CDXXVIII.

En ai-je déjà parlé ? Possible. Il m’arrive de ne plus me souvenir. Je mélange tout. Il fut un temps ou je fréquentais avec assiduité le quartier Beauvoisine, la rue Beffroy surtout. A l’angle, il existait une épicerie spécialisée en produits dits bretons. Cela s’appelait, off course, Aux Délices de Bretagne. Il fut donc un temps où la Bretagne passait pour un pays exotique. De production fraîche ou supposée (crêpes, koui-amann, souchen…) on passa, années après année, à de la simple conserverie, puis au tout venant des épiceries locales.

Un beau jour, il faut bien prendre sa retraite, ces légendaires Délices de Bretagne fermèrent. Puis rouvrirent, avec à peu près les mêmes denrées. Ce fut Au Soleil de Carthage. Rien à en dire sinon que, peut-être, les Armoricains d’autrefois sont devenus les Orientaux d’aujourd’hui. On n’en tirera pas de conclusion sinon pour mettre en garde. En garde contre quoi ? Va savoir.

A y passer parfois, la rue Beffroy est de plus en plus triste. Mon grand plaisir d’autrefois était d’aller discuter à la Galerie du Beffroy et de dîner au restaurant du même nom. Sans conteste, l’un et l’autre furent deux lieux phares de la ville. Qu’on y songe ! Qu’on les regrette ! Suis-je trop vieux pour trouver de l’intérêt à ce qui émerge ? La ville, comme sa logique, m’indiffère. Désormais, ce sera sans moi. Un des rares plaisirs qui me reste : jouer au chamboul’ tout. Tiens, c’est vrai, la foire va bientôt ouvrir.

A ce sujet, j’ai lu dans la presse que la Reine de la Saint-Romain (oui, il y a encore une Reine de la Saint-Romain) ira, je ne sais plus quand, visiter les malades du Centre Hospitalier Universitaire. Ah, dites, il n’y a pas de royauté, il n’y a que des preuves de royauté. C’est des jours comme ça qu’on aimerait être au CHU, pavillon des cancéreux, branché de partout, plat bassin pas loin.

Les infirmières seraient là, une je passe, deux je repasse, on revient tout à l’heure. D’un œil assuré, elles regardent la feuille des températures, règlent un peu le goutte à goutte, tripotent leurs poches, puis soupirent. Elles n’y croient plus. Le malade non plus. Si un interne passe, il prend l’air ennuyé des gens plus soucieux que consciencieux. Alors, il me reste combien de temps, docteur ? Allons, allons, on se calme. Sans doute, mais le souffle est court. Il dort ? Oui.

Alors il se fit dans la chambre une grande clarté. Au pied du lit, apparut soudain une présence lumineuse et rayonnante. Nimbée de lumières clignotantes, entourée de sons tumultueux, enveloppée d’odeurs de croustillons, la dame souriait. Le malade s’anima, tendit les mains, et dans un dernier souffle s’écria : La Reine ! La Reine ! Il retomba. Il était mort.

Autre chose : sont apparus depuis quelques temps dans Rouen Chronicle des liens hypertextes. Voilà un mystère dont je ne feindrai pas d’être l’organisateur. Ils me dérangent mais je suppose que je n’y puis rien. Changer d’hébergeur ? Un lecteur connaît-il le remède ?

7 Réponses à “CDXXVIII.”


  • Cher Monsieur,
    De quels liens hypertextes parles-vous? De ceux qui sont en bas de page? Ou serait-ce de la publicité autre que mon module « Adblock » sous firefox m’évite de me taper?

    Pour avoir usé de Unblog à une époque, je me souviens qu’il y avait moyen de sauvegarder le contenu de son blog. C’était surtout une précaution qui ne pouvait servir que pour réinstallation de son blog en cas de soucis ou disparition.

    S’il s’agit des liens en bas de page vous n’y pouvez sans doute rien. Changer d’hébergeur est très pénible car la plupart ne propose pas de pouvoir réinjecter des données venant d’ailleurs. Je peux me renseigner des possibilités de récupération sur OverBlog. Il vous faudra de toutes les façons garder ce blog pour y afficher un lien de redirection afin de ne pas perdre votre référencement et votre fidèle public.

  • Clopine Trouillefou

    Votre avant-dernier paragraphe m’a ramenée directos vers un conte d’Oscar Wilde… Mais je me suis raisonnée : il n’y a pas, il ne peut y avoir d’ »odeurs de croustillons » outre-manche, n’est-ce pas ? En tout cas, c’était aussi beau que le « monument aux forains » qui orne la place du boulingrin. J’aimerais tant connaître l’auteur de la chose en question… Les lions, surtout… Bref.

    Pour moi, les « liens hyper texte » sont insérés par le propriétaire du blog. (ou devrais-je dire « locataire » ? A savoir que lorsque vous cliquez dessus (ils sont généralement d’une autre couleur que le texte initial), vous êtes renvoyé sur le site dont vous parlez.

    Les liens publicitaires intempestifs qui s’affichent sur les blogs ont eux, des causes multiples. J’ai mis très longtemps à comprendre que c’était l’affichage du nombre de visiteurs (« option gratuite » qu’on m’avait proposé quand j’ai ouvert mon premier blog, fermé depuis, sur la plate-forme « gratuite » elle aussi de canalblog) qui déclenchait automatiquement l’ouverture d’une publicité… pour lingerie féminine… !

    Le seul moyen que j’ai trouvé pour échapper aux pubs et autres « liens hypertextes » non désirés est de…. payer. Un comble, non ?

    Dites, Félix Phellion, pourquoi ne répondez-vous jamais aux commentaires, questions et autres manifestations de curiosité que vous provoquez ?

  • Daniel CAILLET

    Réponse de P’tit Pat’ Rouennais à Clopine Trouillefou.
    http://www.ptit-pat-rouennais.fr/monument-aux-morts-des-forains-740
    [Après le premier conflit mondial, la corporation foraine sous l’égide d’Alphonse Rancy, souhaitait édifier un monument à la mémoire de ses disparus.
    Paris n’ayant pas donné son accord, le roi des belges, Albert 1er, proposa de l’ériger à Bruxelles, mais c’est Rouen qui sera choisie, en raison de son importante et populaire foire St Romain. Le 27 novembre 1930, la ville autorise l’implantation du monument au cœur même de la foire, place du Boulingrin, devant le pavillon des gardes-champêtres. La réalisation est confiée à l’architecte Jean Dahmen, sur une maquette du sculpteur Maxime Real del Sarte (1889-1954). De conception originale, l’édifice s’inspire des formes antiques avec un hémicycle de 11 mètres comprenant 4 colonnes, surmontées d’un fronton gravé « AUX FORAINS MORTS GLORIEUSEMENT 1914 POUR LA PATRIE 1918″. Le motif central, placé sur une volée de 9 marches, représente 2 lions traînant un char portant la Gloire ailée tendant de son bras droit une couronne de lauriers et soutenant de son bras gauche un poilu mourant. L’inauguration du monument, le 15 novembre 1931 s’accompagnera de festivités et le cortège déambulera en musique, conduit par le Maire, Georges Métayer et le député Paul Anquetil. Les sociétés savantes, philanthropiques ou patriotiques et les amicales d’anciens combattants étaient aussi associées à la fête, tout comme l’Union Foraine Belge qui avait dépêché des représentants.
    Consensus national
    Union, justice et paix étaient les maîtres mots des déclarations. A cette occasion, les forains remettaient officiellement le monument à la ville de Rouen.
    Une torpille lors du bombardement du 17 août 1942, décapita malheureusement un des lions. Sa restauration confiée à Real del Sarte, sera exécutée par le sculpteur rouennais Richard Dufour. A l’issue des travaux, en septembre 1949, une plaque est apposée « A nos morts de la guerre 1939-1945 soldats, requis, déportés, victimes de l’extermination et du nazisme ».
    En 1974, le déplacement du monument aux morts, situé au bord du boulevard, fut rendu nécessaire par le projet d’élargissement de la chaussée. Désireuse de maintenir le monument à proximité de la foire St Romain, la Ville décida son transfert à quelques mètres, dans l’angle formé par le bas de la rampe Saint Hilaire, la rue des Marronniers et le boulevard.
    Mais les travaux se révélèrent plus délicats que prévus. En effet, le monument est en majeure partie en béton et pèse plus de 600 tonnes et seuls les lions ont été sculptés dans la pierre. Tous les motifs architecturaux en béton, colonnes, frontons… avaient été exécutés en blocs appareillés, ce qui rendit possible démontage et transfert. Les travaux durèrent 7 mois et furent achevés en mai 1975.
    En plus des commémorations des deux guerres mondiales, le Monument aux Morts est fleuri à chaque inauguration de la foire St Romain par la Reine des Forains et une délégation de professionnels et d’élus municipaux.]

  • Alain Terrieur

    Vous tous, commentateurs autant que rédacteur, si ardents défenseurs du « patrimoine » local, savez-vous qui est exactement Real del Sarte, qui commit aussi la statue de la Lorraine hystérique qui était au bout des halles du vieux-marché, ainsi que l’immonde monument « de la victoire », déplacé de la place Joffre/Verdrel, face au palais de justice, au rond-point de la place Carnot rive gauche ?
    Connaissez-vous son parcours et ses responsabilités politiques édifiantes ?
    Comprenez-vous bien l’immense empathie pour ces « œuvres » des différentes municipalités de « gôche » ?
    Mais peut-être que vous êtes trop occupés à réclamer « le devoir de mémoire » pour vous soucier d’une si mesquine affaire ?
    Nous vivons une époque formidable.

  • Daniel CAILLET

    Chacun aura compris que le sujet intéressant Clopine Trouillefou est le monument national des forains et non Maxime Réal del Sarte simplement cité.

  • Alain Terrieur a raison. Ce sujet que j’avais déjà abordé, sur un autre blog ainsi que sur le blog de Rouen avait été déjà esquivé. A Rouen, on ne célèbre qu’une certaine mémoire. Pour les autres mémoires faut se battre, telle la déportation des homosexuel(e)s au sujet de laquelle il fallut bcp de temps aux notables rouennais pour entendre les associations gays qui réclamait justement d’être associées aux célébrations de la déportation.
    Real del Sarte était un facho, point barre.

  • Clopine Trouillefou

    Pardonnez, ô visiteurs de ce blog, mon retard à vous remercier pour les renseignements si précis… Et puis, franchement, je ne suis guère étonnée de l’orientation du sculpteur Del Sarte. Le monument en question répand, comment dire ? une fragrance si « pétainiste »… Un mélange subtil de note « de tête » franchouillarde, « de coeur » résolument populiste et « de fond » réactionnaire… Je suis donc d’accord, de l’extérieur, avec Alain Terrieur.

    Autre chose ; : dans le quartier du Mont Gargan, qui fut, dit-on, construit de bric et de broc par des habitants ouvriers se souciant peu des conventions administratives tels que permis de construire ou autres tracasseries inutiles, une chapelle fut construite grâce aux uniques dons des habitants du quartier – contre l’avis défavorable de la municipalité voire du diocèse… Preuve de la légendaire « résistance » de ce quartier, où dut se replier vaille que vaille la « vraie » population du quartier Martainville, exterminé depuis, mon dieu, je dirais plus de trente ans !, par les successifs plans d’urbanisme. (mais pouvait-on conserver des minoteries en plein Rouen ?)

    A ma dernière visite dans ce quartier sympathique (mais peu à peu boboïsé, malgré sa mauvaise orientation géographique et son ensserrage entre quatre voies et tunnel ferroviaire), la chapelle n’en était plus une. Je n’avais pas le temps de m’arrêter pour aller vérifier (d’autant que la montée est rude et ma petite clio, quoique vaillante, plus toute jeune), mais je me suis demandé ce qui s’était passé ?

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