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Archive mensuelle de septembre 2012

CDXXIII.

Bavardant autour du Vieux Marché, on apprend que la municipalité y prévoit un nouvel aménagement. Rien de fabuleux, on s’en doute. Il s’agit surtout de faire oublier, à moindres frais, l’état de délabrement général (et persistant) de la place. On va enlever des bancs, en remettre d’autres, nettoyer ici, nettoyer là. Le tout sans volonté et sans idée. Ah si l’idée, la voici : côté végétation, on aura un jardin japonais.

En parlerie de jardinier, ça veux dire minéral et minimal. Voire le contraire. Pourquoi japonais ? Et pourquoi pas ! Songez qu’au Vieux marché, on doit concilier Jeanne d’Arc, le maquereau frais du jour et le menu découverte des restaurants touristiques. D’où, forme d’évidence, la synthèse japonaise. A moins qu’il ne s’agisse d’une lubie du directeur municipal des espaces verts ? On le sait, les techniciens hauts placés sont désormais les réelles (et seules) autorités municipales. Les élus ne sont rien. Ils écoutent et opinent.

Côté services, on tranche, on décide, on administre. Si on se trompe, c’est l’élu qui trinque. Aucun risque, Titi, on est couvert. Donc pourquoi japonais ? Parce qu’au Noël dernier, le directeur des espaces verts a reçu en cadeau un livre sur les bonzaïs (on ne sait jamais quoi lui offrir a dit Nelly). L’année dernière, c’était un dvd de Massacre à la tronçonneuse. Vous connaissez la suite. Donc pour l’heure, rochers et arbres en pots. Les balayeurs seront-ils habillés en moines bouddhiques ? On y réfléchit, il reste des arbitrages, rien n’est tranché.

Comme d’habitude, l’affaire s’est concertée en réunion publique. Vidéoprojecteur, communication soignée, parole à l’assistance. Encore une soirée de gâchée, me direz-vous. Oui. Plus que d’habitants, on y vit surtout conseillers de quartier et commerçants (je n’y étais pas, mais on me l’a dit).

D’ères Meiji, Keiō ou Taishō, il fut peu question (ça nous aurait faire rire un peu). On parla vite des clodos. Cancres, hères et pauvres diables, ils ont le tort d’exister et d’illustrer la place de leurs exploits. Comme on dit : ils marquent mal. Qu’y faire ? Rien. Qu’en dire ? Pas davantage. Ces anges de la désolation (fine allusion) sont les vieux acteurs d’une scène illustre. C’est tout leur mérite.

A preuve, je me souviens d’il y a une quarantaine d’années d’une même lamentation. La cour des miracles ! La cloche du Vieux Marché ! Une fois pour toute, allait-on nous en débarrasser ! La municipalité d’alors, plus bête que méchante, s’en remit aux braves agents. Ces derniers trouvèrent ingénieux de ramasser quelques individus et d’aller, panier à salade roulant, les déposer aux points ultimes de la lointaine banlieue. Celle de la rive gauche, bien sûr.

Précisons que ce déménagement trouva dans la presse locale son chantre solennel. Égal à lui-même, le réputé scribouillard se surpassa. Faut-il le nommer ? Sa mémoire est ici célébrée, presque vénérée. A quoi bon m’en faire remontrer ? Laissons donc Roger Parment vivre son éternité nimbée de niaiseuse estime. Savez-vous pourquoi les salauds s’en sortent toujours ? Ils comptent sur l’ignorance, sœur de l’excuse, mère de l’oubli.

CDXXII.

Dans mon immeuble, vivent une mère et sa fille. Cette dernière, la soixantaine passée. Bonjour, bonsoir. Mais à force, on finit par connaître et savoir. L’autre jour, je croise la fille dans l’escalier. Tout de suite, je devine : comme on dit, ça ne va pas. Elle s’arrête, je m’arrête ? Maman est partie me dit-elle. Le raisonnable est de penser partie où ? et le même raisonnable comprend Maman est morte. Comme sa voix se brise, je n’ai aucun mal à débiter trois phrases censées adoucir le chagrin des gens qu’on connaît à peine.

Surtout de m’étonner de cette brusque disparition. J’avais en effet aperçu la vieille dame il y a une semaine. Traversant la cour, elle partait au pain, toujours d’un pas alerte, certes branlant, mais sans hésiter de ses pas. De quoi est-elle morte ? Les explications sont embrouillées. De façon rapide et inattendue. La vérité : de quelque chose qui passe pour peu glorieux dans les façons de mourir. C’est ce que me confirmeront les voisins.

Tout ça le mercredi, jour de l’enterrement. Nous voici à l’église Jeanne d’Arc (Louis Arretche architecte, inaugurée en 1974, vitraux venus de Saint-Vincent, XVe siècle). Voici la famille, restreinte, dont une religieuse, qu’on me présente. Je n’ai pas compris si c’était la sœur de la fille ou de la mère. Quel âge ont les religieuses ? Si sœur de la fille, c’est une sœur ultra-aînée ; si sœur de la mère, c’est ultra-cadette. La fille tient à préciser que sa mère avait 88 ans et demi. L’importance de ce demi ? Mystère.

Ni fleurs, ni couronnes, bénédiction bâclée, croque-morts au physique de déménageurs, tout sentait la gêne digne et la dignité gênée. C’est d’autant plus amusant que dans la copropriété, le duo avait la réputation d’être richissime. Ce que nous assurait le syndic lorsqu’aux réunions, la fille faisait échouer toute tentative de travaux, coûteux ou non. La rumeur de l’escalier leur attribuait du bien. Appartements devenant immeubles, maisons devenant domaines… tous châteaux en Espagne opposés au changement du paillasson de l’entrée. Comment devient-on riches ? En vivant comme pauvres.

Devant le mince cercueil, chacun trouvait la justification de l’avarice soupçonnée. La logique commune : pourquoi accumuler tant d’argent ? La voilà bien avancée ! Certes. Mais pourquoi le dépenser ? Le paillasson est encore très bien ! Et à quoi ça lui servirait à Maman, maintenant ? Pas faux.

La sœur religieuse levait vers les vitraux les yeux angéliques de ceux qui ont tout compris. Parce que rien vécu ? Allez savoir. Son habit était aux couleurs d’un ordre indistinct. Les mauvaises langues : un ordre mendiant. Donc messe à Jeanne d’Arc, inhumation (sens strict) en banlieue parisienne. Caveau de famille ou quelque chose comme ça.

Brève cérémonie, brève assistance. Une fois dehors, que dire ou faire ? Plusieurs d’entre nous s’attendaient au verre du réconfort. Le coup de l’étrier auraient dit les croque-morts. Je t’en fiche, comme pour le paillasson : rien. Du coup, nous sommes allés déjeuner au Florian. La mort à Venise en quelque sorte.

 

CDXXI.

Une chose simple et tranquille : qui se souvient de la flûtiste qui chaque fin d’après-midi jouait place de la cathédrale avec, à ses pieds, un chien-loup ? Qu’est-elle devenue ? En existe-t-il une photographie ? Ici, peut-être, pas certain. Dans le monde, à coup sûr. Les touristes, toutes origines confondues, aiment enregistrer ce qu’ils ont, sur le coup, déjà oublié. Rentrés chez eux, ils s’en rappellent mieux.

On imaginera donc que la flûtiste au chien repose dans l’infini perdu des albums japonais, australiens ou britanniques. C’est qui ça, pépé ? Une dame (ce qu’on répond sans trop insister). Une dame qui jouait de la flûte et qui avait un chien. Il s’appelle comment le chien ? Là, tu m’en demande trop.

Avez-vous participé aux Journées du Patrimoine ? Quelle épreuve, hein ! Ce cérémonial autour des vieilles pierres est, d’année en année, de plus en plus formaté et pesant. On a l’impression que, du côté des municipaux, on se force à l’événement. Ah, oui, c’est vrai, c’est les Journées du Patrimoine. L’élu prend un air distant, presque désolé. Idem pour le visiteur : Si j’y vais pas, ça va encore faire des histoires.

Alors on y va. Voir les châteaux (ça doit être difficile à chauffer), les églises (on y attrape la mort), les lieux insolites (moi non, j’ai trouvé ça sympa). Le pire, chacun le sait, ce sont les animations autour. Comédiens, bateleurs, intermittents. Poésie, chansons, scénettes. Quelle mascarade ! Personne n’y croit, mais chacun se recueille. Comme à la messe. De fait, les Journées sont le moment où il y a le plus de monde près de l’autel. Et avec une certaine ferveur. A la sortie, Arlequin dit : Ouf, j’ai mes heures.

En regard, la flûtiste au chien-loup (ça ne se dit plus) avait plus de conviction. Elle y allait de sonates et partitas, avançant chaque soir dans une solitude plus profonde, plus épaisse. Elle ne réclamait rien. Pas même de l’argent. Encore moins de l’attention (mais, au sortir de Monoprix, ce qu’il en est de l’attention !) Elle était là. Elle-même. Au monde. Seule.

Sait-elle que le Palais des Congres (non, pas de faute) a été démoli ? Remplacé par un magasin suédois ? Via les réseaux sociaux (il a un compte ?) on a pu revoir le premier projet de Jean-Pierre Viguier. Ce projet fut l’objet, en mairie, concertation publique oblige, d’une sinistre danse macabre à la sauce locale. Pierre Albertini, maire en chef, en eut le vertige. Aujourd’hui, on s’amuse à le regretter (le projet). S’il était assez paresseux, le second fut encore pire. Le dernier, n’en parlons pas.

Dire qu’on me taxe de nostalgie ! Ira-t-on, en septembre, dans cent ans, visiter l’Espace Monet-Cathédrale ? Douteux. Ira-t-on se recueillir sur les tombes de Jean-Pierre Viguier ou de Pierre Albertini, histoire d’implorer leur pardon ? Pensez-vous ! On ira applaudir Arlequin. Tenez, par les temps qui courent, voilà un métier pour se reconvertir. Plus qu’architecte ou maire, en tout cas. Vous me direz, de l’un à l’autre… Oui, vous n’avez pas tort.

 

CDXX.

Les récents jeux olympiques ont réservé une surprise, celle de passionner le public pour les efforts des handicapés. Ce fameux public, dans sa vérité, trouvait une satisfaction à voir courir des unijambistes, sauter des aveugles, nager des manchots. J’écris ces derniers mots en ayant conscience de ce qu’ils peuvent avoir de choquant aujourd’hui. L’atténuation ou l’antiphrase dans ce domaine (et dans d’autres) est devenue la règle commune. Mon père le disait déjà : On n’est plus arracheur de dent, on est chirurgien dentiste. Oui, cela changeait tout.

Dans ce spectacle d’aveugles nageant, d’unijambistes sautant et de manchots courant, n’y avait-il pas du voyeurisme ? Un peu. De la compassion ? Beaucoup. Surtout du partage. Ah, les valeureux ! Il en faut du courage ! Comme disait un brave homme entendu à la radio : C’est pas moi qui ferais ça. Non, c’est pas vous qui feriez ça. A voir les sportifs s’épuiser, on ressent le bonheur d’être valide et de l’être sans effort. Dispensés, en somme.

Corollaire presque obligé, on ne manque pas de nous informer des progrès en matière de prothèses. Fer, plastique, carbone… autant de bras, de jambes, et d’yeux qui voient, verront, ont vu. C’est que, si les sportifs intrépides exhibent (plus ou moins) leurs handicaps et leurs substituts, les chercheurs eux, s’ingénient à inventer la main invisible, la jambe parfaite, l’œil révélateur, que sais-je encore.

En la matière, l’ultime de la recherche est d’aboutir au prototype indiscernable de l’original. Quelle est la vraie jambe, la vraie main ? Tout est là pour dire : je suis handicapé mais ça ne se voit pas. Le contraire des jeux olympiques, en quelque sorte.

J’ai vécu ma jeunesse au milieu d’hommes qui, pour beaucoup, étaient revenus de la guerre (la Grande) avec la légion d’honneur ou la croix de guerre. Inutile de dire qu’elles remplaçaient assez mal une jambe ou bras, quelquefois les deux. Il y avait, à trois maisons de chez mes parents, un homme assez jeune (pour moi déjà vieux) qui n’avait plus de jambes et qui était gueule cassée (je vous épargne les détails). Le matin, son épouse l’installait à la fenêtre du rez-de-chaussée. Il y passait sa journée. Les passants, ça lui faisait une distraction.

Dans mon enfance et adolescence, on ne comptait plus pilons, crochets de fer, corsets de cuir, et tutti quanti. Toutes choses qu’on ne voit plus. Ou à peine. Qui se souvient d’un marchand de partitions de musique, rue Saint-Romain, qui avait une jambe de bois ? Le gardien du square Solferino avec un crochet ? A l’époque, il y a longtemps, on croisait rue des Carmes une dame très élégante arborant un pilon d’aluminium ; quelle allure !

On considérait toujours ces vaillants avec un respect mélangé de mépris. Faisaient-ils peur ? Au vrai, les choses n’ont guère changé. On peut le constater chaque jour autour de soi. Ainsi, d’hier, on j’ai entendu ceci sur la ligne 7 : Qu’ils remportent des médailles, très bien ; qu’ils veuillent prendre le bus aux heures de pointe, ça c’est nul.

 

CDXIX.

Le récent commentaire d’un lecteur contient comme un reproche voilé. Voulant parler de la place du Général de Gaulle, j’ai parlé (je parle toujours) de la place de l’Hôtel de Ville. La première est celle de l’appellation officielle ; la seconde celle de l’usage. Ce lecteur a deviné : je déteste autant le Général que les calendriers des Postes (pas pour les mêmes raisons). Surtout, je n’aime pas qu’on donne le nom d’une personne à une rue, un espace ou un monument. Vous dire le malheur qui me traverse, hier et aujourd’hui.

Je profite de ce bref espace pour déplorer (je l’ai déjà fait) qu’on ait donné le nom de la jument de Laurent Fabius (voir la l’émission de télévision La Tête et les Jambes des années Soixante-dix) au nouveau Palais des Sports. Simple exemple : qui se souvient, place Saint-Marc, de la salle Lionel-Terray ? Qui se souvient de Lionel Terray ? En conséquence, qui se souviendra de Kindarena qui mourut, vieille et malade, au Haras du Pin, à l’aube des années 2000 ?

Je n’aime pas la rue Louis Ricard, ni la rue Camille Saint-Saëns. Ni les rues Georges Lanfry, Docteur Rambert, Robert Schumann. Je ne passe jamais (rarement) par la rue Jean-Lecanuet. Je prends toujours (souvent) par la rue Thiers. Vous me direz… Oui, je sais. Je sais surtout les noms des anciens maires immortalisés sur plaque. Vous passerez (si le cœur vous en dit) par les avenues Georges Métayer et Jacques Chastellain, et même par l’obscure (pas tant que ça) rue Eugène Richard. Tant mieux pour vous si vous n’êtes pas renversé par un de ces maudits cy’clics.

Vous éviterez cependant les rues Maurice Poissant et François Gautier. Le premier parce qu’il officia, à l’insu de son plein gré, sous l’Occupation ; le second parce que, mon Dieu, comment dire ? Enfin, bref. Aurons-nous une Pierre Albertini ? Ça m’ ferait mal, disait l’autre. Une rue Valérie Fourneyron ? C’est à craindre. Une rue Yvon Robert ? Un boulevard, vous voulez dire. Plutôt un rond point, histoire de tourner en rond. Ce qu’on nomme au Monopoly (fine allusion) le retour à la case départ.

Mais la question n’est pas là. Elle est que la bêtise et l’inculture des élus (ou des administrés) finit toujours par transparaître. Sans cesse, de l’invisible au visible. Un exemple ? N’a-t-on pas inventé, il y a peu, ici, pas loin, une rue Marguerite Duras ? Si ça vous amuse, sachez qu’elle jouxte la place Elsa Triolet. Un brin d’indulgence cependant car le pire vient souvent d’ailleurs. De l’opinion, du bon sens, et du raisonnable résonnant. Bref, du public.

Oui, le temps abolit bien des choses. Et bien des hommes, grands ou petits. L’oubli est le meilleur garant de la médiocrité. La gloire (deuil éclatant du bonheur) revient à ceux qui, rurbains ou campagnards, se décident pour la rue des Primevères, des Cerisiers ou l’allée du Lavoir. Où sont primevères, cerisiers et lavoir ? Nulle part. Dans la niaiserie des existences qui en décident, tout au plus. Dites, c’est déjà beaucoup.

 

CDXVIII.

Une précédente chronique évoquait, de façon trop brève m’a-t-il semblé, le peintre Jean Rouquier. J’ai écrit que celui-ci habitait rue Beffroy. A la réflexion, j’en doute. N’étais-ce pas rue de la Seille ? Quelle importance, me dira-t-on. Oui. De peinture, peintre et souvenirs autour, m’est revenu qu’il existait, de fait, rue Beauvoisine, un magasin de fournitures pour artistes. Dans le bas de la rue, sur la droite, au numéro 51 pour être exact (j’ai vérifié). Y loge désormais un tapissier, quelque chose sans guère d’animation (vous me direz, la tapisserie…).

Ce magasin, celui du temps, avait comme particularité d’être tenu par un borgne, qui plus est hideux, presque effrayant. Pour qui aurait eu à porter à l’écran une énième version de Notre-Dame de Paris, on n’aurait pas été embarrassé par ce Quasimodo. Ce d’autant plus que Daniel Lombard (c’était son nom) avait été dans son jeune temps comédien. A la suite d’un accident (d’une maladie ?) il avait abandonné cet état pour ouvrir ici L’Atelier.

C’était, j’en ai un souvenir précis, au mois de mai 1967. Disons qu’avec la clientèle rapin de la ville, l’inauguration fut très arrosée et peu glorieuse (les temps changent : plus personne ne boit dans ce milieu). Daniel Lombard, brave garçon, timide ou complexé par son physique, était un brin trop naïf. Il voulait qu’on l’aime pour lui-même. On devinera que sa faculté à faire crédit le rendait d’autant plus sympathique. Que voulez-vous, le vert véronèse (où mettre les majuscules ?) coûte cher et la peinture se vend mal. Le contraire d’aujourd’hui.

La boutique a fermé au seuil des années 80. Les derniers temps, je rendais visite à un Daniel Lombard plus silencieux et plus maussade. La vérité est qu’il ne vendait plus grand-chose. Et même rien. Ils achètent ailleurs disait-il. Où ? Il est bien temps de le demander !

Donc Daniel Lombard fut comédien. Dans une troupe itinérante. Comme dans Le Capitaine Fracasse demandais-je ? Oui, un peu. Au sortir de la guerre. |Ça a duré, quoi, une dizaine d’années ? Ces baladins tournaient surtout en Bretagne, grands et petits villages. Des pièces religieuses, figurez-vous. Du Paul Claudel et une adaptation, pas fameuse, de La Femme pauvre de Léon Bloy. Inutile de vous dire que le succès était plus que mitigé.

A propos de Paul Claudel, ils avaient monté une adaptation du Chemin de Croix. Échec complet. Un soir de 1955, à Tréguier, un responsable local de la Société des Auteurs fit, huissier et gendarmes d’accord, interdire la représentation. Le Grand Poète Chrétien venait de mourir. On en parlait dans les journaux. Le pieux fonctionnaire crut de son devoir de vérifier si la troupe avait les droits pour monter ce spectacle. C’était non. Rideau.

Je raconte ça avec la mémoire du temps. Pour ce qu’il en reste et ce que ça vaut. Autre souvenir et autre interrogation : le peintre Tony Fritz-Villars (1910-1986) n’avait-il pas, lui aussi, son atelier rue de la Cigogne ? Si oui, c’est à raconter. Mais comme disait chez un vieil auteur anglais, ceci est une autre histoire.

 

CDXVII.

Nous voici rendus à la vie civile. A nos vieux chaussons. Vive l’année prochaine disent les parasols des bistrots. Ou des restaurants où je me suis bien amusé (à défaut d’autre chose). Curieuse impression d’avoir été, un court temps, étranger dans sa ville. J’ai visité des musées, été au concert, me suis reposé au jardin. J’ai arpenté les rues presque avec un guide à la main. Levé tôt, j’ai accompagné de loin des groupes de Japonais (ou d’Anglais) esbaudis devant le Gros-Horloge ou le Palais de Justice. Je suis entré dans la cathédrale en tentant (c’est dur) d’être neuf. Etc.

Il ne fallait là aucun courage. Plutôt une grande vigilance. Ne pas se prendre pour un autre. Jouer le rôle certes, mais sans en être dupe. Enfin, bref, voilà. Ce que j’en retiens ? Pas grand-chose. Presque rien. Ah, si, parmi d’autres : nombre de restaurants refusent les chèques. Liquide ou carte bleue, seuls. Par endroit, j’ai assisté à des récriminations et des prises de becs entre touristes français et tenanciers avertis. A ce sujet, il faut noter la grossièreté et l’aplomb de plusieurs de ces derniers. Vrai, il ne fait pas bon être touriste à Rouen (ailleurs ?)

A ce sujet, je lis dans la presse locale que lesdits restaurateurs s’accordent désormais pour fermer les samedis et dimanches. Il paraît que le samedi, on ne voit, je cite, qu’une clientèle à la consommation plus restreinte. Bien meilleure semble celle des lundis, à ticket moyen plus intéressant. Pourquoi ? La réponse est simple : les lundis sont jours des entreprises et des hommes d’affaires, ceux à feuille de frais. Ah, dites, ce que c’est que la gastronomie et la restauration !

Oui, qu’a-t-on, à faire des tickets moyens qui regardent à tout, et surtout à ne pas trop dépenser. Les notes de frais, dame, c’est la boite qui paye ! Profitons-en. D’autant qu’on pourra toujours expliquer aux employés bas de gamme qu’on n’augmente pas les salaires à cause des frais généraux. Qui deviennent pharaoniques, vous savez ! Et les taxes, et les impôts ! Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? On voit que vous n’êtes pas entrepreneur pour parler comme ça.

Et puis, les employés bas de gamme, ils ont les tickets-restaurants. Y zont qu’à aller chez Flunch ou à la Pizza Paï, c’est pas si mal. Ou le midi, dans les menus à 12 euros, entrée-plat ou plat-dessert (même 10,50).

Plus avant, nos restaurateurs (prétendus tels) se justifient en arguant d’un meilleur confort de travail. Ils vont redevenir ainsi des citoyens normaux. On entendra là qu’être commerçant n’est pas être citoyen normal, et que la liberté d’horaires est loin d’être une sinécure. Où la vertu va-t-elle se cacher ? Et le distingué donc ! Nos cuistots veulent tout : haut du pavé, joies du macaron et révérence des clients.

Attention, chers restaurateurs rouennais, l’heure ne tardera pas où vous devrez mettre la clé sous la porte. Sans retour. Après l’été, l’automne. Temps connu où les feuilles de frais ne se ramassent à la pelle. Puis vient l’hiver.




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