CDXXI.

Une chose simple et tranquille : qui se souvient de la flûtiste qui chaque fin d’après-midi jouait place de la cathédrale avec, à ses pieds, un chien-loup ? Qu’est-elle devenue ? En existe-t-il une photographie ? Ici, peut-être, pas certain. Dans le monde, à coup sûr. Les touristes, toutes origines confondues, aiment enregistrer ce qu’ils ont, sur le coup, déjà oublié. Rentrés chez eux, ils s’en rappellent mieux.

On imaginera donc que la flûtiste au chien repose dans l’infini perdu des albums japonais, australiens ou britanniques. C’est qui ça, pépé ? Une dame (ce qu’on répond sans trop insister). Une dame qui jouait de la flûte et qui avait un chien. Il s’appelle comment le chien ? Là, tu m’en demande trop.

Avez-vous participé aux Journées du Patrimoine ? Quelle épreuve, hein ! Ce cérémonial autour des vieilles pierres est, d’année en année, de plus en plus formaté et pesant. On a l’impression que, du côté des municipaux, on se force à l’événement. Ah, oui, c’est vrai, c’est les Journées du Patrimoine. L’élu prend un air distant, presque désolé. Idem pour le visiteur : Si j’y vais pas, ça va encore faire des histoires.

Alors on y va. Voir les châteaux (ça doit être difficile à chauffer), les églises (on y attrape la mort), les lieux insolites (moi non, j’ai trouvé ça sympa). Le pire, chacun le sait, ce sont les animations autour. Comédiens, bateleurs, intermittents. Poésie, chansons, scénettes. Quelle mascarade ! Personne n’y croit, mais chacun se recueille. Comme à la messe. De fait, les Journées sont le moment où il y a le plus de monde près de l’autel. Et avec une certaine ferveur. A la sortie, Arlequin dit : Ouf, j’ai mes heures.

En regard, la flûtiste au chien-loup (ça ne se dit plus) avait plus de conviction. Elle y allait de sonates et partitas, avançant chaque soir dans une solitude plus profonde, plus épaisse. Elle ne réclamait rien. Pas même de l’argent. Encore moins de l’attention (mais, au sortir de Monoprix, ce qu’il en est de l’attention !) Elle était là. Elle-même. Au monde. Seule.

Sait-elle que le Palais des Congres (non, pas de faute) a été démoli ? Remplacé par un magasin suédois ? Via les réseaux sociaux (il a un compte ?) on a pu revoir le premier projet de Jean-Pierre Viguier. Ce projet fut l’objet, en mairie, concertation publique oblige, d’une sinistre danse macabre à la sauce locale. Pierre Albertini, maire en chef, en eut le vertige. Aujourd’hui, on s’amuse à le regretter (le projet). S’il était assez paresseux, le second fut encore pire. Le dernier, n’en parlons pas.

Dire qu’on me taxe de nostalgie ! Ira-t-on, en septembre, dans cent ans, visiter l’Espace Monet-Cathédrale ? Douteux. Ira-t-on se recueillir sur les tombes de Jean-Pierre Viguier ou de Pierre Albertini, histoire d’implorer leur pardon ? Pensez-vous ! On ira applaudir Arlequin. Tenez, par les temps qui courent, voilà un métier pour se reconvertir. Plus qu’architecte ou maire, en tout cas. Vous me direz, de l’un à l’autre… Oui, vous n’avez pas tort.

 

3 Réponses à “CDXXI.”


  • sortie du monop’,
    rue du gros,
    rue beauvoisine,

    waf waf waf

  • Je me souviens bien de la flûtiste, un temps elle fut enceinte mais je ne me souviens pas de l’avoir vu jouer ensuite avec son marmot. Quant à se recueillir sur les tombes de Viguier ou d’Albertini, du moment que ce n’est pas sur celle d’Alain Elie ! Tiens d’ailleurs Monsieur Félix, voilà un bien beau sujet de billet pour vous, l’omniprésence de cet architecte…

  • Clopine Trouillefou

    Je m’en souviens d’autant plus que c’était une copine, et qu’elle est venue chez moi… Mais chut. Respectons son anonymat.

    Et vous souvenez-vous d’un certain cycliste, aux faux airs d’Erik Satie, qui, la barbe (longue) au vent, pédalait pieds nus dans des sandales ?

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