CDXLVI.

Celle des fêtes n’est pas ma période. Du 5 décembre au cinq janvier, qu’une hâte : que ça se termine. Consommation, airs de fêtes, mines réjouies (vraies ou fausses), je suis au supplice. Suis-je le seul ? Mais bon, patientons. Viendra (peut-être) le temps où nous serons majoritaires. Et les autres minoritaires. Tout sera alors (un peu) comme avant. On réveillonnera tard le soir, dans une brasserie, entouré de beaucoup de monde. Chez Gentil ? La Vieille auberge ? Plutôt à la nouvelle, L’Agriculture, sur les quais, et qui vient d’ouvrir. Oui, essayons. Nous sommes en 1960.

Peut-être mangera-t-on des huitres. Boirons-nous du vin blanc. Un sylvaner peut-être ? On mangera beaucoup. Trop. Qui s’en souciera ? Mange, disait-on. Tu ne sais pas qui te mangera. Le docteur n’est pas né qui vous parle diabète, cholestérol et tension artérielle. D’ailleurs, le docteur est à table. Il boit, mange et fume. Il reprend des oursins. C’est plein d’iode. Voilà qui est bon pour la santé. Bientôt on sert du chevreuil. En cuissot ou cuisseau ? Ah, dit le docteur, c’est cuissot. Celui-ci, pour le gibier ; l’autre pour la viande boucherie. Le docteur est aussi chasseur (avant tout).

Passée deux heures du matin, après l’omelette norvégienne, nous sommes dehors. Tiens, il neige, dira Charles. Nous aurons froid. Bien froid même. Avec de la vapeur sortant des bouches. Combien a-t-on vidé de bouteilles ? On compte. Vrai, pas mal. Où finir la nuit ? Tout est fermé. Et si on allait danser ? Dans ces moments là, il y en a toujours qui veulent danser. A La Bohème ? Oui, oui, dit Clarisse, à La Bohème. Ce sera sans moi. Et sans le docteur. Lui est de garde et ne sens pas d’attaque. Du moins, c’est ce qu’il dit.

Alors chacun rentre chez soi. Les uns en raccompagnant d’autres. La neige ne tombe plus. Ce n’était pas vraiment de la neige. Autrefois, oui, il neigeait beaucoup plus. Dans la chambre, en défaisant sa cravate, il s’avère que ce réveillon là n’était pas si gai. On apprendra dans trois jours, qu’à La Bohème, c’était pas drôle. Non plus ? Non. Alors, on a atterri au Club, rue Percière, chez Édith. Et que là, ça a duré jusqu’à six heures. On s’est bien marré. On a fini au Vieux-Marché pour la soupe à l’oignon. Vous auriez dû venir.

Oui, comme aujourd’hui. On aurait dû venir. Mais on a plus envie de réveillonner. Surtout avec des chasseurs et des médecins. Quant à danser ! Plus rien de ce qui est évoqué (plus haut) n’existe. Si je ressasse (avec honnêteté) c’est pour moi seul. Plus personne, n’est-ce pas. De fait, il ne neige plus, il pleut. Édith est morte il y a longtemps. L’Agriculture (quai de Paris) est devenu un restaurant chinois (plus chinois que restaurant). Les médecins ne sont pas chasseurs ; pour la plupart, ils ignorent qu’il y a cuisseau et cuissots (mais savent tant d’autres choses plus inutiles).

Ainsi va. Bon, mais en attendant, vous le trouvez comment le sylvaner ?

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