CDXLVII.

Réveillon de la Saint-Sylvestre dit-on. Belle maison du quartier Jouvenet, véranda chauffée, une vingtaine de personnes. L’assistance : fonctionnaires de l’éducation nationale, professeurs, quelques cultureux, un ou deux vieux décatis comme moi. Je m’ennuie mais arrive à le cacher. Les conversations roulent sur les sujets du jour, pas de politique (un peu tout de même), Gérard Depardieu, pauvres riches et riches pauvres, vacances à la neige. La crise est derrière nous. Ou devant, c’est selon.

Curiosité, six des convives ne connaissent pas le Marsala (à cet âge !). Ce qui ne les empêche pas de vider la bouteille. Puis une autre. Et encore une autre. La maîtresse de maison (façon de parler) reste stoïque. Et simple : ledit Marsala vient de Casitalia, rue Armand-Carrel. Les patrons sont super-sympas dit-on. Je confirme.

Bientôt, les enfants sont sur la table (entendez on cause progéniture). De la difficulté de les avoir, de les conserver, de les élever et tutti quanti. Il y a même là une grand-mère de 42 ans. Pas si fière, m’a-t-il semblé. D’autant qu’elle côtoie, à peu de choses près, ayant son âge, des mamans (le vocable semble obligé) ravies de l’être. On échange ses expériences. Je redoute le pot de chambre, lequel finit par être, lui aussi, sur la table. On purge bébé est un classique.

Passons aux caractères. Le mien comme ci, la mienne comme ça. La dominante : chaque enfant est volontaire, buté, impérieux. Pas de calmes, de mous ou de contemplatifs. La coquetterie avouée : les enfants doivent vous en faire baver. Sinon à quoi bon ? Après les caractères, les dons ou les défauts venus du papa ou de la maman. Une de ces dernières s’étend avec complaisance sur un certain Matéo ; ce bambin fameux a je ne sais quelle particularité psychologique qui fait se récrier la table.

Une convive : Ah ça, n’est pas un trait féminin ça ! Et mutine : Le papa il est comment ? Instant de suspend. Tremblement du temps. Avec une grâce éprouvée, la mère du phénomène laisse tomber : En fait, non, je vis avec une femme. L’interrogatrice, croyant faire preuve de tact, dit excusez-moi et avale son verre d’eau d’un trait. Nous sommes dans un milieu où la San-Pellegrino glisse bien. Quelqu’un a-t-il ouvert la fenêtre ? On respire.

Comme me disait autrefois une vieille amie : Félix, tu ne sais pas te taire. Abus du Marsala ? Je n’ai pu résister : Miss, vous ne répondez pas à la question, le père est comment ? J’ai senti un sérieux coup de coude dans mon flanc gauche, sept ou huit paires d’yeux me transperçant et autant de soupirs atterrés. Savez-vous ce qu’est la classe ? En voici un exemple : Cher ami, je n’ai jamais vu le père, pas même son éprouvette ! Ouf de soulagement et rigolade générale.

Mais j’y pense, voilà de quoi commencer à écrire un succès autrefois à la mode : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations : 100 questions à ne pas poser et 100 réponses adéquates.

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