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Archive mensuelle de octobre 2012

CDXXXI.

L’anniversaire de l’Armitière, encore. Les habits neufs de l’Armitière, toujours. Concernant l’oubli commémoratif (l’escamotage ?) d’Ute Stroheker (devenue Moulin) je rappelais son livre de souvenirs, Du Danube à la Seine, sous titré Histoire d’une petite fille allemande devenue une femme française. Une amie de rencontre m’appelle pour me dire que le livre est disponible à la bibliothèque des Capucins, mais « en magasin » et non « en rayon ». Ultime étape avant le désherbage ?

Ceci explique cela ? L’amie, Françoise, ajoute qu’on peut le trouver sur Internet pour à peine trois euros. Si la mémoire est fragile, que dire du commerce ! Pour l’heure, il vaut mieux publier des souvenirs dont tout le monde connaît l’auteur. Et dont tout le monde connaît les souvenirs. C’est plus cher, mais ça rassure d’autant. Que du temps de la rue de l’École, pensez ! Le Nouveau Roman, l’Oulipo, le Surréalisme ! Un monde englouti et dont personne ne se souvient. Moi le premier.

Enfin, que j’avais oublié. Cinquante ans après, voilà qu’on nous ressort les vieilles recettes. Exemple, à l’époque dont il s’agit, le cinéma mettait en haut de l’affiche des noms comme Jean-Louis Trintignant ou Emmanuelle Riva. Le premier dans Le Combat dans l’île, la seconde dans Thérèse Desqueyroux. J’imagine qu’on a du en débattre à l’Armitière. Savoir si on irait voir les films au Cinédit ou au Studio 34. Après, on ira manger au Nico Bar avait dit Françoise. Pourquoi pas, c’est toujours agréable.

Vous le croirez si vous le voulez : on nous bassine chaque jour dans les medias pour un film fameux réunissant, toujours et encore, Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. Cinquante ans après ? Oui. C’est pas bientôt fini ? Il faut croire que non. Ceci me rappelle qu’à-peu-près à la même époque, début des années Soixante, ma mère allait chaque jour visiter une cousine à l’hôpital. A l’Hôtel-Dieu pour être précis. Cette cousine avait subi une opération aujourd’hui bénigne et courante. Alors, on restait hospitalisé longtemps.

Allant voir la cousine, ma mère traversait de longues salles communes où régnaient de solides religieuses à cornette. Dans une salle, au bout, un lit masqué par un paravent. Un mourant. Pas encore mort, mais ça ne saurait tarder. Un jour, deux jours, huit jours, ma mère apercevait un vieillard rabougri, cherchant son souffle, accroché à son lit. Encore un jour, deux jours, ça commence à bien faire.

Le lendemain, ma mère aperçut une religieuse au pied du lit. L’allure pas aimable la sœur, parlant haut, ne s’épargnant pas. De toute sa force, elle admonestait le vieillard : Allez, mourez, monsieur, vous accrochez pas, mourez… Comment ne pas obéir ? Il en fallut encore d’une journée. Dix ans après, ma mère, indignée, en parlait encore !

J’aimerais avoir vingt ans aujourd’hui. J’irais à l’Armitière feuilleter des livres sans en acheter, puis à l’Omnia voir Amour. Ensuite, avec mes potes, aller dans un bar à la mode. Alors, jusqu’au bout de la nuit, saturés de bière, nous dirions tous : Allez, mourez les vieux, vous accrochez pas, mourez…

 

CDXXX.

Entre amis choisis, on célèbre le cinquantième anniversaire de l’Armitière, librairie ici connue. Chacun, séparé ou ensemble, y va de son témoignage. Comme on écrit l’histoire ! Tout y est à peu vrai. Et si loin du réel d’autrefois ! Chacun sa vérité dit-on. Oui, comme disait Carabine : j’ai pas souvenir de ça. Elle avait raison. Peut-être n’y a-t-il que de mauvais souvenirs ? De fait, à les raconter, on les recouvre d’un rassurant maquillage.

L’amusant c’est de voir ce past and present célébré par trois personnes : le fondateur, le repreneur et le fossoyeur (des lieux, s’entend). De l’un à l’autre, tant de choses ont changé ! Un monde, presque. De l’Armitière 1962 à celle de 2012, pensez ! A pied, la rue de l’École est proche de celle des Basnages. Lorsqu’on est fantôme, le chemin paraît interminable. Pour ne pas dire infranchissable.

Vrai, commémorer la naissance de l’Armitière revient à faire un tour au cimetière. Bien plein, qui plus est. Qu’est devenu Noël Arnaud, Henri Pichette, Claude Ollier ? Qu’est devenue Ute Moulin, maîtresse des lieux, qui écrivit un si joli livre, Du Danube à la Seine. Dieu que cette femme avait de charme ! Quelle mélancolie à s’en souvenir ! Et Sylvie donc ! Et Catherine qu’on appelait à jamais Catherine de l’Armitière, comme l’héroïne d’un vieux roman (elle porte un autre nom à présent). Tant d’autres. Restons littéraire : Que sont mes amis devenus, que j’avais si près tenus, et tant aimés…

Les anniversaires sont là pour se réjouir. Pourquoi celui-là m’est-il plus désagréable qu’autre chose ? Rutebeuf était bon garçon : ses amis si près tenus… l’ignorent à présent. Du moins, ceux qui restent. On se croise sans se reconnaître. Enfin, si peu. Comme au cimetière, lorsqu’on cherche une tombe. Les inscriptions effacées et le gardien pas trop au courant. Suivez l’allée à main droite, ça doit être par là. Oui, l’Armitière, la vraie, doit être par là.

L’actuelle, la fausse, n’est qu’un simulacre. On y vend des livres. Tant mieux pour eux. Pour ma part, qu’irai-je y chercher qui m’apprenne quoi que ce soit ? J’entends les commentaires : le revoilà dans la nostalgie ; il regrette sa jeunesse ; il en resté à 1954. N’en croyez rien. Si je pense à l’Armitière, la vraie, c’est pour constater que ce qu’elle instaurait est mort. Au point de vue matériel, au point de vue intellectuel.

Ce qu’elle prônait a sombré. Qui lit encore Witold Gombrowicz et sa Pornographie ? Les Pianos mécaniques d’Henri-François Rey ? Le Parc de Philippe Sollers ? Comme disait l’autre : la fosse commune. Les lecteurs de mon âge ont tous donné là-dedans. A l’Armitière, on discutait à n’en plus finir s’il fallait préférer le Procès-verbal (Le Clézio) au Déluge (du même). Vous dire si on a perdu son temps ! Plus de l’espace dans nos bibliothèques, toutes invendables à présent.

Comme seront invendables les tombeaux neufs de l’Armitière, l’autre. Celle qui s’amuse et se congratule. Enfin, pas tant que ça. Le gardien : on ferme… on ferme…

 

CDXXIX.

On lit ça et là que Rouen est une ville sale, moche et bête. Les gens exagèrent ! Est-ce à dire que Rouen est intelligente, propre et belle ? Bien sûr que non. La vérité doit être entre les deux (centriste un jour, centriste toujours). Bref, qu’il y a des jours avec et des jours sans. Y a du pour et du contre. Et comme dit l’autre : voilà pourquoi Pierre Léautey est député.

A ce propos, quoi de plus éberluant que ce dévalement lacrymal pour la fermeture de Pétroplus. On a beau être blasé, il y a des moments où il faut se tenir au comptoir pour ne pas tomber de rire. Tous les élus locaux rivalisent dans le genre éprouvé du compassionnel mesuré. C’est l’exercice obligé. On se souvient de ce professeur qui donnait pour devoir : Sophocle écrit des Enfers à Racine pour le consoler de l’insuccès d’Athalie. A croire qu’une instance enjoint aux élus la variante : En 140 mots, vous écrivez à l’intersyndicale pour vous désoler de la liquidation d’une entreprise et l’assurer de votre entier soutien. Vous avez une heure.

Et que dire des reportages sur le terrain ! Voulant nous dire ce qui s’y passe, la presse locale va demander son avis aux commerçants locaux. Tous défilent : boucher, charcutier, coiffeur… Eux aussi y vont de leurs larmes, pensant aux salariés et à leurs familles, pour aussitôt se désoler d’un futur manque à gagner (on ne pourra pas les taxer d’hypocrisie).

Encore faut-il des exemples. L’un dit qu’il va vendre moins de rôtis de bœuf et plus de jambon ; l’autre qu’il y aura moins de monde au bistrot (ça se discute) ; quand à la libraire, tenez-vous bien, elle ne peut cacher ses larmes. Certes, adieu les ventes massives des Goncourt et Renaudot.

Mais sans conteste la palme revient au boulanger, lequel assure qu’il connait les Pétroplus, ces derniers s’arrêtant chez lui pour acheter les croissants. Dites, voilà une variante qu’on cherche vainement dans les enquêtes sur le monde ouvrier. Des croissants ! Au beurre ou ordinaires ? Au beurre, assure le rédacteur du Figaro ; non, ordinaires rétorque celui de l’Humanité.

Bon, tout ça est fait pour rire, non pour pleurer. Qu’on ne s’y trompe pas, ces commerçants pourront jurer, que jamais au grand jamais, ils n’ont tenu de pareils propos. Le responsable de ces romances est, vous l’aurez deviné, le malheureux journaleux chargé de faire sentir l’air du temps. Il connaît, lui aussi, les courses faites à Intermarché ou Leclerc, les grilles du Loto pour décrocher la timbale ; quant aux croissants, mon Dieu, les croissants

Ce malheureux chroniqueur me ressemble. Il a trop lu Jean Giraudoux. Il décrit Petit ou Grand-Couronne comme le village d’Intermezzo : la mairie, la gare, la boutique du droguiste, le kiosque à musique… et les balayeurs qui mangent des croissants en discutant des futures élections à l’Académie française. Au fond, c’est un optimiste. Incorrigible, il entend le rester. Quoiqu’il lui en coûte. Toutes choses pour lesquelles, comme dit l’autre, Pierre Léautey est député.

 

CDXXVIII.

En ai-je déjà parlé ? Possible. Il m’arrive de ne plus me souvenir. Je mélange tout. Il fut un temps ou je fréquentais avec assiduité le quartier Beauvoisine, la rue Beffroy surtout. A l’angle, il existait une épicerie spécialisée en produits dits bretons. Cela s’appelait, off course, Aux Délices de Bretagne. Il fut donc un temps où la Bretagne passait pour un pays exotique. De production fraîche ou supposée (crêpes, koui-amann, souchen…) on passa, années après année, à de la simple conserverie, puis au tout venant des épiceries locales.

Un beau jour, il faut bien prendre sa retraite, ces légendaires Délices de Bretagne fermèrent. Puis rouvrirent, avec à peu près les mêmes denrées. Ce fut Au Soleil de Carthage. Rien à en dire sinon que, peut-être, les Armoricains d’autrefois sont devenus les Orientaux d’aujourd’hui. On n’en tirera pas de conclusion sinon pour mettre en garde. En garde contre quoi ? Va savoir.

A y passer parfois, la rue Beffroy est de plus en plus triste. Mon grand plaisir d’autrefois était d’aller discuter à la Galerie du Beffroy et de dîner au restaurant du même nom. Sans conteste, l’un et l’autre furent deux lieux phares de la ville. Qu’on y songe ! Qu’on les regrette ! Suis-je trop vieux pour trouver de l’intérêt à ce qui émerge ? La ville, comme sa logique, m’indiffère. Désormais, ce sera sans moi. Un des rares plaisirs qui me reste : jouer au chamboul’ tout. Tiens, c’est vrai, la foire va bientôt ouvrir.

A ce sujet, j’ai lu dans la presse que la Reine de la Saint-Romain (oui, il y a encore une Reine de la Saint-Romain) ira, je ne sais plus quand, visiter les malades du Centre Hospitalier Universitaire. Ah, dites, il n’y a pas de royauté, il n’y a que des preuves de royauté. C’est des jours comme ça qu’on aimerait être au CHU, pavillon des cancéreux, branché de partout, plat bassin pas loin.

Les infirmières seraient là, une je passe, deux je repasse, on revient tout à l’heure. D’un œil assuré, elles regardent la feuille des températures, règlent un peu le goutte à goutte, tripotent leurs poches, puis soupirent. Elles n’y croient plus. Le malade non plus. Si un interne passe, il prend l’air ennuyé des gens plus soucieux que consciencieux. Alors, il me reste combien de temps, docteur ? Allons, allons, on se calme. Sans doute, mais le souffle est court. Il dort ? Oui.

Alors il se fit dans la chambre une grande clarté. Au pied du lit, apparut soudain une présence lumineuse et rayonnante. Nimbée de lumières clignotantes, entourée de sons tumultueux, enveloppée d’odeurs de croustillons, la dame souriait. Le malade s’anima, tendit les mains, et dans un dernier souffle s’écria : La Reine ! La Reine ! Il retomba. Il était mort.

Autre chose : sont apparus depuis quelques temps dans Rouen Chronicle des liens hypertextes. Voilà un mystère dont je ne feindrai pas d’être l’organisateur. Ils me dérangent mais je suppose que je n’y puis rien. Changer d’hébergeur ? Un lecteur connaît-il le remède ?

CDXXVII.

Dans ma dernière chronique je me suis amusé (oh, pas beaucoup) aux dépens du directeur du Musée de Peinture. Il est connu sous le nom de Sylvain Amic. L’histoire, au vrai, ne le concernait guère. Cette affaire de tableau volé se déroulait sous le lourd règne de Laurent Salomé. Je me demande toujours comment (pourquoi ?) on devient directeur de musée. Diplômes, compétences, opportunités ? Possible. Des méchants (je n’en suis pas) disent intrigues glauques, relations inavouables, copinages éhontés. Possible aussi.

Je crois plutôt que c’est une question de contenance, d’apparence, d’allure. Simone de Beauvoir le disait : On ne nait pas directeur de musée, on le devient. Force est de reconnaître que les directeurs de musées rouennais n’ont jamais eu des têtes de directeurs de musées. Et surtout pas rouennais. Ceci explique cela ? Il faut croire.

J’ai connu Olga Popovitch. Elle ne ressemblait pas à une directrice. Et François Bergot ? Un peu plus. Mais inutile de vous dire à quoi ils ressemblaient vraiment. Vous ne comprendriez pas (c’est générationnel). A ce propos, le peintre Louis-Émile Minet (1841-1923) de qui le voleur-étudiant havrais est tombé amoureux au point de lui dérober son Appel au déjeuner, fut aussi (qui s’en souvient ?) directeur de notre musée. Serais-je Sylvain Amic que cette concordance me troublerait.

Ce dernier directeur ressemble-t-il à directeur de musée rouennais ? Pas du tout. Chaque matin, devant sa glace, il se demande s’il doit se faire la tête de Luc Ferry ou celle d’Alain Finkielkraut. Un jour c’est l’un, un jour c’est l’autre. Il se dit qu’au Ministère on finira par s’en apercevoir. Ainsi de Laurent Salomé qui faisait tout (parfois plus) pour ressembler à Tintin (celui de l’Alph-Art) ; à certaines inaugurations, c’était vraiment réussi (en plus vieux). Voyez la suite.

J’entends vos commentaires. Je redoute votre goguenardise. Et vous Félix Phellion, à quoi ressemblez-vous ? Jeune, je ressemblais à James Hadley Chase. Je forçais même le trait. Un soir, à l’Hôtel de la Poste, on m’a pris pour lui. Mon anglais hésitant et Johnny Walker ont fait le reste. Vrai que j’aurais aimé avoir écrit Méfiez-vous fillette ! Alors qu’au final ce fut Elles attigent… ou Pas de mentalité. A présent je ressemble à un vieux monsieur qui a des difficultés pour marcher (dans tous les sens du terme). Léone, aide-ménagère de convention, en profite. Chargée de mon ravitaillement, elle feint de ne jamais trouver la marque de mes biscuits préférés. Sur le tard, cette femme en venge beaucoup.

Quel vagabondage ! Nous en étions où ? Tout était simple autrefois. Aujourd’hui tout semble compliqué. Je me demande ce que cet étudiant avait dans la tête pour voler un tableau de Minet. Ayant été souvent (parfois) dans le salon Louis XVI, je ne crois pas avoir vu ledit. Mais il y a tant de peintres, tant d’étudiants. Et de cambrioleurs donc ! Qui sont parfois les mêmes. Et de directeurs aussi ! Sans parler des questions sans réponses. Pour l’heure une seule m’importe : pourquoi les Figolus sont-ils si mal distribués ?

CDXXVI.

Très amusante cette histoire de tableau volé, retrouvé et rendu. Si vous n’avez pas suivi l’affaire, je résume : notre municipalité s’est fait barboter un tableau. XIXe siècle, pas loin d’une croûte. Où, quand, comment ? C’est flou. Reste qu’il a été retrouvé au Havre, les policiers ayant été avertis par un marchand à qui la toile était proposée. Instruction, jugement : le voleur (réputé multi-récidiviste) est condamné. Il ira en prison. Fin de l’histoire ? Non.

Le tableau est signé Louis-Émile Minet, petit maître local, mort en 1923. Volée en 2008, la toile était non pas au Musée, mais entreposée quelque part. Où ? On ne sait trop. Peut-être à l’Hôtel de Ville. Comment s’intitule la toile ? On dit « Appel au déjeuner ». Date-elle de 1892 ? Oui. Ça vaut quoi ? Ce que ça vaut, pas grand-chose, peut-être 5000 euros.

Alors ? Il semblerait (adaptons le temps aux verbes) que le tableau ait été volé (c’est une hypothèse) dans le salon Louis XVI, lorsque celui-ci était en travaux. Le voleur, hésitant entre son statut d’étudiant et la cambriole, l’avait accroché chez lui. Puis s’en était lassé. Il y a peu, il a voulu le vendre. D’abord sur Internet, puis au Havre. On connait la suite.

Le Rouennais lambda (c’est moi) repose ses trois questions : Où, quand, comment ? La presse locale (une fois n’est coutume) trouve que je n’ai pas tort. Elle téléphone au Musée. Réponse : le directeur ne souhaite pas commenter l’affaire, même s’il est près heureux d’avoir retrouvé le tableau. C’est maigre, surtout lorsqu’on sait, d’après une « source proche de l’affaire » qu’il n’y a rien sur ce vol dans le dossier de recel. Re-téléphonage au Musée, qui renvoie à l’attachée de presse du maire. Dites, s’emporte le rédac’chef, vous savez combien ça coûte le téléphone ? Et, puis, il est cinq heures, y a plus personne à la mairie. Oui, pas faux. On verra demain.

Si le téléphone est cher, il est aussi compliqué. Tous ces boutons, ces répondeurs, ces clignotants, on s’y perd. La preuve ? Le lendemain, voulant joindre l’adjointe à la Culture, le directeur du musée s’emmêle les boutons. Croyant laisser un message à Laurence Tison, Sylvain Amic le laisse au journaliste.

Et le directeur d’expliquer que (dixit) ce que je vous propose, c’est de dire simplement, que le tableau était déposé, que nous étions… Euh… Qu’il a été volé il y a plusieurs années, nous étions en contact avec la police, nous attendions cette issue heureuse, nous nous en réjouissons. Mais de ne pas faire de commentaire supplémentaire qui pourrait donner des informations… Et sur le lieu du dépôt, la manière du vol, etc. Voilà…

Le tout (pour l’essentiel et presque aussi bien racontée) dans Paris-Normandie des 3 et 4 octobre 2012. Avouons que l’histoire est plus rigolote qu’autre chose. Tant qu’on a des fonctionnaires et des élus de cette force, on ne risque pas de s’ennuyer. Sans eux, pour le coup, c’est là que Rouen serait une ville sale, moche et bête.

 

CDXXV.

 

Gustave Flaubert disait (paraît-il) que Rouen était une ville bête. Seize (ou dix-sept) décennies plus tard, on reprend le propos. Aussi qu’elle est sale. Et moche. Et triste. Bref, désenchantement de rigueur. Faut-il y voir l’énième renouveau (la permanence ?) de ce qui fit l’essentiel de la pensée des romantiques ? La bière en plus ? Gustave en buvait-il ? Sans doute non. Du vin peut-être. Du cidre, c’est sûr. Brut, frais, pétillant, qu’il faisait venir de sa campagne.

On le sait, décrivant le quartier du Robec, l’écrivain y alla d’une ignoble petite Venise. De nos jours, sortant des bars à bière, à vin et autres tapas à la plancha, Gustave verrait le Grand Canal partout. L’eau en moins. Vrai que sortant d’un bar à vin… Traversant la ville d’un sens ou d’un autre (pourquoi passer par là plutôt que par ici ?) il ne ferait que constater l’état d’une ville sale, bête et moche. Le connaissant, il n’aurait pas de mots assez durs envers la municipalité, ses municipaux et affiliés.

Certes, Gustave Flaubert, les deux pieds dans son temps, n’avait rien à dire aux filateurs, tisseurs, marchands de laine en place. Tandis qu’aujourd’hui, il s’entendrait au mieux avec Yvon Robert ou Christine Rambaud, sans parler de Laurent Fabius ou Frédéric Sanchez. Nous avons lu tous vos livres, monsieur. Même Salambo, et pourtant quelle tartine (c’est Frédéric qui parle). Le maître, flatté, resterait coi. Embarrassé.

Vous vouliez nous parler de la propreté des rues ? Oui, euh, non, enfin oui, rien de presse. Êtes-vous de la commune, monsieur ? J’habite Canteleu. Ah, chez Christophe ! (sourires entendus) Eh bien, allez lui dire que sa Cité Verte est pourrie, vous verrez ! Nous encore, on est gentils, mais lui, s’il se met en rogne... Et Christine Rambaud d’ajouter : Et pour le colis de Noël des vieux, il vous fera tintin.

Yvon Robert prendrait-il la parole ? A mon avis, non. Laurent Fabius ? Vous plaignez pas, vous avez un pont à votre nom. Parce que, attendez, dans les bibliothèques de la Crea, vos bouquins, ça se lit plus, mais plus du tout, ça sort jamais, même que ça encombre. Inutile de vous dire que Gustave Flaubert n’en mènerait pas large. Comme on dit : dans ses petits souliers.

Non mais, des types qui se veulent à la redresse, qui croient qu’c’est arrivé, et qui viennent nous chercher des poux ! Ordures ménagères ! Dépôt sauvage ? Dépôt sauvage toi-même ! Va donc, hé, épileptique ! Je ne dis pas qui a lancé ce dernier trait, du reste malvenu, et que pour ma part, je ne cautionne pas. Après quoi, Gustave Flaubert reprendrait le bus et serait chez lui pour la soupe.

Voilà pourquoi, amis rouennais, notre ville est sale, moche et bête (dans l’ordre que vous voudrez). Parce que nos élus ont lu Lagarde et Michard, et que Gustave Flaubert s’est limé les dents. Parce qu’aussi nous sommes sales, moches et bêtes. Contents et fiers de l’être. Et trop lâches pour admirer ceux qui ne le sont pas.

 

CDXXIV.

La dernière fois que je l’ai aperçu, c’était rue de la Champmeslé, à la terrasse du Tyrol. Personne ne va au Tyrol, je veux dire personne qui importe. Sauf elle, bien sûr. A bien m’en souvenir, il me semble que ce printemps-là s’annonçait froid. Elle était, comme on dit, en terrasse. Seule et frigorifiée à ce qui pouvait m’apparaître. Triste aussi. Je me suis toujours demandé si, ce jour, elle venait d’apprendre la mauvaise nouvelle. Celle de la maladie qui allait la tuer quelques années plus tard.

Ou quelques mois, je ne sais plus. Mais peut-être pas. Sa tristesse pouvait venir du soleil trop froid. Ou du grand chien noir qui trônait alors au Tyrol. Un dogue pas commode, du genre Berganza, qui ne disait jamais rien, mais dont on pouvait redouter la parole. Vrai que les chiens de bistrot entendent tant de choses, s’ils se mettaient à tout raconter ! Oui, à ce moment, Brigitte attendait l’avis du chien. Celui-ci ne répondait rien.

Pour qui l’ignore, le chien Berganza, doué de parole, est le gardien de l’hôpital de Valladolid. Plus sage que savant, il agite sa langue dans une nouvelle de Miguel de Cervantès. Voilà qui nous éloigne du Tyrol. Brigitte, morte non à Valladolid, mais au Centre Henri-Becquerel, n’avait donc à choisir qu’entre les cimes de l’Ortler et les plaines de Castille. Sans préférence, il en résulta une mort lente dans une chambre sans nom du troisième étage.

Pourquoi le sinistre Tyrol (oui), tout de bois vernis et de petits carreaux teintés, se nomme-t-il ainsi ? Un genre, sans doute. Du temps de la mode des brasseurs. Ou des chasseurs. Ou de toute autre chose. Qu’est devenu le noir dogue ? Et l’âme de Brigitte ? Beaucoup s’en sont consolés, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Moi itou. N’empêche, je n’aime pas la rue de la Champmeslé. Notez que, s’agissant de Rouen, quelles sont les rues où l’on n’ait pas de mauvais souvenirs ? Et même des bons ? Ce qui revient à dire qu’avec l’âge on discerne de moins en moins… Enfin, vous savez le reste.

Dire qu’il est de bon ton de prétendre qu’il ne se passe jamais rien à Rouen. Ça n’est pas tout à fait vrai, ni tout à fait faux. C’est sans doute la raison pour laquelle tant de gens écrivent et tant d’autres peignent. Cette ville ne pensant qu’à les dévorer, on s’imagine que c’est ce qui nous protège. Toujours la même rengaine, rien ne sera sauvé, tout sera oublié. Sans pardon et avec beaucoup de remords. Le Berganza du Tyrol, lui qui voyait tant de gens passer, en savait quelque chose,.

Où courent-ils ? se demandait-il. Aux Galeries Lafayette (autrefois Nouvelles Galeries) ou prendre le Teor ? Allez savoir. S’ils étaient plus malins (c’est moi qui parle) ils passeraient chez Osmont, rue Jacques Lelieur, dernière adresse où trouver des Linzers qui vaillent encore la peine. L’Autriche, côté pâtisseries, à ce moment, est un grand pays. On ne saurait trop conseiller, l’un pour l’autre, d’en user avec modération.

 




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