CDLVIII.

Ce qui disparaît, ce sont les gens. Si leur souvenir reste, que dire de la voix, des attitudes, du visage ? Passe encore du caractère ou des anecdotes, et des phrases revenues. Qui nous reviennent. Aussi les photos et les réminiscences. Celles-ci, durables ou fortuites. Chacun connaît ça : pourquoi ai-je pensé à Untel ou Unetelle ? Tiens, j’ai rêvé de lui ou d’elle ! L’amusant est d’en chercher le cheminement. Mais là, on s’épuise.

Ces chroniques, écrites au fil des semaines, s’arrangent de mes souvenirs. Le vrai est que j’en dis moins que je voudrais. Si je cède (souvent) à la facilité, c’est par pudeur (oui, oui). Ou retrait. Je ne te crois pas ! Combien de fois ai-je entendu cette phrase. Pourtant je disais la vérité. Enfin, à peu près. Celle qui fait plaisir. Qui dérange le moins.

Dînant avec Éva, notre bavardage ramène trois noms à la surface. Ceux des premières speakerines de la télévision régionale, à savoir Françoise Duriez, Jacqueline Alexandre et Danièle Chaumeil. Voilà une chose oubliée (sans parler de l’inutilité à s’en souvenir). Que sont-elles devenues ? On m’affirme qu’avec Internet, je le saurais. Ou à peu près.

Guère envie. D’un souvenir l’autre, ce sont ces trois noms qui importent. Les parques régionales assemblées. Enfin, pour ce qu’il en reste ! Il n’y a plus de speakerines. Comme il n’y a plus, à la radio, de speaker. Et bientôt plus de télévision, ni de radio. Des ondes, des ondes, des ondes. Rien d’autre. Ça suffira à notre intime calendrier.

Éva bat et rebat les sujets du jour. Cela va de la vraie-fausse tête de L’Origine du monde à la démission de Benoît XVI, en passant par les lasagnes à la viande de cheval. Elle n’oublie pas (et moi donc !) le déménagement de l’École des Beaux-arts ou le ramassage des poubelles de sa rue. De fait, le tri est difficile. Même sélectif, on hésite.

Les parques filaient le cours de nos jours. De temps à autre, elles cassaient le fil. Tant que la trame avance, on se dit qu’il en reste bien assez. Comme pour la télévision. Ce perpétuel tissage ne saurait s’arrêter. Certains soirs, la tentation est grande ne pas éteindre. Il le faudrait pourtant. Oui, aller se coucher. Mais ne va-t-on pas manquer le neuf de demain ? Les speakerines d’autrefois apparaissaient à cette heure tardive. Elles disaient bonne nuit. Puis c’était la mire (durant laquelle il ne se passait rien).

Mais voilà, on éteint plus. On attend que Benoît XVI revienne sur sa décision ; que les chevaux se révoltent d’être pris pour des bœufs ; que les Beaux-arts vont rester là où ils sont, etc. Bref, sans speakerines, le monde est incertain. Il continue. Demain, dans la salle de bains, qu’apprendra-t-on ? Rien.

Oui, que sont devenues nos parques régionales. Occupées à tisser ailleurs ? Si nous pensons à elles, pensent-elles à nous ? Sommes-nous de bons ou de mauvais souvenirs ? Vaine question. Elles nous ont oubliés. Pas nous ? Non, pas nous. Enfin, pas tout à fait.

0 Réponses à “CDLVIII.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......