CD.LI.

Nous voici au Théâtre des Arts. C’est mercredi. Ce sont les vœux du maire. La demi-salle patiente en regardant d’un œil le film Je suis Rouen. Au fil des passages et repassages, on se surprend à en trouver la bande sonore entêtante. Renseignons-nous. Et apprenons (que ferait-on sans Internet) qu’il s’agit d’un morceau du groupe Mr Lab intitulé Anyway. Admettons-le. Plus loin (que ferait-on sans la presse) apprenons que ledit Mr Lab est le groupe préféré de Valéry Fourneyron. Sans doute. De toute façon, avait-elle le choix ?

Musique pour musique, la vraie débuta avec un quatuor de Mozart. En live, bien sûr. Un Koechel quelque chose (le 465 pour être savant). Rien à en dire, sinon que la couleur de la soirée était donnée : laborieuse, monotone, irréprochable. Quelques réglages plus tard, le chef d’orchestre, le maire en personne, est au pupitre. Ne pouvant diriger sans l’orphéon, il invite toute la troupe à monter sur scène. Seigneur, que de figures affligées ! C’était à regretter le casting de Je suis Rouen. Au réel, préférons la fiction ? Mais laquelle est laquelle ?

Aux premiers mots du discours, on pressent que ce sera long. Ce le fut. Citer, remercier, énumérer, faire savoir, faire croire, faire accroire. L’exercice le réclame. Il me faut tout lire semblait croire le maire. Certes, cette nomenclature de projets ou de réalisation a son utilité. Sinon, pourquoi être là ? Mais, comment dire le vrai ? C’est des choses que c’est pas la peine. Parfois, voulant faire trop vite, Yvon Robert sautait des mots, trébuchait sur d’autres. A ses côtés et derrière lui, du second rôle au figurant, l’adhésion était totale. Ah, tant pis, fichu pour fichu, autant rester digne. Comme dit toujours le Lord-maire : anyway.

Pour l’heure, celui de Rouen (ou Darnétal, Quevilly ou Quincampoix ?) nous invitait à un moment convivial. Le public rendit grâce. Dirigeons-nous vers le buffet. Habitude rôdée, les employés municipaux servirent les invités municipaux. Pour les trois-quarts de l’assistance, pour quelle raison étions-nous là ? Parce qu’on se croit fidèles. Ou intéressés. Ou curieux. Mais avant tout Rouennais, notez-le. Quelquefois socialistes. Démocrates. Les deux ? Que j’habite le quartier, aussi.

L’open-bar a ceci de bon, qu’à naviguer, on écoute les conversations. Qui sont tous ces gens-là ? demandait un monsieur de mon âge. Il pouvait s’interroger. Comme disait l’abonné du Journal de Rouen : personne de connaissance. Pas beaucoup de jeunes, pas mal de vieux. Entre les deux, des gens de théâtre, payés au rabais. Vous, vous jouerez la bourgeoisie rouennaise. Ce sont des amateurs, vous imaginez le tableau. On fait comment ? dit l’intermittent. J’en sais rien moi, c’était autrefois. Même les costumes ne les sauvaient pas du désastre.

En sortant, Eva et moi avons traversé le parvis glacial. Rue de la Champmeslé, rue des Carmes, nous sommes allés dîner au Bar des Fleurs. Période de soldes, vitrines éclairées, elle s’attarde devant les chaussures exposées. J’ai trouvé qu’Yvon avait pris un coup de vieux dit-elle. Oui, et que Valérie est toujours aussi mal fagotée ai-je répondu.

5 Réponses à “CD.LI.”


  • Manger au bar des fleurs? Houla! Voilà un bien grand mot; on y avale sans plaisir des plats semi-industriels qui ne valent pas le montant inscrit sur la note, loin s’en faut.

    D’autre part, on a déjà Perdrial pour ce genre de billet et ça suffit bien pour une si petite ville.

  • Le Lieutenant-colonel

    Oui mais ici c’est mieux dit qu’ailleurs.

  • marchal patrick

    Oui.. avec un petit plus pour Perdrial : il nous donne le montant de l’addition .

  • La Générale

    Je maintiendrai.

  • Clopine Trouillefou

    Quand je vous lis, Félix, je suis souvent envahie de nostalgie baudelairienne :

    « La forme d’une ville change — plus vite, hélas ! que le coeur d’un mortel… »

    « Il n’y a que les poètes pour savoir les choses », nous disait Emile Henriot., qui pourtant ne connaissait pas l’insupportable « Bar des Fleurs », où personne de ceux qui sont là ne regardent JAMAIS le bedon avantageux de Gustave Flaubert qui avance pour eux une jambe bourgeoise, mais un peu flapie (c’est le cas des sculptures rouennaises !)

    Vous souvenez-vous d’Emile Henriot ? (point rouennais, de surcroît). Nostalgie là encore, mais il faut que je me secoue, comme on prend une boule à neige et qu’on en fait tomber les pellicules, rien que pour que quelque chose bouge..

    Et puis c’est la nouvelle année.

    Permettez-moi donc de vous offrir, en guise d’étrennes, le nom d’un livre que vous retrouverez peut-être chez un des bouquinistes-brocanteurs de la Place Saint-Marc (l’un d’entre eux, immense gaillard rugueux, pourrait peut-être vous y aider ?) : « la Rose de Bratislava ». Nous dirons que c’est une Rose de Nouvel An, rien que pour vous, tenez , tant l’auteur pourrait être votre frère de plume…

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