CDXLIV.

Déjeuner à la Brasserie Paul, rituel qu’avec Éva on perpétue, depuis que Molineux n’est plus. Nos conversations se resserrent. L’âge et le temps. Cela fait combien d’années que nous venons ici ? Des lustres au sens strict. Vents et marées. A reprendre nos souvenirs, depuis la disparition du Vieux-Marché (le vrai) et son remplacement par cette boutique à treize que sont devenus les lieux. Il suffit de passer devant les restaurants in situ, pour être éberlué par la vulgarité et l’indigence de ce qu’on nous y propose. Surtout sur sa Rive Sud. La Nord, moins exposée au chalandage, garde une certaine tenue (façon de dire). Cette dérive et ce naufrage sont-ils mérités ? Je le crois volontiers.

A la Brasserie Paul, on se maintient. A la fois cuisine, service et nous. Les lieux ont cependant changé depuis les années Soixante-dix. A commencer par ce décor années Trente qui, à la longue, s’épuise. Du temps où nous avons investi des lieux, il n’existait pas. Paul était alors dans son jus années Cinquante, banquettes et luminaires idoines. Il y avait aussi, Éva s’en souvient, une salle de billard en sous-sol. Ça faisait américain. Sans le faire, tout en le faisant.

Je n’ai jamais joué au billard. Pas plus hier que demain. Ni aujourd’hui devant mon aile de raie, aux câpres et pommes vapeur (celles-ci remplacées par du riz). Dehors, le Marché de Noël bat son plein. Du moins fait semblant, car sous la pluie, il n’y a guère de monde. D’année en année, cette institution commerciale me semble de plus de plus triste, inutile, incongrue. Ce Marché là n’a jamais été de mon époque. Ni autrefois, ni plus tard.

Ce millésime, les blanches baraques sont en Ripolin blanc. Ça veut faire Göteborg, ça fait Yport. Ah non, j’ me baigne pas, y fait trop froid. L’éclairage bleu, le manque d’espace dans les allées et les hauts-parfeurs ajoutent à l’aspect réfrigérant. Connaissez-vous Mourmansk ? Moi non plus. Ce n’est pas un Marché de Noël, c’est une édition pour enfant d’Une journée d’Ivan Denissovitch. J’exagère ? Ne faut-il pas exalter la vie ?

Mourmansk ou Denissovitch ou pas, puisque nous y sommes, revenons à Monet-Cathédrale. Surtout sur la grille fermant le passage de la Cour des Comptes. Rouennais médusés, nombre d’entre nous s’en sont émus. Du coup, les promoteurs promettent sur pancarte la réouverture. Enfin presque. Ce sera le jour, aux bons soins des commerces, de telle heure à telle heure (et fermé de telle heure à telle heure). Cette demi-mesure caractérise à merveille l’esprit du lieu et celui des propriétaires. Ça ouvrira quand le commerce marchera. Tiens, y a du monde à la boutique, Sandrine, allez ouvrir. Quelle misère que ce Rouen là !

Le comique, c’est de voir l’opposition municipale s’approprier la prétendue réouverture. Pensez, un mot de nos chers Démocrates indépendants, et au Kremlin, Staline tremble. Non, si la vraie-fausse réouverture est annoncée, c’est qu’on a peur pour le tiroir-caisse. Le passage de la Cour des Comptes ? Voyons Maurice, ne faites pas l’enfant, ce sont les comptes qui passent.

1 Réponse à “CDXLIV.”


  • j’ai apprécié votre article.
    Dehors, le Marché de Noël bat son plein. Du moins fait semblant, car sous la pluie, il n’y a guère de monde. D’année en année, cette institution commerciale me semble de plus de plus triste, inutile, incongrue. Ce Marché là n’a jamais été de mon époque. Ni autrefois, ni plus tard(je suis a 1000% d’accord avec vous)

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