CDLVI.

Aimez-vous le théâtre ? Moi, beaucoup. Enfin autrefois car je n’y vais plus guère. Mes goûts ne sont plus d’aujourd’hui. Mon enthousiasme non plus. Et puis, les théâtres jouent si peu. A peine annoncées que les représentations s’achèvent. Ou qu’elles affichent complet. Ainsi ai-je voulu aller voir Une Odyssée, spectacle d’Irina Brooks (c’est la fille). C’était au Deux Rives (haut de la rue Louis-Ricard). Téléphonage. Complet aujourd’hui, complet demain. Aussitôt, vous vous dites à quoi bon. Rester chez soi, devant la télé. Où, c’est à noter, j’ai pu voir le spectacle projeté.

Vous me direz, et vous aurez raison : c’est pas la même chose. Le théâtre parlant est mieux que le cinéma parlant. Ou que la télévision parlante. Laquelle parle beaucoup, voire trop. En revanche (façon de dire) il fait toujours froid au cinéma et au théâtre. C’est peut-être moi ? J’ai froid partout. Devant la télé, vous n’avez pas froid. Si les salles remontaient le chauffage, la fréquentation augmenterait. Comme sous l’Occupation.

Mais pourquoi augmenter la fréquentation, puisque c’est toujours complet. Ainsi les théâtreux d’aujourd’hui remplissent-ils leur cahier des charges : abonnés contraints et scolaires de l’année. Les dossiers de demandes de subventions s’en remplissent avec facilité. On coche là, puis là. Il suffit de mettre dans les chiffres dans les cases. Tant de spectateurs, tant de subventions.

L’élu dispensateur (est-ce le mot ?) en est comme ragaillardi. Ce faisant, il s’imagine œuvrer pour l’avenir. Illusion ! A-t-il oublié sa jeunesse ? Par exemple, lorsqu’on mademoiselle Leblond le traînait, lui et ses congénères, aux Jeunesses Musicales de France. Les lycéens d’aujourd’hui sont taillés de la même étoffe. Ah non, ça m’a assez barbé au lycée.

On vient d’enterrer, dans l’indifférence, le vieux Bernard Dhéran (1926-2012). Il fut comédien renommé et enfant rouennais. Conservatoire, Comédie française, cinéma, théâtre, télévision. Une longue carrière qui ne laisse pas grand-chose à dire. Plaisant fantôme, il apparait (et apparaîtra), quelque soir échéant, aux séances du Ciné Club (celui de la télévision, bien sûr).

Son grand-père fut pâtissier. Ai-je goûté de ses gâteaux ? Oui, lorsqu’il était encore installé rue du Bec, puis rue aux Juifs. Lui ou ses successeurs ? Aucune importance, cela n’intéresse plus personne. Côté comédiens locaux, je pense avec sympathie (de temps à autre) à Bertrand et Bérangère Bonvoisin. Le premier est mort. Lui aussi. Et bien jeune. Sa sœur, qui fait une carrière certaine, subsiste. On parle de réussite. La mère fut député et conseillère municipale. Un caractère.

Mais à dénombrer les comédiens locaux, on n’en finirait pas. La réalité est qu’ils n’aiment pas trop rester ici. Ils ont leurs raisons. Lorsqu’ils sont à Paris, ils aiment dire qu’ils sont de Rouen. Lorsqu’ils sont à Rouen, ils disent qu’ils n’aiment pas Paris.

Les autres restent. Ils jouent un rôle dans une nouvelle imitée de Balzac, Les Comédiens de province. Ils arpentent Rouen à la recherche d’un local pour répéter. Et d’un peu de considération. Ce récit, fort court, est celui de la jeunesse. Par exemple celle de Bernard Dhéran ou de Bertrand Bonvoisin. C’est l’éternel récit du désenchantement.

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