CDXVIII.

Une précédente chronique évoquait, de façon trop brève m’a-t-il semblé, le peintre Jean Rouquier. J’ai écrit que celui-ci habitait rue Beffroy. A la réflexion, j’en doute. N’étais-ce pas rue de la Seille ? Quelle importance, me dira-t-on. Oui. De peinture, peintre et souvenirs autour, m’est revenu qu’il existait, de fait, rue Beauvoisine, un magasin de fournitures pour artistes. Dans le bas de la rue, sur la droite, au numéro 51 pour être exact (j’ai vérifié). Y loge désormais un tapissier, quelque chose sans guère d’animation (vous me direz, la tapisserie…).

Ce magasin, celui du temps, avait comme particularité d’être tenu par un borgne, qui plus est hideux, presque effrayant. Pour qui aurait eu à porter à l’écran une énième version de Notre-Dame de Paris, on n’aurait pas été embarrassé par ce Quasimodo. Ce d’autant plus que Daniel Lombard (c’était son nom) avait été dans son jeune temps comédien. A la suite d’un accident (d’une maladie ?) il avait abandonné cet état pour ouvrir ici L’Atelier.

C’était, j’en ai un souvenir précis, au mois de mai 1967. Disons qu’avec la clientèle rapin de la ville, l’inauguration fut très arrosée et peu glorieuse (les temps changent : plus personne ne boit dans ce milieu). Daniel Lombard, brave garçon, timide ou complexé par son physique, était un brin trop naïf. Il voulait qu’on l’aime pour lui-même. On devinera que sa faculté à faire crédit le rendait d’autant plus sympathique. Que voulez-vous, le vert véronèse (où mettre les majuscules ?) coûte cher et la peinture se vend mal. Le contraire d’aujourd’hui.

La boutique a fermé au seuil des années 80. Les derniers temps, je rendais visite à un Daniel Lombard plus silencieux et plus maussade. La vérité est qu’il ne vendait plus grand-chose. Et même rien. Ils achètent ailleurs disait-il. Où ? Il est bien temps de le demander !

Donc Daniel Lombard fut comédien. Dans une troupe itinérante. Comme dans Le Capitaine Fracasse demandais-je ? Oui, un peu. Au sortir de la guerre. |Ça a duré, quoi, une dizaine d’années ? Ces baladins tournaient surtout en Bretagne, grands et petits villages. Des pièces religieuses, figurez-vous. Du Paul Claudel et une adaptation, pas fameuse, de La Femme pauvre de Léon Bloy. Inutile de vous dire que le succès était plus que mitigé.

A propos de Paul Claudel, ils avaient monté une adaptation du Chemin de Croix. Échec complet. Un soir de 1955, à Tréguier, un responsable local de la Société des Auteurs fit, huissier et gendarmes d’accord, interdire la représentation. Le Grand Poète Chrétien venait de mourir. On en parlait dans les journaux. Le pieux fonctionnaire crut de son devoir de vérifier si la troupe avait les droits pour monter ce spectacle. C’était non. Rideau.

Je raconte ça avec la mémoire du temps. Pour ce qu’il en reste et ce que ça vaut. Autre souvenir et autre interrogation : le peintre Tony Fritz-Villars (1910-1986) n’avait-il pas, lui aussi, son atelier rue de la Cigogne ? Si oui, c’est à raconter. Mais comme disait chez un vieil auteur anglais, ceci est une autre histoire.

 

1 Réponse à “CDXVIII.”


  • La petite souris

    Quant à moi je ne vous visiterai ni ne vous commenterai plus, puisque les bas-bleus à chapeau vert ont votre préférence.
    Bonne continuation à vous, mes hommages à Bécassine.

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