CDXLIX.

Durant les fêtes, Yvon Robert, vieux grognard de l’Empire, n’est pas resté les bras croisés. De chevalier, il est passé officier de la Légion d’honneur. La nouvelle a paru au bulletin officiel de la Grande Armée. A quoi notre maire doit-il cette promotion ? On prétend qu’elle émane du ministère impérial de l’instruction publique, signalant ainsi son rôle éminent de professeur et d’inspecteur desdits. Sa carrière s’étant déroulée, pour l’essentiel, sous les abeilles ministérielles (Cambacérès ou Savary ?) l’assertion est douteuse. La réalité est autre.

La nouvelle croix d’Yvon Robert a été obtenue sur ordre de l’Empereur. On sait que celui-ci, perpétuel cavalier, réside à demeure place de l’Hôtel de Ville. Le regard fixé vers le pub O’Kallaghan (sait-on jamais) il ne néglige pas pour autant ce qui ce passe dans son dos. Comment n’aurait-il pas gardé le souvenir de la bataille de Moscowa ? Cette victoire, datée du 7 septembre 1812, a été commémorée dans l’opération Rouen Givrée. Vacances scolaires, fêtes de Noël ? Prétextes ! En fait, Yvon Robert, sourcilleux partisan de l’Empire, ne cesse d’exalter sa passion bonapartiste, d’où patinoire, chalets enneigés et vin chaud.

Autre exemple ? Le nouvel aménagement de la place de l’Hôtel de Ville. On sait Napoléon stratège de première force. Or, le plan de circulation retenu (soi-disant par la Crea) n’est que la réplique au millimètre de la bataille d’Eylau (8 février 1807). Qu’on en juge : enveloppement par la gauche, à l’est recul des positions sur les hauteurs, répartition des grandes batteries, attaque immédiate par le sud, colonnes présentées de flanc, contre-attaque générale, de nouveau enveloppement, et là, vlan, Murat écrabouille les Russes.

Au début, personne n’y croyait. Tergiversations, sursis, atermoiements… Il fallut toute la fermeté d’Yvon Robert pour imposer ce plan audacieux. Si vous voulez prendre la mesure de cette réussite, il suffit d’accéder à la petite esplanade qui borde Le Trois Pièces. De là, on voit avec netteté le plan de la bataille, les forces en présence, les failles de l’ennemi. C’est du reste au Trois Pièces que se déroulera la remise de la décoration. Par qui ? Dans les milieux bien informés, on laisse entendre que l’Empereur, descendu de son cheval…

Bon, assez rigolé. Le Trois Pièces s’appelait autrefois le Château d’O (on sait pourquoi). Il fut brasserie, restaurant, simple café. Il y a une cinquantaine d’années, il existait, au premier étage, une salle de billard. L’été, fenêtres ouvertes, on entendait les tramways aller et venir. L’hiver, lumières allumées, on apercevait silhouettes dansantes et feux électriques. A l’époque, la place vivait encore, cafés, bureaux, boutiques. Tant de choses en son pourtour, inutiles et distrayantes, toutes aujourd’hui disparues. Ce qu’il en reste résiste. Oui, comme Napoléon à Waterloo.

Le présent aménagement de la place a succédé à un autre : celui de la bagnole prioritaire et du parking souterrain. En voici un autre, axé sur les déplacements communautaires. Il a pour forme ce gigantesque giratoire pour bus, éclairé à la façon d’un aéroport. Qu’y faire, qu’en dire ? Piéton rouennais, éternel négligé, tu es devant l’Unique Utilitaire !

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