CDLXI.

Avec une nonchalance guindée, on commémore le vingtième anniversaire de la mort de Jean Lecanuet. Pour la circonstance, celui qui eut longtemps une stature nationale, est ramené à la portion locale. Réunion réfrigérante sur sa tombe, meeting éteint à la Halle aux toiles et messe à Ste-Jeanne d’Arc. Pour le cinquantenaire, que fera-t-on !

Ce n’est pas à moi de le dire, mais bon, un peu : je n’ai jamais été un partisan de Jean Lecanuet. De façon paresseuse, je l’ai toujours vu comme un répulsif. Anticommunisme ultra, cléricalisme affiché, ralliements trop souvent prévisibles, je jugeais ces postures politiques avec la plus grande sévérité. Et sans nuance.

Pour l’Histoire, il est incroyable de constater que Jean Lecanuet fut à ce point brocardé par des gens (moi) qui, par ailleurs, célébraient Waldeck Rochet ou Gaston Deferre. Aujourd’hui la mesure pourrait l’emporter. Beaucoup de valeurs auxquelles je me dis (ou crois) être attaché furent celles prônées par Jean Lecanuet. Comme on dit : trop tard. J’ajoute : tant mieux. Mais voilà, les politiques chenus, convoqués à la cérémonie mortuaire, ne s’intéressent à plus rien de réel.

La célébration a négligé l’essentiel et conservé l’accessoire. Classique. A quoi sert d’être anticommuniste ? Tout le monde l’est. A quoi sert d’être démocrate ? Personne de l’est. Force est de se rabattre, pour souffler les bougies, sur un vieux maire de Rouen. On a entendu ou lu de fortes paroles contemporaines. Tel étudiant, interrogé, avoue que Jean Lecanuet n’était pour lui qu’un nom de rue ; tel autre, dénombrant l’héritage, constate qu’il est en ruine, puisqu’on vient d’abattre le parking des Emmurées. Ô mémoire des hommes !

J’ai assez d’âge pour ne plus prendre les choses trop à cœur. N’empêche. On nous assomme à redire qu’il fut, lors de la présidentielle de 1965, le Kennedy français ; qu’il fit une campagne avec pom pom girls et tutti quanti. Quelle imagination ! Comme dit la chanson : ils ont des visions de cinéma. Personne ne rapporte qu’on le surnommait alors Mister Gibbs (le candidat souriant sans relâche, le sobriquet faisait référence à une publicité pour dentifrice). On persiste à nous vendre le Roi Jean, vocable né dans la tête d’on ne sait qui ; ici, Jean Lecanuet, était Jeannot. Guère plus. C’était déjà beaucoup.

Mais foin de mémoire, restons contemporains. Et sans pitié. On a demandé à un conseiller municipal Vert ce qu’il pensait du grand homme. En tant que fils de Michel Bérégovoy (1931-2011) ce garçon se doit d’avoir un avis. Le voici sans détour : mon père a été le principal concurrent de Jean Lecanuet pendant des années. Le principal, ah bon ? Je me souviens surtout qu’en juin 1981, au soir des législatives, Jean Lecanuet, pas mal défait, commentait le raz-de-marée socialiste. Les résultats tombant les uns après les autres, on lui annonça bientôt qu’il venait d’être battu à Rouen par Monsieur Bérégovoy… légère incertitude du journaliste… le secrétaire général de l’Élysée… Jean Lecanuet sursaute, puis, éclair de férocité dans l’œil, réplique : Non Bérégovoy l’autre ; celui-là, c’est le vrai.

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