CDLV.

Nos municipaux ont le projet arrêté de transférer l’École des Beaux-arts. Il va s’agir, pour étudiants et professeurs, de monter à la Grand-Mare. Adieu l’Aître Saint-Maclou, bonjour le collège Jean-Giraudoux. Ses locaux sont, paraît-il, vides. La Guerre de Troie aura-t-elle lieu ? On s’en doute, étudiants et professeurs refusent de jouer la pièce. Pourquoi ? Ils ne veulent pas le dire. Ou plutôt : ils ne peuvent guère le dire. Donc, trouvons des prétextes. Davantage que plausibles, quelques uns sont amusants.

On s’effraie des sommes colossales que représentent l’aménagement des locaux ; on redoute les difficultés des transports en commun ; on déplore la baisse de fréquentation des cours du soir ; on se chagrine d’avoir à quitter le Clos Saint-Marc. Comme les imperméables Valentin, ces arguments sont réversibles. Le vrai du vrai est ailleurs.

Pourquoi rechigner à monter là-haut ? Surtout : où trouver le courage de le dire ? Dire le vrai ? Vous n’y pensez pas. Plus même : vous ne le pensez pas. Donner les raisons de ce refus serait s’exposer. Or, disent les étudiants, c’est nous qui exposons. L’affaire, anecdotique ou pas, illustre la société dans laquelle il nous faut vivre. Dire les choses ou les faire. Jamais faire, toujours dire. Être ce qu’on fait, être ce qu’on dit. Etc.

Un argument recevable serait de dire qu’on ne veut pas aller là-haut parce que la municipalité s’y est illustrée de façon magistrale. Comment ? En détruisant les immeubles construits par Marcel Lods. Elle montre là le cas qu’elle fait de l’invention, de la clarté et de la discrétion. Mais il est vrai que nous sommes à Rouen. On pourrait dire aussi (cela se vaut) qu’on n’aime pas Jean Giraudoux. Qu’on lui préfère Georges Braque (collège à deux pas). Que lui, au moins, est peintre. Qu’il est du bâtiment. Oui ? Non ? Débattant dans le Salon Robespierre, quelqu’un aurait dit : Ils iront quand même. On reconnaît là l’implacable fermeté du Comité de Salut public.

Dans ma jeunesse, l’École des Beaux-arts (qui ne portait pas ce nom) se trouvait place de la Haute-Vieille-Tour, sur le côté de la Halle aux toiles. On y montait par un grand escalier extérieur. Dans trois salles voûtées, de vieux messieurs y donnaient des cours de dessin et de modelage. Il y faisait froid et sombre. Mais je parle par ouï-dire, ne l’ayant jamais fréquentée.

Des décennies plus tard, l’École (qui alors portait ce nom) se plaçait sous la protection d’une danse macabre. Vrai, les lieux sont sublimes. Dame, XVIe siècle ! Je crois me souvenir que dans ce qui restait de l’hôtel d’Aligre (XVII!) les étudiants donnaient des fiestas à tout casser. Et cassaient tout. Mais la vie était belle. Pensez, XXe siècle !

Nous voici déjà au XXIe ! Déménageons. Ne rabâchons pas. Ce sera donc Jean Giraudoux ou rien. Plutôt rien car on va s’empresser d’effacer le nom de l’auteur d’Intermezzo, pièce légère où paraissent droguistes, maires, contrôleurs, spectres… Vous dire si ces temps sont finis. Oui, il est temps de passer à autre chose.

2 Réponses à “CDLV.”


  • Petite remarque mineure… Votre numérotation à la romaine me semble quelque peu divagante: après CDXLIX, il me semble que l’on aurait dû passer à CDL (au lieu de CDXLX), puis CDLI et ainsi de suite, et le présent billet devrait être CDLV. Ceci dit, vos billets sont délectables.

  • Cher Monsieur,
    Vous avez mille fois raisons et j’ai honte de ma bévue. Mettons-là sur le compte de la présomption et de mon incorrigible coquetterie.
    Je vous remercie de votre attentive lecture.
    Croyez en mes meilleurs sentiments.

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