CDXVII.

Nous voici rendus à la vie civile. A nos vieux chaussons. Vive l’année prochaine disent les parasols des bistrots. Ou des restaurants où je me suis bien amusé (à défaut d’autre chose). Curieuse impression d’avoir été, un court temps, étranger dans sa ville. J’ai visité des musées, été au concert, me suis reposé au jardin. J’ai arpenté les rues presque avec un guide à la main. Levé tôt, j’ai accompagné de loin des groupes de Japonais (ou d’Anglais) esbaudis devant le Gros-Horloge ou le Palais de Justice. Je suis entré dans la cathédrale en tentant (c’est dur) d’être neuf. Etc.

Il ne fallait là aucun courage. Plutôt une grande vigilance. Ne pas se prendre pour un autre. Jouer le rôle certes, mais sans en être dupe. Enfin, bref, voilà. Ce que j’en retiens ? Pas grand-chose. Presque rien. Ah, si, parmi d’autres : nombre de restaurants refusent les chèques. Liquide ou carte bleue, seuls. Par endroit, j’ai assisté à des récriminations et des prises de becs entre touristes français et tenanciers avertis. A ce sujet, il faut noter la grossièreté et l’aplomb de plusieurs de ces derniers. Vrai, il ne fait pas bon être touriste à Rouen (ailleurs ?)

A ce sujet, je lis dans la presse locale que lesdits restaurateurs s’accordent désormais pour fermer les samedis et dimanches. Il paraît que le samedi, on ne voit, je cite, qu’une clientèle à la consommation plus restreinte. Bien meilleure semble celle des lundis, à ticket moyen plus intéressant. Pourquoi ? La réponse est simple : les lundis sont jours des entreprises et des hommes d’affaires, ceux à feuille de frais. Ah, dites, ce que c’est que la gastronomie et la restauration !

Oui, qu’a-t-on, à faire des tickets moyens qui regardent à tout, et surtout à ne pas trop dépenser. Les notes de frais, dame, c’est la boite qui paye ! Profitons-en. D’autant qu’on pourra toujours expliquer aux employés bas de gamme qu’on n’augmente pas les salaires à cause des frais généraux. Qui deviennent pharaoniques, vous savez ! Et les taxes, et les impôts ! Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? On voit que vous n’êtes pas entrepreneur pour parler comme ça.

Et puis, les employés bas de gamme, ils ont les tickets-restaurants. Y zont qu’à aller chez Flunch ou à la Pizza Paï, c’est pas si mal. Ou le midi, dans les menus à 12 euros, entrée-plat ou plat-dessert (même 10,50).

Plus avant, nos restaurateurs (prétendus tels) se justifient en arguant d’un meilleur confort de travail. Ils vont redevenir ainsi des citoyens normaux. On entendra là qu’être commerçant n’est pas être citoyen normal, et que la liberté d’horaires est loin d’être une sinécure. Où la vertu va-t-elle se cacher ? Et le distingué donc ! Nos cuistots veulent tout : haut du pavé, joies du macaron et révérence des clients.

Attention, chers restaurateurs rouennais, l’heure ne tardera pas où vous devrez mettre la clé sous la porte. Sans retour. Après l’été, l’automne. Temps connu où les feuilles de frais ne se ramassent à la pelle. Puis vient l’hiver.

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