CDLXIII.

Trois chroniques sur Jean Lecanuet, est-ce trop ? Tout dépend de l’âge du lectorat. Si je m’appesantissais sur le déménagement de l’École des Beaux-arts, l’intérêt serait plus immédiat. Ce même Jean Lecanuet qui, au tournant des années soixante-dix, tonnait contre les étudiants d’icelle. Et pourquoi donc ? Parce que ces godelureaux, escholiers d’un autre siècle, saucissonnaient dans l’Aître. Quand je dis saucissonnaient ! L’époque était à autre chose.

Dirigeant alors une agence d’architecture, j’étais bien placé pour connaître les plaisirs menus de nos stagiaires. Jean Lecanuet lui, ne voyait pas si loin. Ce qui chiffonnait le cher homme, ça n’était pas tant la fumée du haschich s’élevant dans les airs ; c’est que celle-ci prenait naissance au pied du calvaire qui en ornait le centre.

Ce genre de diatribe mal venue, Jean Lecanuet en était coutumier. Encore ignorait-il l’essentiel ! Comment ai-je pu savoir que les soirs de bizutage, on enfermait dans un étroit vestiaire, un gars et une fille bien nus. L’un était barbouillé de jaune, l’autre de bleu ; les deux devaient ressortir en vert et pas plus habillés. Le pire est qu’on trouvait ça rigolo. Comme tout ce qu’on faisait.

Et comme tout ce que ne faisait pas Jean Lecanuet. Lui, administrait sa ville. Son département. Ou les deux. Il traitait avec désinvolture une opposition inexistante et prétentieuse (plus l’une que l’autre). A y réfléchir, il avait beau jeu d’être un despote au petit pied : ses adversaires avaient la pointure en dessous. Cantonnés dans les villes ouvrières, les élus communistes pantouflaient du 1er mai au 30 avril. Aux élections, on envoyait un Victor Blot (vive Totor !) et on s’amusait de la déconfiture du PSU ou des divers Gauche.

Rouen imprenable ? Oui, des décennies durant. Pas un des futurs cadors nationaux du PS ne s’y risqua. Au vrai, c’était confortable. On blablatait et vos mains restaient plus blanches que propres. Affronter Jean Lecanuet réclamait autre chose que des convictions. Il suffit de passer le pont ? Da, da, rien à faire. Il aurait fallu causer avec des gens qu’on ne connaissait pas. Ou de réputation. Gens de gauche oui, mais pas tout à fait. De ceux qu’on ne fréquente pas. Ah, non, moi, jamais.

Savez-vous pourquoi Jean Lecanuet a perdu la mairie en 1995 ? Parce qu’il est mort en 1993. Vous verrez qu’au Jugement dernier, au moment de la Résurrection des corps, y repassera !

Bon, et les étudiants des Beaux-arts ? Notez qu’ils ne rigolent pas mieux avec Yvon Robert. Plus de jaune, plus de vert, pas de fumette (si, un peu) et l’obligation de décamper bientôt. Ah, les vestiaires de Jean-Giraudoux n’auront pas le charme ancien. Brr… que ces jeunes gens sont sérieux. Et savants. C’est qu’ils étudient dans le Supérieur, dans le Troisième cercle. Bientôt ils seront en Résidence, ils s’épuiseront dans le 1%, ils s’inaugureront dans le Fonds d’art contemporain. Ça et le reste. A la fin, on les trouvera plus solennels que les deux précédents. Alors, viendra le temps, pour les députés-maires, de faire dans la fantaisie.

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