette et doctrinaire hors pair. Il faut croire que ça profite.

Bon, alors, ce canard ? Un peu dur, hein ? Oui, surtout à avaler. Du coup, nos savantes analyses sur le résultat des urnes attendront. On a le temps. Les socialistes locaux (alliés confondus) vont devoir reprendre quelques cours de cuisine. Pourquoi pas imaginative ou mieux créative ? En face, les droitiers centristes (ambidextres et consorts) vont se mettre à la pâte feuilletée. Ah, dites, quelle tarte ! Pas sûr qu’elle soit plus légère que la dernière fois.

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