CDLIII.

Les médecins d’aujourd’hui sont d’aimables fantoches. Leur idéal est qu’on s’agite, qu’on coure, qu’on marche. Ils veulent sauver votre corps comme d’autres votre âme. Jadis, à Saint-Patrice, l’abbé vous engageait à dire trois Pater et six Ave. Ici et maintenant, nos modernes Knock nous forcent au sport et au mouvement. Vous voulez le Ciel ? Adhérez au Critérium ! Le salut par Décathlon, en quelque sorte.

Pourtant, que de plaisir à rester chez soi ! Un bon livre, un vieux canapé (un vieux livre, un bon canapé). S’imaginer qu’il y a au dehors des gens qui randonnent ou qui nagent (parfois les deux). Alors que, le silence, la méditation, l’idée d’être disponible, dernières qualités rares. Même ce léger vague à l’âme et au corps. Celui qu’on nomme l’ennui. Autrefois, les médecins conseillaient le repos. Plus aucun toubib ne s’y résout. Au pire, Diafoirus vous arrête. Tout est dit. Quel moderne médecin vous ordonne de rester au chaud, grog en mains, enveloppé d’épaisses couvertures ?

Qu’est devenu le temps où le commissaire Maigret, grippé et grognon, moite, somnolant, trouvait la figure de l’assassin au fond du lit ? Son épouse le menaçait de cataplasmes. Lui ne rêvait que de blagues à tabac. Dehors, le temps était gris et maussade. Il pleuvait. Les autos roulaient au ralenti. De nos jours, les assassins se méfient ; ils n’attendent pas et se carapatent. La faute aux antibiotiques ?

Qu’est devenu ce temps, celui de l’enfance. Vous êtes fiévreux et couché. Grand-père vous offre Les Tribulations d’un chinois en Chine ? Ce livre, dans une rare édition bleue, est illustré par Max Pietschmann. Il l’a acheté rue Beauvoisine. A la Croix de Malte (il y a encore l’étiquette). Comme il a acheté, cette fois là ou une autre, au Bazar Moderne (même rue) un petit moulin de fer peint. Lorsqu’on remonte le mécanisme, ses ailes tournent.

Y a-t-il, de nos jours, des enfants malades ? Disons : de maladies pour rire. Maladies faites pour les cadeaux et les quatre volontés. Un matin : Le petit n’est pas bien. On vous posait la main sur le front. C’est chaud disait-on. On faisait venir le docteur. Je préférerais que vous le gardiez au chaud.

Il y a des lustres que j’ai lu les Tribulations. Toujours eu l’impression que ce n’est pas tout à fait un livre pour enfant. Comme tous les Jules Verne, du reste. Qualité chez un auteur : être dévoré dans l’enfance, compris dans l’âge adulte. Bon, ça n’est ni le lieu ni l’endroit de vous faire un cours sur ce vieux bonhomme.

Oui, qu’est devenu le temps d’autrefois, celui des enfants souffrants ? Et des grands-pères disponibles ? Et des médecins réfléchis ? Y a quelqu’un ? demandait-on en entrant dans au Bazar Moderne. On attendait. Non, personne. Tout le monde est au sport.

Des maladies pour ne pas aller à l’école ? Pensez-vous ! On n’a pas le temps, vous avez le patinage, le foot, la danse, le tennis, le cheval… Sans oublier, n’oubliez-pas, en revenant, de passer par la pharmacie.

5 Réponses à “CDLIII.”


  • Clopine Trouillefou

    … sans compter qu’il fut un temps où c’était le médecin qui se déplaçait, n’est-ce pas. Ma mère, ménagère sans permis mais pourvue d’enfants, allait chez la voisine téléphoner : « la petite n’est pas bien, elle a 39° et mal à la gorge… »

    J’avais alors le droit d’aller souffrir dans le lit parental, pendant que ma mère « aérait » (même par – 5°) ma chambre et changeait les draps, « en attendant le docteur ».

    Et puis j’entendais son pas dans l’escalier. Lourd, le pas, fatigué, la mallette noire pesante au bout du bras, mais pourtant infiniment rassurant. Oserais-je l’avouer ? Rien que d’entendre ma mère aller ouvrir la porte, remercier le Docteur et aller chercher dans la cuisine la cuillère à soupe qui allait servir à diagnostiquer mon angine, j’étais déjà guérie…

    Mieux que tous les Jules Verne, j’avais le droit de passer ma convalescence dans le lit de ma mère. Sur le papier peint, des bateaux m’emmenaient en se balançant au rythme de ma fièvre. Et c’était le Docteur le capitaine…

    (aujourd’hui, on entasse l’enfant à l’arrière de la voiture, n’est-ce pas, et l’on fonce vers la « maison médicale » où l’on ne verra jamais le même médecin…)

  • cecile-anne sibout

    Moi j’ai même fait semblant d’être malade (-> mêmes avantages en gros que ceux décrits par Clopine).

    Il suffisait de frotter un peu le bout du thermomètre avec un chiffon et on avait un petit 38° 5 (ne pas trop frotter : 40°5 aurait paru peu crédible, -> éventuellement secouer énergiquement le thermomètre pour qu’il redescende à 38°5).

    Je prétendais ensuite vouloir aller quand même à l’école (= 2e mensonge) et maman, hésitante, déclarait que ce ne serait pas raisonnable.

    Du coup 3 jours minimum de lit avec visite du bon docteur, plateau-repas et lecture de BD, la tête bien calée sur un gros oreiller.

    = Un de mes meilleurs souvenirs hivernaux..

  • Faudra quand même comment s’y prend Clopine pour entasser un enfant dans une voiture °_O

  • *Faudra quand même m’expliquer… (faut vraiment que j’arrête le triclo)

  • Major, je vous nomme Général.

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