CDXXX.

Entre amis choisis, on célèbre le cinquantième anniversaire de l’Armitière, librairie ici connue. Chacun, séparé ou ensemble, y va de son témoignage. Comme on écrit l’histoire ! Tout y est à peu vrai. Et si loin du réel d’autrefois ! Chacun sa vérité dit-on. Oui, comme disait Carabine : j’ai pas souvenir de ça. Elle avait raison. Peut-être n’y a-t-il que de mauvais souvenirs ? De fait, à les raconter, on les recouvre d’un rassurant maquillage.

L’amusant c’est de voir ce past and present célébré par trois personnes : le fondateur, le repreneur et le fossoyeur (des lieux, s’entend). De l’un à l’autre, tant de choses ont changé ! Un monde, presque. De l’Armitière 1962 à celle de 2012, pensez ! A pied, la rue de l’École est proche de celle des Basnages. Lorsqu’on est fantôme, le chemin paraît interminable. Pour ne pas dire infranchissable.

Vrai, commémorer la naissance de l’Armitière revient à faire un tour au cimetière. Bien plein, qui plus est. Qu’est devenu Noël Arnaud, Henri Pichette, Claude Ollier ? Qu’est devenue Ute Moulin, maîtresse des lieux, qui écrivit un si joli livre, Du Danube à la Seine. Dieu que cette femme avait de charme ! Quelle mélancolie à s’en souvenir ! Et Sylvie donc ! Et Catherine qu’on appelait à jamais Catherine de l’Armitière, comme l’héroïne d’un vieux roman (elle porte un autre nom à présent). Tant d’autres. Restons littéraire : Que sont mes amis devenus, que j’avais si près tenus, et tant aimés…

Les anniversaires sont là pour se réjouir. Pourquoi celui-là m’est-il plus désagréable qu’autre chose ? Rutebeuf était bon garçon : ses amis si près tenus… l’ignorent à présent. Du moins, ceux qui restent. On se croise sans se reconnaître. Enfin, si peu. Comme au cimetière, lorsqu’on cherche une tombe. Les inscriptions effacées et le gardien pas trop au courant. Suivez l’allée à main droite, ça doit être par là. Oui, l’Armitière, la vraie, doit être par là.

L’actuelle, la fausse, n’est qu’un simulacre. On y vend des livres. Tant mieux pour eux. Pour ma part, qu’irai-je y chercher qui m’apprenne quoi que ce soit ? J’entends les commentaires : le revoilà dans la nostalgie ; il regrette sa jeunesse ; il en resté à 1954. N’en croyez rien. Si je pense à l’Armitière, la vraie, c’est pour constater que ce qu’elle instaurait est mort. Au point de vue matériel, au point de vue intellectuel.

Ce qu’elle prônait a sombré. Qui lit encore Witold Gombrowicz et sa Pornographie ? Les Pianos mécaniques d’Henri-François Rey ? Le Parc de Philippe Sollers ? Comme disait l’autre : la fosse commune. Les lecteurs de mon âge ont tous donné là-dedans. A l’Armitière, on discutait à n’en plus finir s’il fallait préférer le Procès-verbal (Le Clézio) au Déluge (du même). Vous dire si on a perdu son temps ! Plus de l’espace dans nos bibliothèques, toutes invendables à présent.

Comme seront invendables les tombeaux neufs de l’Armitière, l’autre. Celle qui s’amuse et se congratule. Enfin, pas tant que ça. Le gardien : on ferme… on ferme…

 

3 Réponses à “CDXXX.”


  • Clopine Trouillefou

    Enfin, Félix, vous oubliez l’essentiel : l’Armitière, avant tout n’est-ce pas, ce sont LES PLUS BEAUX PAPIERS CADEAUX DE NOEL DE TOUT ROUEN.

    Les années passent, vous n’êtes pas le premier à le constater, et nos jeunesses ont toutes sur le visage, comme les invités des Guermantes au bal du Temps Retrouvé, la poudre et le fard outré de vieux acteurs tentant de se ressembler à eux-mêmes…

    Mais s’il est UNE SEULE valeur sûre dans ce Rouen exécré et jamais quitté, c’est bien le papier qui enveloppe les livres qu’on offrira à Noël, unique et qui, miracle, perdure bien mieux que nous.

    Couleurs, grammage, l’impeccable des plis des coins, absence ô combien soulageante de bolduc brillant, la classe absolue, discrète et réconfortante, c’est bien simple : tous les ans, je me tape vingt minutes d’attente à la caisse de l’Armitière (alors que d’un clic, n’est-ce pas, on m’offre un port gratuit….), rien que pour attester de la sûreté de mon goût « littéraire » déposé sous le sapin.

    Par contre, leurs sacs plastique sont d’une banalité attristante, et l’on ne connaît plus personne, c’est vrai. Mais enfin, tant que le papier cadeau tient bon, la littérature palpite encore un peu. Un peu de courage, voyons : reconnaissez-le !

  • marchal patrick

    bonjour,
    j’ai envoyé votre texte « Armitière » à Catherine de l’Armitière qui a toujours sa même coupe de cheveux
    et céramiste à ses heures de création… Voilà une lectrice de plus !
    Une bonne nouvelle est à notre belle grandiose sublime excitante époque souvent accompagnée d’un intant publicitaire PUB PUB PUB PUTE PUB …: Allez voir le tas d’or (dures) de Quéréel au premier étage de la mairie sans effort par l’ascenseur en passant par là : case café à 40 centimes, le cappucino sans sucre est très potable. Vous verrez dans son bazard des vestiges qui vous parleront sans doute et puis pour vous décourager vous aurez une piqûre de rappel sur Duchamps … oui avec un S.
    je n’en dis pas plus : qui le déteste le suive !!!!

    Il convient de rencontrer les gens que disponibles, accoudés au comptoir à parler de problèmes d’Hommes, de mélancolie… Il y a tant de bars à RRouen!!!! oui avec 2R.

    dadmicalement à votre santé -patrick marchal

  • Clopine Trouillefou

    Marchal Patrick, vous avez des remontées de Léo Ferré (avec 2 R itou) : certes, j’aime bien, mais croyez-vous vraiment que les « problèmes de mélancolie » soient réservés aux Hommes (avec 2 m) ?

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