CDLXV.

Tous l’ont oublié, mais pourtant. De nos jours, on a des difficultés à croire que la place de l’Hôtel de Ville fut le centre de Rouen. Ou à peu près. On y trouvait, outre la mairie, la caserne des pompiers, l’essentiel des tramways, le siège du grand journal local, le commissariat central de police, une Maison des Jeunes, une ribambelle de bistrots, et pour finir, la majeure partie des enseignes de pompes funèbres. De quoi commencer et de quoi finir.

Quelques fantômes subsistent. Pas tous indispensables. A commencer par la mairie où plus rien ne se passe sinon les différents maires et conseillers. Tous attendent d’y entrer, puis d’en sortir. A ce sujet, l’année qui vient va bien nous occuper (ou nous occupera bien). Pour le reste (tramways, commissariat, bistrots…) comme disait le populaire ç’est plus ce qu’ c’était.

J’ai connu une époque où la place vivait d’une vie propre. On pouvait y lire les journaux, y boire un coup, prendre le 2 ou 10, et conclure que ce monde fonctionnait à merveille. Seules, par ci par là, quelques dissonances… Oui, attendant son bus, regardant l’heure au cadran de la mairie, elles ne manquaient pas (les dissonances) de surgir. Tout était-il si simple devant le kiosque art-déco ? Et devant le siège de l’Humanité ? Devant l’Union ? Un peu de bonne foi, voyons. Souvenez-vous, tout n’était pas si rose. Pas le temps, v’là l’ bus…

Reste que, si le monde reste compliqué (d’apparence) notre fameuse place, elle, s’épaissit de mystère. Un de plus. Les nouveaux aménagements lui ont donné une ambiance qui pousse à la méfiance. Trop blanc, trop net, trop transparent. Ce lieu de passage, en est-il vraiment un ? Ce bus, vers quoi me mène-t-il ? N’importe, il faut le prendre. Marchant de moins en moins, j’allonge mes promenades ligne après ligne. Je vous recommande la 6. Grande chose, la 6. Un long et beau voyage. Ceux qui vont aux Bouttières en reviennent enchantés (sens strict).

Mais ça n’est pas de cela dont je voulais vous parler. J’étais parti pour vous dire un tas de rigolades sur la mairie. Je voulais dire mon avis sur les prochaines élections. Ce qui va se perdre et de ce qui va se passer. J’ai des idées là-dessus. Tant pis, ce sera pour une autre fois. C’est que la place de l’Hôtel de Ville défie toute réflexion raisonnable. Ici, désormais, l’immédiat prime.

Passer outre ? Pourquoi pas. Rouennais impénitent, je m’achemine, quand bien même, vers ce qui reste du péristyle. Je pénètre dans la maison commune. Nous voici en territoire racinien. Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur que tant de mers me séparent de vous… Dans le futur Salon Charles X, nos conseillers rabâchent ces alexandrins. On ne déclame plus, on médite. Genre tragique, genre comique ? L’heure n’est plus au choix. C’est acquis, l’actuelle municipalité perdra les élections. Pour quoi, pour qui ? Peu importe, elle les perdra. Par conviction ? A peine. Surtout par lassitude. Je parle des élus bien sûr, pas des électeurs.

2 Réponses à “CDLXV.”


  • Les nouveaux architectes-paysagistes qui sont tous des psychopathes appliquent à la lettre le 6ème plan quinquennal d’aplanissement urbain : rien ne doit dépasser.

    Inquiétant, mais moins que le plan global de leurs partenaires media-communiquants – tous des schizophrènes, chargés de la gestion des populations et qui s’activent à mettre en œuvre le : Je ne veux voir qu’une tête.

    Putain! Vivement la mort!

  • François Henriot

    Rien ne dépasse, sauf les bus… absents lorsqu’il neige bien sûr. Étonnant, qu’il n’y ait pas plus de commentaires de cette tonalité, face à un tel désastre urbain.

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