CDXXIX.

On lit ça et là que Rouen est une ville sale, moche et bête. Les gens exagèrent ! Est-ce à dire que Rouen est intelligente, propre et belle ? Bien sûr que non. La vérité doit être entre les deux (centriste un jour, centriste toujours). Bref, qu’il y a des jours avec et des jours sans. Y a du pour et du contre. Et comme dit l’autre : voilà pourquoi Pierre Léautey est député.

A ce propos, quoi de plus éberluant que ce dévalement lacrymal pour la fermeture de Pétroplus. On a beau être blasé, il y a des moments où il faut se tenir au comptoir pour ne pas tomber de rire. Tous les élus locaux rivalisent dans le genre éprouvé du compassionnel mesuré. C’est l’exercice obligé. On se souvient de ce professeur qui donnait pour devoir : Sophocle écrit des Enfers à Racine pour le consoler de l’insuccès d’Athalie. A croire qu’une instance enjoint aux élus la variante : En 140 mots, vous écrivez à l’intersyndicale pour vous désoler de la liquidation d’une entreprise et l’assurer de votre entier soutien. Vous avez une heure.

Et que dire des reportages sur le terrain ! Voulant nous dire ce qui s’y passe, la presse locale va demander son avis aux commerçants locaux. Tous défilent : boucher, charcutier, coiffeur… Eux aussi y vont de leurs larmes, pensant aux salariés et à leurs familles, pour aussitôt se désoler d’un futur manque à gagner (on ne pourra pas les taxer d’hypocrisie).

Encore faut-il des exemples. L’un dit qu’il va vendre moins de rôtis de bœuf et plus de jambon ; l’autre qu’il y aura moins de monde au bistrot (ça se discute) ; quand à la libraire, tenez-vous bien, elle ne peut cacher ses larmes. Certes, adieu les ventes massives des Goncourt et Renaudot.

Mais sans conteste la palme revient au boulanger, lequel assure qu’il connait les Pétroplus, ces derniers s’arrêtant chez lui pour acheter les croissants. Dites, voilà une variante qu’on cherche vainement dans les enquêtes sur le monde ouvrier. Des croissants ! Au beurre ou ordinaires ? Au beurre, assure le rédacteur du Figaro ; non, ordinaires rétorque celui de l’Humanité.

Bon, tout ça est fait pour rire, non pour pleurer. Qu’on ne s’y trompe pas, ces commerçants pourront jurer, que jamais au grand jamais, ils n’ont tenu de pareils propos. Le responsable de ces romances est, vous l’aurez deviné, le malheureux journaleux chargé de faire sentir l’air du temps. Il connaît, lui aussi, les courses faites à Intermarché ou Leclerc, les grilles du Loto pour décrocher la timbale ; quant aux croissants, mon Dieu, les croissants

Ce malheureux chroniqueur me ressemble. Il a trop lu Jean Giraudoux. Il décrit Petit ou Grand-Couronne comme le village d’Intermezzo : la mairie, la gare, la boutique du droguiste, le kiosque à musique… et les balayeurs qui mangent des croissants en discutant des futures élections à l’Académie française. Au fond, c’est un optimiste. Incorrigible, il entend le rester. Quoiqu’il lui en coûte. Toutes choses pour lesquelles, comme dit l’autre, Pierre Léautey est député.

 

2 Réponses à “CDXXIX.”


  • Haha! Tout ça est excellent mon vieux!

  • Clopine Trouillefou

    Rouen à l’honneur sur Télérama de la semaine… Comme c’est bon de lire du mal des Docks 76 …

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