CDXIV.

Pour qui répugne à la villégiature (mon cas) la présente saison semble longue. Boulangeries fermées, charcuteries itou. Hormis celles du centre, les rues sont désertes. Comme il est dit : il n’y a plus personne. Léone, mon aide-ménagère, étant repartie pour trois semaines dans son Gabon natal, j’en suis à dîner chaque soir (ou tant s’en faut) au restaurant. Excellent prétexte, mais à la longue, on s’en lasse. Moi le premier. Le divertissement est d’éviter les enseignes habituelles. Délaissant mes adresses favorites, je m’amuse à fréquenter celles où, d’ordinaire, je ne mets jamais les pieds.

Façon comme une autre de jouer les touristes, dira-t-on. C’est ainsi que je l’entends. Qui le croira : l’autre soir, au Vieux-Marché, je m’installe en terrasse. Déjà ça, c’est pour moi un exotisme. Avant d’avoir prononcé le premier mot, le serveur se précipite : Dois-je apporter la carte en anglais ? Dans sa ville natale, être pris pour un angliche ! D’où une certaine amertume, augmentée, je l’avoue, par le prix du menu découverte. Voilà encore des gens (les restaurateurs) qui vivent comme dans un roman de Jules Verne : les Anglais y sont tous millionnaires.

Et excentriques. Chose qui n’est pas près de m’arriver (d’être excentrique). La preuve, me voici ce soir à l’Espace du Palais où, touriste oblige, je feins d’en être un. Mon choix se porte sur la Pizzeria Del Palazzo (que d’invention !) Ça n’est pas l’heure, ici, de faire de la critique gastronomique ; ça n’est pas l’endroit, là-bas, d’en faire non plus. Disons que ma Quatre saisons (10,40 euros) se contentait d’avoir été choisie. Question : où manger une bonne pizza à Rouen ? Pas de réponse.

Ce qui m’a retenu ce soir : être un touriste comme tant d’autre. Observer les tables rapprochées (guère de monde toutefois), écouter les conversations. Je dis « écouter », entendre convient mieux. Je commence à devenir dur d’oreille. A moins que les gens parlent plus bas ? Possible. Et bas parce qu’ils s’aperçoivent que je les écoute ? Possible encore. Dommage car la discrétion a toujours été mon fort. C’est pour ça que je sais tant de choses et qu’il m’est loisible, aujourd’hui, de les raconter. En exagérant et mentant un peu. Pas beaucoup, et parfois en disant le moins, à défaut de pouvoir tout dire.

Mon ticket de caisse me l’apprendra : le serveur de la pizzéria se prénomme Antoine. Enfin, se prénommait ce soir-là. Je suppose qu’il peut user de pseudonyme. C’est sa liberté du garçon de café. Euh, la liberté qu’il croit avoir, Jean-Paul Sartre nous l’a assez appris.

Comme a la liberté ledit Antoine de refuser de servir les clients après vingt-deux heures trente. On ne sert plus ; nous fermons. J’ai entendu ça pour deux tables de deux, et une table de six. Rappelons que nous sommes dans une ville touristique, au milieu d’août et qu’il faisait ce soir là encore 22° au thermomètre. N’y-a-t-il pas un roman de Jules Verne intitulé Les Cinq Cents Millions de la Bégum ? Oui, ça doit être ça.

 

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