CDLVII.

Encore une chose oubliée : la venue ici de René Goscinny et d’Albert Uderzo. Séance de dédicace. Cela se passait dans le hall de Paris-Normandie (à l’époque, place de l’Hôtel de Ville). 1965 ou 66 ? Sans aller plus loin, n’était-ce pas à l’occasion de la sortie d’Astérix chez les Normands ? Que les amateurs nous écrivent, ils auront gagné.

Si je me souviens de cet épisode local, c’est qu’oeuvrant (plus ou moins) au journal, l’événement passait pour d’importance. Bref, on en parla. Pour quelle raison me suis-je retrouvé à promener les deux auteurs en soirée ? Aucun souvenir. Reste qu’il fallut (qu’il me fallut) les raccompagner à la gare, tard. Du moins l’un des deux, car l’autre était parti dans l’après-midi. L’un des deux, mais lequel ?

Avec des gens « des ventes », nous avons dîné à l’Hôtel de la Poste (rue Jeanne d’Arc). Son restaurant se nommait Le Relais Fleuri. Vœu pieux car l’endroit n’avait rien d’un relai, et était encore moins fleuri. On y mangeait mal, à l’ancienne, avec de vieux ou de trop jeunes serveurs, escortés de maîtres d’hôtel en habit. Bizarrerie venue dont ne sait où, la vaisselle avait été dessinée par Jean Effel. La Création du monde ! Toute une époque.

Cette signature fut remarquée de l’illustre convive. J’en conclus qu’il s’agissait d’Albert Uderzo. Cela dit après vérification, car d’Uderzo à Goscinny, à qui doit-on Astérix ? Je n’ai jamais trop su. Il me semble que son dessin est plus populaire que sa littérature.

Pourquoi le Relais Fleuri ? Le directeur des ventes d’alors (il est mort) croyait que ça faisait chic. Et le journal avait les moyens. De nos jours, où emmènerait-on un best-seller de bande dessinée ? Pas chez Gill, réputé trop ceci, trop cela. Dans un endroit moins dispendieux, plus à la mode ?

Que d’interrogations pour une éventualité. Le cas échant, ladite vedette serait aujourd’hui l’invitée de la seule Armitière. Et le restaurant (à supposer que) ne serait qu’un pis-aller. Cela dit sans vérification, car on m’affirme que notre librairie traite (parfois, pas toujours) ses invités avec une courtoisie toute parisienne. Hélas, si on a les moyens, on n’a guère le temps. Et si on a le temps, on n’a guère les moyens. Là aussi, question d’époque.

Les mauvais repas rendent mélancoliques. Ce soir là, chose acquise, notre dessinateur convive s’ennuyait ferme. Alors j’avais autre chose en tête qu’à assurer la conversation. Et les autres donc ! D’où peut-être l’attachement d’Albert Uderzo à admirer le joyeux canard ornant le rebord des assiettes. Ah, se disait-il, c’est ainsi que j’aurai dû dessiner, comme ce petit canard jaune (citation comprise dans l’addition).

Il est singulier de constater que Jean Effel griffa la vaisselle d’un pseudo-palace. Sa réputation fut excellente du côté du Parti Communiste Français. Il en reçut même un prix Lénine. Certes, tout arrive, mais un communiste peut-il recevoir le prix Uderzo ? Qu’on se le dise : rien n’est acquis lorsqu’on dessine. Ni lorsqu’on écrit. Voilà pourquoi, si on vous invite au restaurant, il ne faut jamais refuser.

3 Réponses à “CDLVII.”


  • Astérix et les normands a bien paru en 1966. Si ne savez pas quoi faire de votre édition dédicacée, je suis disposé à vous en débarrasser avec joie (je me déplace). Quant à savoir qui de Goscinny et d’Uderzo est le père d’Astérix, et bien les deux, mon capitaine. La bande dessinée est ainsi faite qu’on octroie au scénariste et au dessinateur, y compris de même sexe, une paternité commune.

  • On t’a reconnu Fred Duval :)

  • Saperlipopette, j’aurais du signer Idéfix, voire Rantanplan !

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