CDLXVI.

Une des dernières antiquités rouennaises est, sans conteste, la petite cahute de gardien à voir encore dans le jardin de l’Hôtel de Ville. Elle est près de l’entrée, au débouché de la rue Abbé de l’Épée. A l’évidence, dans la cahute, plus de gardien. Et depuis longtemps. Encore un emploi de perdu ! Encore une victime de l’ultra-libéralisme, de la mondialisation et du temps qui passe. Qui fut le dernier gardien en place ? Cherchons dans les archives de la mairie.

Seulement voilà, plus d’archives. Je m’en suis aperçu la semaine dernière. J’avais quelque chose à rechercher dans un journal de mars 1963. Pensez, cinquante ans ! Il y a peu, nombre de journaux (surtout locaux) étaient disponibles aux Archives municipales. Certes l’accueil y était souvent rouennais (donc réfrigérant) mais on pouvait au moins y feuilleter les journaux. Ce, à peu près au chaud, tout à loisir et dans une ambiance studieuse. Il parait que c’est fini. Tout ça et le reste. On a fait du rangement et supprimé du personnel. Plus de journaux, plus de gardien. Quoi ? Ne cherchez pas : libéralisme, mondialisation et temps qui passe.

Sans mon renseignement, je me suis retrouvé dans le jardin. Solitaire et glacé. D’où la cahute sans gardien. Et encore moins d’enfants jouant autour du bassin. Il est vrai que la température ne s’y prêtait guère. Faire voguer de petits bateaux par ce rude hiver ne serait pas raisonnable. Mais qui l’est, raisonnable, de nos jours ? A commencer par moi qui aimerais voir se perpétuer gardiens et archives. Au prix où ça coûte, vous n’y pensez pas ! Non, c’est vrai.

Au risque de fâcher quelques lecteurs (il y en a), je voulais retrouver dans les journaux de l’époque ce qui s’était dit (ou écrit) au lendemain de l’exécution du colonel Bastien-Thiry. Pour les jeunes générations, inutile de rappeler qui et quoi à propos dudit. Qu’ils aillent sur l’Internet et se fassent une idée (en admettant que). Ce qui m’intrigue aujourd’hui, c’est de n’avoir lu (ou vu) une allusion quelconque à cette exécution vieille de cinquante ans. Télé, radio, journaux, rien. C’était, dans mon souvenir, au Fort de Vincennes. Condamnation à mort, peloton d’exécution, oubli perpétuel. Il avait trente-six ans.

Mesure-t-on l’incongruité (mot bien laid) de l’affaire ? Pour aujourd’hui s’entend. Certes Jean Bastien-Thiry était un homme peu recommandable. Même pour un emploi de gardien de square ou d’archiviste en mairie. N’empêche. Enfin, inutile de s’appesantir. Ces temps sont trop lointains pour qu’on s’en souvienne. Et pourquoi vous parler de ça, ici et maintenant ?

Aucun rapport avec ce qui précède : dans le jardin de l’Hôtel de Ville, il y aussi (entre autres) deux lions de pierre. Ils viennent de Chine. C’est un cadeau des municipaux de la ville avec laquelle Rouen est jumelée. Ils sont assez laids (les lions, bien sûr). Pour ce qu’on peut savoir, la Chine est un pays où l’on fusille beaucoup. Où il y a pas mal de gardiens et assez peu d’archives. Oui, et alors ? Alors, rien. Le temps qui passe.

1 Réponse à “CDLXVI.”


  • Clopine Trouillefou

    Je ne me souviens plus du nom du dernier gardien de la guérite (enfin, Félix, « cahute », vous êtes un tantinet méprisant, là) du jardin de l’HDV, mais par contre, je sais que l’un de ses collègues, sinon lui-même peut-être, a essayé un jour d’y foutre le feu. D’où passage du malheureux gardien en conseil de discipline. La sentence fut le renvoi…

    Mais la discipline,vous savez, contre les flammes dévorantes…

    J’ai d’ailleurs toujours eu un doute sur cette véridique anecdote.

    Car quelques jours plus tôt, ou plus précisément une nuit d’été, il faisait si chaud que l’envie de rafraîchir l’épiderme m’ était passée par la tête(l’estomac, lui, était déjà bien liquéfié…) : je me suis donc baignée avec une copine qui partageait la légère fêlure qui me caractérise, dans le bassin central du jardin, vers les trois heures du matin.

    Pas un chat, sinon ceux qui hantent les toits de l’église, et pas une lumière dans la guérite.Nous avons donc fini toutes nues, à nous jeter de l’eau et des tulipes à la figure. Nous aurions pu rire sous cape, mais justement, nous n’en avions plus sur nous. Ni capes, ni rien d’autre d’ailleurs… Bah !Nous étions seules, jeunes et rigolardes…

    Mais à la réflexion, il me semble bien qu’une paire d’yeux nocturnes et allumés (quoiqu’aussi impassibles en apparence que des lions de pierre chinois) nous ont suivies depuis la fenêtre de la « petite maison verte ».

    Nous les avons éteints en partant, je pense…

    Enfin, j’espère : je ne voudrais pas que l’incendie qui suivit quelques jours plus tard ait eu un quelconque rapport avec une malencontreuse braise, que nos jeunes corps dénudés, enivrés et rieurs auraient oubliée au bord du bassin circulaire …

    J’aime bien vous raconter « mon » Rouen. Il est si différent du vôtre !

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