CDXV.

Distraction habituelle des ouvriers retraités d’autrefois, je suis allé voir l’avancement des travaux place de l’Hôtel de Ville. Rien de clair à première vue sinon la grande satisfaction pour moi de constater un immense espace vide. Enfin, presque. Certes bagnoles et bus ne tarderont guère, mais pour l’instant, sous un beau soleil (parfois) la vision est réconfortante. Qu’en sera-t-il dans six mois, un an ? Comme d’habitude : panneaux publicitaires, panneaux routiers, mobilier urbain, et tout le saint-frusquin cher à nos municipaux et leurs obligeants conseillers de quartier.

L’amusant sera de constater ce que sera devenu le projet face à la fronde des automobilistes et leurs fidèles alliés commerçants. On peut plus circuler ! Nos clients ne peuvent plus se garer ! On connait l’antienne. La mauvaise foi des uns (les commerçants) n’a d’égale que l’égoïsme des autres. Le contraire ? Du reste, pas tout à fait à tort, car s’il l’on juge de ce qu’est devenue la rue Général-Leclerc (manière de désert urbain) il faut s’attendre à un genre de réplique pour l’Hôtel de Ville. Dans l’affaire, les gagnants seront le patron de l’ex Château d’Ô (c’est un vieux Rouennais qui écrit) et celui du restaurant d’à-côté. Que de joyeuses soirées en perspective, au calme et dans la sérénité d’une esplanade à leur entier usage.

Notez que les autres ne seront pas à plaindre. Ce sera déjà ça. Auront-ils le cœur de consoler leurs dépités confrères de la rue de la République ? N’y comptons pas. La statue de l’Empereur est là pour rappeler la cruelle vérité du commerce, laquelle est sœur des batailles : pas de quartier ! sus à l’ennemi ! En voilà un (Napoléon) qui affiche toujours une sérénité de bronze. Combien a-t-il vu de remaniements de la chaussée et de plans de circulation sous le pas de son cheval ? Un de plus, doit-il méditer. Et pas le dernier, soupire son chapeau.

La ville se désertifie. Le centre ville devient hyper-centre. Le carré d’or dit-on ! C’est que ça doit être vrai, croyez-le. Moi qui vous parle, j’ai connu une rue Gros-Horloge où il était impossible de se garer le samedi. Et le vendredi, c’était pas mieux. La piétonisation (quel mot !) en a été la conclusion. Puis l’ouverture des centres commerciaux (où il fait toujours beau). Pour qui a des Lettres, la fin du petit commerce remonte à quand ? Vrai, petit ou grand, il ne cesse d’agoniser. Puis de renaître, sous d’autres formes, en d’autres lieux.

Aujourd’hui, qu’iriez-vous acheter rue Alsace-Lorraine ? Place de la Haute-Vieille Tour ? Rue Général-Giraud ? Hier, qu’y achetait-on ? Pas mieux, comme on dit dans les jeux à la télévision. Verrons-nous (pas moi) la fin des super et des hyper ? Verrons-nous (pas moi) la fin des bagnoles ? En gros, verrons-nous la fin de la consommation obligée ? Comme nos descendants vont s’ennuyer ! Il leur faudra lire, dormir ou jouer à la pétanque. Parce que, dites, entre nous, se balader dans l’éco-quartier, ça va une fois ou deux, mais à la longue…

 

2 Réponses à “CDXV.”


  • François Henriot

    Cher chroniqueur, quel amour des contradictions! J’en viens pour ma part au fait que vous évoquez les déserts que sont devenues les rues Leclerc et Alsace-Lorraine: incontestable. Quant à la place de l’Hôtel-de-Ville et du Général (quand même…), elle forme désormais une esplanade minérale – le terme a été osé! De jour, ce sera tout simplement une gare de triage pour autobus de plus en plus massifs et agressifs, et, de nuit…??
    Des commerçants (suspects) et les automobilistes (nuisibles) ont perdu. La rue de la République? A la poubelle de tri sélectif/pléonasme. Qui y gagnera? Et toute cette désertification au nom de l’intérêt général, évidemment, et sans le moindre dialogue sérieux. Pesant.
    PS: si vous voulez rire (?), allez admirer le bâtiment de repos des personnels de la TCAR (on aperçoit même la salle de machines à café), place du Boulingrin…Pas piquée des vers, cette nouveauté imprévue.

  • Clopine Trouillefou

    Je ne sais si c’est une légende ou un fait historique, mais on m’a raconté que le sculpteur de la statue de Napoléon qui orne la place de l’Hôtel de Ville s’était suicidé, quand il s’est rendu compte que le diamètre intérieur du chapeau (tenu à la main) était beaucoup trop petit pour la (grosse) tête impériale. Cette histoire malheureuse, aux relents de Vatel (suicide par poissonnerie à retardement) me force, à chaque fois que je passe devant, à vérifier. Et c’est vrai : le chapeau est trop petit, la tête trop grosse…

    M’enfin, se suicider pour ça, alors que le David de Michel-Ange n’a pas causé le moindre souci à son auteur, et pourtant les mains, n’est-ce pas, fichent une sacrée claque aux lois de la proportionnelle ?

    Ma paresse m’a donc empêché de vérifier l’authenticité, ou non, de l’anecdote. Google pourrait sans doute m’aider, mais Félix Phellion, à qui on ne la fait pas, doit avoir lui aussi des lumières sur le sort des sculpteurs maladroits, bien que rouennais ?

    Et puis, au fait, pourquoi souligner ainsi, comme une mode dont on se moquerait, l’envie d’aller « habiter à la campagne » ? Je crois que c’est ignorer que, pour certains, c’est bien plutôt l’inverse qui s’opère : à savoir que c’est la campagne, et spécialement ce qui la compose, la couleur verte notamment, qui les habitent. (j’ai été un peu vexée de cette phrase-là, mais bon, je pardonne à Monsieur Félix parce que c’est un piéton rouennais, donc tributaire de l’asphalte dans sa conception du monde…

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