CDXXIII.

Bavardant autour du Vieux Marché, on apprend que la municipalité y prévoit un nouvel aménagement. Rien de fabuleux, on s’en doute. Il s’agit surtout de faire oublier, à moindres frais, l’état de délabrement général (et persistant) de la place. On va enlever des bancs, en remettre d’autres, nettoyer ici, nettoyer là. Le tout sans volonté et sans idée. Ah si l’idée, la voici : côté végétation, on aura un jardin japonais.

En parlerie de jardinier, ça veux dire minéral et minimal. Voire le contraire. Pourquoi japonais ? Et pourquoi pas ! Songez qu’au Vieux marché, on doit concilier Jeanne d’Arc, le maquereau frais du jour et le menu découverte des restaurants touristiques. D’où, forme d’évidence, la synthèse japonaise. A moins qu’il ne s’agisse d’une lubie du directeur municipal des espaces verts ? On le sait, les techniciens hauts placés sont désormais les réelles (et seules) autorités municipales. Les élus ne sont rien. Ils écoutent et opinent.

Côté services, on tranche, on décide, on administre. Si on se trompe, c’est l’élu qui trinque. Aucun risque, Titi, on est couvert. Donc pourquoi japonais ? Parce qu’au Noël dernier, le directeur des espaces verts a reçu en cadeau un livre sur les bonzaïs (on ne sait jamais quoi lui offrir a dit Nelly). L’année dernière, c’était un dvd de Massacre à la tronçonneuse. Vous connaissez la suite. Donc pour l’heure, rochers et arbres en pots. Les balayeurs seront-ils habillés en moines bouddhiques ? On y réfléchit, il reste des arbitrages, rien n’est tranché.

Comme d’habitude, l’affaire s’est concertée en réunion publique. Vidéoprojecteur, communication soignée, parole à l’assistance. Encore une soirée de gâchée, me direz-vous. Oui. Plus que d’habitants, on y vit surtout conseillers de quartier et commerçants (je n’y étais pas, mais on me l’a dit).

D’ères Meiji, Keiō ou Taishō, il fut peu question (ça nous aurait faire rire un peu). On parla vite des clodos. Cancres, hères et pauvres diables, ils ont le tort d’exister et d’illustrer la place de leurs exploits. Comme on dit : ils marquent mal. Qu’y faire ? Rien. Qu’en dire ? Pas davantage. Ces anges de la désolation (fine allusion) sont les vieux acteurs d’une scène illustre. C’est tout leur mérite.

A preuve, je me souviens d’il y a une quarantaine d’années d’une même lamentation. La cour des miracles ! La cloche du Vieux Marché ! Une fois pour toute, allait-on nous en débarrasser ! La municipalité d’alors, plus bête que méchante, s’en remit aux braves agents. Ces derniers trouvèrent ingénieux de ramasser quelques individus et d’aller, panier à salade roulant, les déposer aux points ultimes de la lointaine banlieue. Celle de la rive gauche, bien sûr.

Précisons que ce déménagement trouva dans la presse locale son chantre solennel. Égal à lui-même, le réputé scribouillard se surpassa. Faut-il le nommer ? Sa mémoire est ici célébrée, presque vénérée. A quoi bon m’en faire remontrer ? Laissons donc Roger Parment vivre son éternité nimbée de niaiseuse estime. Savez-vous pourquoi les salauds s’en sortent toujours ? Ils comptent sur l’ignorance, sœur de l’excuse, mère de l’oubli.

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