CDLXII.

Retour sur la commémoration des 20 ans de la disparition de Jean Lecanuet. Vrai, au national, l’homme ne rappelle plus grand-chose. Sinon à faire admettre qu’ayant fusillé le Centrisme pour longtemps, il accompagna les réformes de Valéry Giscard d’Estaing avec plus de retenue que de conviction. Force est de se reporter sur son rôle d’élu local. Et encore ! Ici on est plus ignorant que sévère. Ce cumulard ne fut que l’homme de son temps, celui où la fonction politique s’apprenait et se perpétuait. Ne s’improvisait pas. De nos jours, tout le monde est consultant ou restaurateur. Pas trop de technique, beaucoup d’aplomb.

La politique de ce temps ne réclamait que du savoir-faire. Jean Lecanuet passait pour expert. Ajoutons-y une entière disponibilité. Oui, il ne fallait avoir que ça à faire. Chose impossible aujourd’hui. Mais la question est ailleurs. N’ai-je pas lu (ou entendu) qu’on lui reprochait le tunnel de la Grand-Mare, celui de Saint-Herbland ou le Pont Mathilde ? On y ajoute du bétonnage à tout va, frénésie faisant suite aux passages de furieux bulldozers. Certes, déploration légitime. Pour une part (ultra-minoritaire) elle l’était déjà il y a quarante ans.

A-t-on bien regardé les résultats des élections municipales de 1971, de 1977 ou 1983 ? Alors Jean Lecanuet l’emportait (et je vous passe le score). C’est vous dire que le Rouennais d’alors n’était pas mécontent de voir se bâtir les Fronts de Seine, la salle Lionel-Terray, le Centre Saint-Sever ou le parking de la Pucelle. Vous voulez circuler, vous voulez vous garer, je fais avec ce que j’ai. Et avec votre assentiment. Sous vos applaudissements.

Pour faire bon poids, il imposa les voies piétonnes. Idée venue d’Allemagne de l’Ouest, conseillés qu’il fut par Bernard Canu et Pierre Garcette (Quand j’en serai au Déluge, vous m’arrêterez). Le futur a dit ce qu’il fallait penser de l’innovation, instituée pour lutter contre l’invasion automobile. Et plébiscitée par le commerce industriel, la consommation compulsive et la dilapidation organisée. Une pièce de John Arden (non, ne cherchez pas) s’intitule Vous vivrez tous comme des cochons. Ça se monte encore ?

Si oui, pas à cause de Jean Lecanuet, qui sut toujours choisir ses adjoints à la culture parmi les moins reluisants du moment (allons, allons). Le soir, en ce couchant, il se répétait : De ce côté, je suis tranquille. De la mairie, il constatait que tous les cultureux rouennais s’assemblaient rive gauche. Chez les communistes. Et trop satisfaits d’y être, rive gauche et communistes.

Les mêmes, cultureux et rouennais, vivaient alors dans les Lods de la Grand’ Mare. Grand bien leur fasse disait Jean Lecanuet. Il avait ainsi champ libre pour raser les quartiers Est et alentours. Faucille ou marteau ? Non, à la masse et au feu ! XVIIe et XVIIIe siècles ! En veux-tu, en voilà ! Allons-y les amis, ayez pas peur. Je le sais, j’y étais.

Tiens, c’est vrai, on ne les a pas vus à la cérémonie mortuaire des vingt ans. Que des vieux centristes, pas de vieux gauchistes. A moins que… Mais non, mais non.

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