C.D.L.

Une vieille pièce d’un auteur nommé René Fauchois s’intitule Prenez garde à la peinture. René Fauchois est né à Rouen (il y a longtemps). Il est aussi connu pour avoir signé Boudu sauvé des eaux dont Jean Renoir fit un film amusant. René Fauchois a beaucoup écrit. Sans doute trop. J’ignore ce que raconte Prenez garde à la peinture, mais j’aime le titre. On pourrait l’utiliser pour une foule de choses : Prenez garde à la littérature, à la philosophie, à la politique, à l’amour, etc. A partir de là, le canevas suit.

Je ne m’intéresse plus à ce qui se fait en matière de peinture. Mes goûts étaient (sont restés) de troisième ordre. De surcroît, ils ne regardent personne. Si j’ai des tableaux chez moi, ce sont des débris de naufrages. Un Tony Fritz-Villars, donné par l’auteur. Un Maurice Denis, offert par je ne dirai pas qui. Un Pierre Hodé, acheté dans ma jeunesse (pas cher). Deux toiles du XIXeme, venues de brocantes. Un petit format que j’attribue à Georges Braque (c’est un faux). Un dessin d’Albert Marquet (là, acheté cher). Un magnifique Kasimir Malevitch (faux également). Je dois en oublier.

Il existe de nombreuses galeries à Rouen. Je n’y mets jamais les pieds. Pour les expositions, oui. De temps à autre. Ce qu’on nomme l’art contemporain m’indiffère. Pour moi, ça n’existe pas. C’est une posture, une façon d’être. Le peintre, l’artiste, comme l’œuvre, tout est dans la vitrine. De l’art d’étalagiste. Chaque année, ici, je visite le Salon d’Art Normand, puis celui des Indépendants. Inutile de dire que je préfère le second.

Dans le premier, domine le faire valoir. Artiste, on en est ou pas. Si nous y sommes, c’est qu’on en est. C’est de l’art entre nous. Entre nous, c’est de l’art. Le second salon (indépendant prétendu) se voudrait amateur. Il en a la fraîcheur et la prétention à l’être. C’est le salon de ceux qui ne connaissent personne. Encore moins la peinture. Ils sont peintres parce qu’il faut faire quelque chose. Les autres connaissent tout le monde. La preuve : ils font de la peinture.

Restent les goûts locaux. Les Rouennais aiment Daniel Authouart, Dominique Vervisch ou Christophe Ronel. D’autres aussi. Ils les aiment parce qu’ils se vendent. S’ils se vendaient moins, ils ne les aimeraient pas. Sagesse normande. Ils n’ont pas mauvais goût : ils n’ont pas d’argent. Dieu sait ce qu’ils aimeraient s’ils en avaient !

Je me souviens que Daniel Authouart, jadis, obtint le Prix du Salon de Rouen avec une toile intitulée La Bourse. Ça n’était pas mal trouvé. Et prémonitoire. On m’affirme qu’il gagne bien sa vie. Les peintres décoratifs l’ont toujours bien gagnée. Question de métier. Les fauves ou impressionnistes ont souvent payé leur loyer en barbouillant enseignes ou panneaux de boutiques. Y a pas de honte. Mais, de nos jours, quel forain fera appel à Daniel Authouart pour illustrer sa baraque à frites ? D’où sa propension à vendre aux avocats et aux cancérologues. Notez, qu’à sa place et à choisir, je sais ce que je ferais.

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