CDLXXI.

Il y a peu, je n’ai pas mis en doute l’existence d’un bouquiniste au bas de la rue Cauchoise. Une distinguée lectrice (toutes ne le sont pas) a voulu me prouver que j’avais tort. Elle a fait un portrait si flatteur des lieux que, toutes craintes dehors, j’ai renoncé à m’y rendre.

Sinon les bibliothèques municipales et quelques bouquinistes locaux, je ne fréquente plus les endroits où l’on vend des livres. Pour être exact, je n’en ai pas acheté un (de neuf) depuis 1988. J’en suis resté à L’Exposition coloniale (Eric Orsenna) qui fut le prix Goncourt de l’année. J’ai dû en lire cinquante pages. Ce fut comme une révélation : il faut que j’arrête. Oui, là, fini, je ne lirais plus. Je veux dire : d’autre que du déjà lu. Ou à peu près.

On a beau me dire, vous devriez lire ceci ou cela, on a beau m’offrir les mêmes, tout juste si je lis le prière d’insérer, la quatrième de couverture (lorsqu’il y en a). A chaque rentrée dite littéraire, même rengaine : encore dix-huit ou vingt-deux d’euros d’économisés. Il me suffit de voir les couvertures glacés, les titres abscons, sans parler de la photo de l’auteur. Dire que j’ai donné là-dedans des années durant ! A admirer sans lire, à lire sans admirer. Et aujourd’hui à renier au sortir du jardin.

Jeune, j’avais une passion pour quelques auteurs. Beaucoup. Puis, d’année en année, tous m’ont quitté. Petit à petit, un à un, ou par groupe. Faulkner, Dostoïevski, Guilloux… Les surréalistes, le Nouveau Roman, le structuralisme… Oui, j’avoue, mon père. A chaque fois avec une grande joie. Dire que je me suis efforcé de lire (et en entier) Stanze de Marcellin Pleynet (ou Comme, je ne sais plus). Que de temps perdu !

Il semble me souvenir que c’était par un été radieux, 1972 ou 1973, vers Clères. Une petite maison, genre fermette à restaurer, comme on en restaurait à l’époque. Faire du torchis et briquer des tomettes tout en lisant la prose de la clique Tel Quel, avouez qu’on n’aura pas vécu pour rien. Que sont devenus Pleynet et ceusses de la fermette ?

Je me souviens avoir acheté Absalon ! Absalon ! à la Librairie Universitaire, cette dernière logeant rue Jeanne d’Arc, face au square Verdrel. Avoir acheté, aussi, Les Possédés (en Pléiade, s’il vous plait) chez Forest, au Carrefour du livre, rue Ganterie (ce même Forest, mort il y a peu, qui n’a guère laissé ici de souvenirs). Et, continuons, avoir acheté Le Jeu de patience chez Menuisement (rue Général-Leclerc) ou peut-être, ma mémoire s’effiloche, chez Lestringant, même rue.

Deux librairies dans la même rue ! De quoi terroriser la jeune génération. Inutile donc de mentionner Ponctuation et Imprimatur, ou d’autres, belles et bonnes, ayant fait leur temps. La jeunesse qui, parfois, s’aventure à L’Armitière ou à la FNAC (ce que personne ne croit) ne réclame rien. Elle est gardienne de son avenir. Elle s’attend. Comme il est dit dans L’Exposition coloniale : « Vous avez raison, ce sont des éléphants ».

2 Réponses à “CDLXXI.”


  • Les quatre premières ligne sont excellentes.

    J’ai en effet en détestation les débiteurs de dictons, de sentences dégoulinantes de poncifs qui donne l’air intelligent et engagé sans s’engager. Mais ça plaît aux dames.
    Ce qui est certain, c’est que le marketing lui, n’est pas rêveur.

  • cecile-anne sibout

    Ce qui est bien en France actuellement, c’est cette explosion de Fraternité, y compris sur les blogs. Comme c’est positif ! En ces temps de crise, çà aide vraiment tout le monde. Cerise sur le gâteau, les gens parlent franchement, sans se cacher derrière des initiales ou pseudonymes. Tout cela est des plus encourageant. C’est sûr, avec un tel terreau, on va s’en sortir tous rapidement, les vieux comme les jeunes, ceux qui sont simplement moroses-nostalgiques comme ceux qui vivent de réelles détresses matérielles-psychologiques.

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