Archive mensuelle de août 2012

CDXVI.

Qui se souvient de Jean Rouquier, lequel tenait chaque soir ses assises aux Floralies ? Aux temps anciens, ceux où la place du 22 avril 1944 n’existait pas. Ni l’Espace du Palais, ni la terrasse du Socrate, ni l’extension du lycée Saint-Saëns. Et encore moins ce restaurant dit 16/9e, lequel était un marchand de meubles avant d’être un chinois (entendre un restaurant chinois). Jean Rouquier fut artiste ; on dirait aujourd’hui plasticien. Il fut surtout poivrot. Et grand ami de Pierre Garcette, ceci expliquant cela. De quelques autres aussi. Personne n’a jamais vu (sinon quelques-uns d’entre nous) son œuvre supposée dont il ne reste rien.

C’était petit et minutieux, genre minimaliste. Mais j’ai peine à m’en souvenir. L’homme, cheveux longs, dégarni, éternelle veste de velours côtelé, allumait Celtique sur Celtique. Qui se souvient de qu’étaient les Celtiques ? Il buvait Porter sur Porter (me dire si ça existe encore). Ne parlait pas, n’écoutait mi. Le genre silencieux qui sait. Au vrai, rien. Ou des débuts de phrases. Au plus juste. Enfin, je m’en souviens tel.

Voilà pourquoi les artistes meurent méconnus. Et jeunes, peut-on ajouter. D’autant que se sachant condamné (les médecins sont experts en phrases toutes faites) il s’arrangea pour faire le vide.

Il habitait rue Beffroy. On pourra aussi apprendre qu’il faisait ses courses rue Beauvoisine, du temps de la Poissonnerie Dieppoise, du Porcelet Rose et des Délices de Bretagne. Et à la boulangerie faisant l’angle qui, je crois, n’existe plus. Comme le reste, semble-t-il. Voilà pourquoi encore le petit commerce se meurt : à cause des artistes maudits. Ceux d’aujourd’hui étant en résidence, ils n’ont pas à faire des courses. Ils mangent des nouilles en carton ou vont dans des restaurants recommandés par le Petit Futé.

Jean Rouquier n’était pas très futé. Plutôt imbus de lui-même. Et pas des autres. C’est souvent une addition qu’il faut payer. Et aussi une phrase que je devrais méditer.

A propos du petit (ou grand) commerce qui se meurt, celui dont je parlais hier : quelle ambition peuvent avoir les boutiquiers d’aujourd’hui ? Tenir une simple boulangerie, une épicerie ou charcuterie ne leur suffit plus. Ils veulent accéder. Avoir une clientèle choisie, fidèle, à revenus confortables. Qu’ont-ils à faire de loquedus venant pour une demi-baguette, une boite de sardines et une portion de taboulé ? Le pacte social d’autrefois était d’ouvrir à sept heures, de fermer à vingt-et-un et d’avoir vu naître Juliette, la petite des Texier.

Qui le premier lâcha l’autre ? Lorsqu’on s’est aperçu qu’à débiter du jambon à trois francs la tranche, on n’irait pas loin ? Que côté clientèle, on voulait plus et encore moins cher ? Vrai, ce qui nous a tué : le manque de modestie. Les gens ne savent plus rester à leur place nous disait un vieux professeur de français. De sa part, c’était du vécu.

Et aussi la diversité des produits, la frénésie de consommer, d’habiter à la campagne. Tout ce qui fait la vie moderne. Et dont il faudra se séparer. En un mot : oublier. Comme Jean Rouquier.

CDXV.

Distraction habituelle des ouvriers retraités d’autrefois, je suis allé voir l’avancement des travaux place de l’Hôtel de Ville. Rien de clair à première vue sinon la grande satisfaction pour moi de constater un immense espace vide. Enfin, presque. Certes bagnoles et bus ne tarderont guère, mais pour l’instant, sous un beau soleil (parfois) la vision est réconfortante. Qu’en sera-t-il dans six mois, un an ? Comme d’habitude : panneaux publicitaires, panneaux routiers, mobilier urbain, et tout le saint-frusquin cher à nos municipaux et leurs obligeants conseillers de quartier.

L’amusant sera de constater ce que sera devenu le projet face à la fronde des automobilistes et leurs fidèles alliés commerçants. On peut plus circuler ! Nos clients ne peuvent plus se garer ! On connait l’antienne. La mauvaise foi des uns (les commerçants) n’a d’égale que l’égoïsme des autres. Le contraire ? Du reste, pas tout à fait à tort, car s’il l’on juge de ce qu’est devenue la rue Général-Leclerc (manière de désert urbain) il faut s’attendre à un genre de réplique pour l’Hôtel de Ville. Dans l’affaire, les gagnants seront le patron de l’ex Château d’Ô (c’est un vieux Rouennais qui écrit) et celui du restaurant d’à-côté. Que de joyeuses soirées en perspective, au calme et dans la sérénité d’une esplanade à leur entier usage.

Notez que les autres ne seront pas à plaindre. Ce sera déjà ça. Auront-ils le cœur de consoler leurs dépités confrères de la rue de la République ? N’y comptons pas. La statue de l’Empereur est là pour rappeler la cruelle vérité du commerce, laquelle est sœur des batailles : pas de quartier ! sus à l’ennemi ! En voilà un (Napoléon) qui affiche toujours une sérénité de bronze. Combien a-t-il vu de remaniements de la chaussée et de plans de circulation sous le pas de son cheval ? Un de plus, doit-il méditer. Et pas le dernier, soupire son chapeau.

La ville se désertifie. Le centre ville devient hyper-centre. Le carré d’or dit-on ! C’est que ça doit être vrai, croyez-le. Moi qui vous parle, j’ai connu une rue Gros-Horloge où il était impossible de se garer le samedi. Et le vendredi, c’était pas mieux. La piétonisation (quel mot !) en a été la conclusion. Puis l’ouverture des centres commerciaux (où il fait toujours beau). Pour qui a des Lettres, la fin du petit commerce remonte à quand ? Vrai, petit ou grand, il ne cesse d’agoniser. Puis de renaître, sous d’autres formes, en d’autres lieux.

Aujourd’hui, qu’iriez-vous acheter rue Alsace-Lorraine ? Place de la Haute-Vieille Tour ? Rue Général-Giraud ? Hier, qu’y achetait-on ? Pas mieux, comme on dit dans les jeux à la télévision. Verrons-nous (pas moi) la fin des super et des hyper ? Verrons-nous (pas moi) la fin des bagnoles ? En gros, verrons-nous la fin de la consommation obligée ? Comme nos descendants vont s’ennuyer ! Il leur faudra lire, dormir ou jouer à la pétanque. Parce que, dites, entre nous, se balader dans l’éco-quartier, ça va une fois ou deux, mais à la longue…

 

CDXIV.

Pour qui répugne à la villégiature (mon cas) la présente saison semble longue. Boulangeries fermées, charcuteries itou. Hormis celles du centre, les rues sont désertes. Comme il est dit : il n’y a plus personne. Léone, mon aide-ménagère, étant repartie pour trois semaines dans son Gabon natal, j’en suis à dîner chaque soir (ou tant s’en faut) au restaurant. Excellent prétexte, mais à la longue, on s’en lasse. Moi le premier. Le divertissement est d’éviter les enseignes habituelles. Délaissant mes adresses favorites, je m’amuse à fréquenter celles où, d’ordinaire, je ne mets jamais les pieds.

Façon comme une autre de jouer les touristes, dira-t-on. C’est ainsi que je l’entends. Qui le croira : l’autre soir, au Vieux-Marché, je m’installe en terrasse. Déjà ça, c’est pour moi un exotisme. Avant d’avoir prononcé le premier mot, le serveur se précipite : Dois-je apporter la carte en anglais ? Dans sa ville natale, être pris pour un angliche ! D’où une certaine amertume, augmentée, je l’avoue, par le prix du menu découverte. Voilà encore des gens (les restaurateurs) qui vivent comme dans un roman de Jules Verne : les Anglais y sont tous millionnaires.

Et excentriques. Chose qui n’est pas près de m’arriver (d’être excentrique). La preuve, me voici ce soir à l’Espace du Palais où, touriste oblige, je feins d’en être un. Mon choix se porte sur la Pizzeria Del Palazzo (que d’invention !) Ça n’est pas l’heure, ici, de faire de la critique gastronomique ; ça n’est pas l’endroit, là-bas, d’en faire non plus. Disons que ma Quatre saisons (10,40 euros) se contentait d’avoir été choisie. Question : où manger une bonne pizza à Rouen ? Pas de réponse.

Ce qui m’a retenu ce soir : être un touriste comme tant d’autre. Observer les tables rapprochées (guère de monde toutefois), écouter les conversations. Je dis « écouter », entendre convient mieux. Je commence à devenir dur d’oreille. A moins que les gens parlent plus bas ? Possible. Et bas parce qu’ils s’aperçoivent que je les écoute ? Possible encore. Dommage car la discrétion a toujours été mon fort. C’est pour ça que je sais tant de choses et qu’il m’est loisible, aujourd’hui, de les raconter. En exagérant et mentant un peu. Pas beaucoup, et parfois en disant le moins, à défaut de pouvoir tout dire.

Mon ticket de caisse me l’apprendra : le serveur de la pizzéria se prénomme Antoine. Enfin, se prénommait ce soir-là. Je suppose qu’il peut user de pseudonyme. C’est sa liberté du garçon de café. Euh, la liberté qu’il croit avoir, Jean-Paul Sartre nous l’a assez appris.

Comme a la liberté ledit Antoine de refuser de servir les clients après vingt-deux heures trente. On ne sert plus ; nous fermons. J’ai entendu ça pour deux tables de deux, et une table de six. Rappelons que nous sommes dans une ville touristique, au milieu d’août et qu’il faisait ce soir là encore 22° au thermomètre. N’y-a-t-il pas un roman de Jules Verne intitulé Les Cinq Cents Millions de la Bégum ? Oui, ça doit être ça.

 

CDXIII.

Retour sur l’allée Eugène Delacroix. Encore un coin de ville, issu de la Reconstruction, qu’on s’efforce d’anéantir. Mystère des temps actuels : pourquoi s’acharner à masquer le Rouen des années Soixante ? L’allée en question en est un vivant exemple. Trop d’espace, trop de clarté, trop de simplicité. Il faut faire compliqué, surchargé, illisible. Les gens : c’est plus convivial.

En cinq décennies, cette allée a bien changé. A l’origine, sa réussite tenait à peu : une faible hauteur, un auvent circulant… Les architectes (impossible de me souvenir qui) avaient réglé la question en trois coups de crayon : commerces, unités d’habitation, grandes entrées, volets roulants de bois, passage couvert. Clic Clac, merci Kodak.

Ce qui me fait souvenir qu’il y existait, en descendant sur la droite, un photographe, le Studio Saint-Herbland. Est-ce la boulangerie d’aujourd’hui ? Celle-ci, avec sa façade nouvelle, semble faire autorité (plus que sa pâtisserie, parole d’expert). Il faut se souvenir aussi, du même côté, de la librairie Lemercher. J’y ai acheté une édition neuve de Don Quichotte. N’ayant lu qu’une version abrégée, j’étais incertain de la traduction. Louise Lemercher m’assura que Francis de Miomandre était un excellent hispaniste. Elle n’en savait rien. Moi non plus.

Il y avait, plus bas, un magasin vendant du coton à broder sur canevas. Bergère, chien-loup, clown musicien… toutes choses qu’on ne verra plus. En face, La Caravelle, objets de décoration pour gens sages. Le navire émigra rue Beauvoisine. Il y sombra (fin des gens sages ?) Enfin, à l’angle avec la rue Thiers, référence ultra-rouennaise, La Maison du dessin.

Qui n’a pas connu La Maison du dessin n’a rien connu. Comme son nom l’indique on y vendait tout pour dessiner ou pour écrire. Et ce qui suivait. Le premier étage servait de galerie d’exposition ; on y vit le meilleur et le moins bon, preuve qu’on était, dans ce temps, pas regardant. Les gens sages, toujours.

Passant rue Thiers, près de La Maison du Dessin, il y avait un petit café tout en Formica et néons. Plus loin un tailleur, un pressing aussi, et d’austères sièges de compagnies encore plus austères. L’hiver, en fin de journée, cette portion de rue offrait un éclairage chaud, jaune et brillant. Celui des années Soixante, qui a disparu lui aussi. A côté du café où j’allais parfois attendre, il y avait, à l’étage, le cabinet de maître Mars. Celui-ci était avoué et expert en longs divorces soignés.

La vie de maître Mars s’acheva dans le tragique. Un soir de Noël, un 24 décembre pour être exact, il fut assassiné. Saigné à blanc à la porte du cabinet. A l’époque, on parla d’un « fou », on dirait aujourd’hui « un déséquilibré ». Aussi d’un client mécontent. Enfin une histoire dont on parla. Puis qu’on oublia. Au fait, pourquoi s’en souvenir ?

A l’époque j’attendais au café celle qui devait divorcer pour m’épouser. Moi ou autre (ce qui finit par arriver). La mort de maître Mars retarda la chose. Le temps pour Don Quichotte de voir en Dulcinée l’énième version du mythe ?

CDXII.

Puisqu’une série s’achève et qu’une autre commence, trouvons une transition. M’est revenu à la mémoire le souvenir d’une vieille clocharde qu’on a longtemps vue chaque soir au même endroit. Image connue que celle des solitudes farouches et réfractaires. A moins que ce ne soit qu’une paresse habillée de fierté ? Mais que sait-on, chez les clochards, ce qui relève du corps ou de l’esprit ?

Toujours est-il que les clochards ont leurs habitudes. Et leurs caractères. Certains d’entres eux (ou elles) estiment pouvoir se passer des asiles de nuit. Ces coquetteries-là, toutes estivales, n’ont qu’un temps, pas celui du passé simple. Oui, lorsque la bise fut venue, ils répugnèrent moins aux abris. On y voit là une preuve de sociabilité. Pas à dire, c’est à crever de rire.

Ma vieille clocharde, été comme hiver, dormait dehors. Et en poste fixe, à savoir sous le hall de Paris-Normandie, lorsque celui-ci se trouvait place de l’Hôtel de Ville. Tout ça n’existe plus. Ni le hall, ni la clocharde, ni le gardien de nuit du journal. J’imagine que ce dernier veillait sur la boutique avec autant de conscience que sur sa locataire. La nuit, il n’y a pas de primauté. Tout vaut tout.

La vieille était enveloppée de couvertures et environnée de sacs plastiques contenant présent, passé et avenir. Pour qui avait l’âme tendre, elle offrait le regard de la sérénité. Regard si doux qu’on pouvait s’en émouvoir. Toute clocharde qu’elle était, elle n’en était pas moins femme, par conséquent séductrice. A qui lit vite, expliquer que les hommes le sont tout autant, mais dans un genre différent.

Par exemple le gardien de nuit du journal, personnage singulier que je rencontre encore de temps à autre. En particulier au Clos Saint-Marc, le dimanche. Si nous échangeons trois mots, je n’ose lui parler de celle qui, un temps, accompagna ses nuits. Du reste, je ne suis pas certain qu’il s’en souvienne. Comme les clochards, les gardiens de nuit appartiennent à une race à part. Ce pourquoi on bâtit des fictions à leur propos.

Tout ça pour dire, et c’est là que ma transition trouve sa place, qu’on ne reverra plus ce qui précède. Ni le hall, ni la clocharde, ni le gardien de nuit. Et de fait, ni Paris-Normandie. Qu’irions-nous chercher à Déville, rue des Grosses-Pierres ? S’il y a un hall, en admettant, je doute qu’on y voit des photos de gloires locales ; s’il y a un gardien, il est siglé de l’extérieur et porteur d’un uniforme censé signifier sa vigilance. A-t-il un chien ? J’en jurerais.

Son service terminé, il rentra chez lui sans le journal qui venait de paraître. Qu’avait-t-il à faire de savoir où nos élus passent leur vacances ? Il espérait une douche et dormir. A ce moment, Cathy était surement déjà levée. Le jeudi, elle prenait son service à huit heures. Pourquoi ne pas s’arrêter au Longchamp ? A croire que c’était écrit ! Lorsqu’il poussa la porte du bar, rien qu’au regard que lui jeta Mourad, Cédric comprit que Rico et les autres étaient revenus.

CDXI.

Y revenir encore ? Ce qui lasse dans la presse locale, c’est ce calibrage perpétuel. Ce ton convenu, ces articles formatés, ce langage stéréotypé. L’impression qui domine : nous sommes en région, faisons dans ce genre . Donnons à tout va dans la communication telle que l’entendent élus ou décideurs. En étant à distance, nous serons objectifs. Donc journalistes. Ou le contraire ? Oui, si vous voulez.

Certes on rendra compte de ce qui a lieu, mais de manière à ce que personne n’y adhère. L’astuce : faire en sorte que ce qui est dit (écrit) le soit dans le vraisemblable. Pas le vrai, mais le semblable. Ceux qui, ici et là, témoignent, le font à titre personnel, jamais au nom d’un plus grand nombre. Ça, ce sont les faits tels que nous devons les rapporter. La pertinence, la certitude, l’ironie ? Pensez-vous ! A l’école de journalisme, on nous a dit que…

On nous a dit : surtout ne vous impliquez pas ! Songez que demain vous serez à Nîmes, à Périgueux, à Boulogne, peut-être à Paris (hé, hé). Donc pas de sentiment, jamais. Du recul, de la hauteur, de la distance. Aucun d’entre vous ne moisira à La Voix de Nord, au Midi Libre ou à Paris-Normandie. Espérez Le Monde, priez pou L’Express, damnez-vous pour la télé. N’attendez rien de la ligne 7 ou des Terrasses du Jeudi, soyez de votre temps : twittez à vos potes.

Voilà comment on fait les journaux d’aujourd’hui. Avec des gens qui ne sont pas d’ici pour des lecteurs qui le sont encore moins. Chacun d’entre eux étant muté (bientôt, dans pas longtemps) il faut s’attendre à devoir écrire les mêmes nouvelles pour les mêmes lecteurs, mais ailleurs. Dis, c’est où Ikea ici ? A droite, après Buffalo Grill. Inutile donc de s’appesantir.

Revenons à Paris-Normandie. On a assisté, ces temps derniers, à un événement rare et instructif. Dans les pages sportives, de façon presque clandestine, on a pu lire un long article (quasi une page) sur un marathonien local, héros ayant participé aux jeux olympiques de 1900. C’était du local, de l’histoire, un peu de nostalgie et d’un ton peu désinvolte. Au passage, ce vrai ton qu’ont les journalistes sportifs. Connaissant leurs lecteurs, ils savent qu’il ne faut pas écrire n’importe quoi. En région, le sport est chose sérieuse, pas un tremplin pour se mettre en valeur.

Donc l’ancêtre marathonien. L’article semble avoir eu du succès. Trois ou quatre jours plus tard, on remit ça avec l’évocation d’autres sportifs de l’ancien temps. Toujours la même veine, toujours la même pertinence. Événement rare et instructif ? Oui, car on a prouvé qu’on pouvait intéresser les lecteurs avec de l’anecdotique, de l’allongé et, à tout prendre, un objet sans utilité. Les futurs Xavier Hellie et Denis Huertas méditeront-ils là-dessus ? Pas l’ temps, mon gars.

Mais assez sur un sujet qui n’intéresse que les vieilles personnes. Notre prochain rendez-vous sera consacré à une problématique en vogue chez la jeunesse, à savoir : le sweat à capuche est-il toujours un marqueur social ?

CDX.

Retour sur la disparition programmée de notre cher quotidien. A la réflexion, qu’avons-nous besoin d’un journal chaque jour ? Ce qui m’intéresse, au monde et à Rouen, pour l’essentiel, je l’apprends au matin dans la salle de bains. La Seine s’arrêterait-elle de couler que le bulletin (ça ne se dit plus) de France Inter m’en aura prévenu. Pour le reste, pourquoi lire mardi ce qui s’est passé lundi ? D’autant qu’il s’agit plutôt de le lire vendredi. Les contraintes techniques, n’est-ce pas…

Pour apprendre quoi ? Toutes choses qu’on sait déjà ou à peu près. Les téléphones mobiles ont établi (et pour longtemps) ce qu’il était primordial de savoir. A tort ou à raison, beaucoup s’en contente. Si je veux savoir pourquoi la ligne 7 passera à gauche et non à droite (exemple récurrent) ça n’est pas « le » Paris-Normandie qui me le dira. Ça, les localiers n’en ont que faire. Non, ce à quoi on les oblige, c’est à donner le montant des travaux de ladite ligne. Puis, corollaire, à faire valoir le point de vue des élus ou des techniciens chargés du problème (ils sont interchangeables).

Problème qui n’en est jamais un, sauf pour en faire espérer la solution. Tout devrait être terminé fin 2013. Ou pour le Tour de France, ou l’Armada, ou les élections (n’en parler jamais, y penser toujours). Y a encore de la place pour les horaires de la piscine ? Oui.

J’attends les raisonnables commentaires habituels. Ceux qui me diront qu’on ne peut être si réducteur ou partisan. Qu’un quotidien doit contenter Pierre, Paul et Jacques. Surtout ne mécontenter personne. Que le journal qui importe, c’est celui de demain, pas celui d’hier. Celui d’hier sert aux épluchures de pommes de terre. Mais qui fait encore de la vraie purée ? Eh bien, les lecteurs de Paris-Normandie !

L’autre matin, à la radio, longue évocation de Pablo Picasso. J’apprends qu’au Bateau-lavoir, les locataires, faute de mieux, couchaient à même le sol. Pour mieux se protéger du froid, ils prenaient L’Intransigeant, journal au papier plus épais. Durant l’Occupation, ma mère envoyait la bonne à la Propagandastaffel. Y faire quoi ? Chercher brochures et magazines, excellents disait-elle, pour se chauffer ou allumer le feu. Avec quoi retient-on le lectorat !

Où se trouvait la Propagandastaffel ? Aucun souvenir. Rue Jeanne d’Arc, rue Verte ? Il faudrait relire Nobécourt. Tiens, en voilà un que la disparition de Paris-Normandie amuserait. Enfin, façon de parler. Quels conseils donnerait-il aux repreneurs ? Des conseils d’un autre temps. Quoique, peut-être pas. Vu ce que deviens le journal depuis un certain temps (articles achetés à l’extérieur, remplissages publicitaires…) Nobécourt y retrouverait une partie de sa jeunesse.

Oui, dirait-il, on faisait ainsi les journaux autrefois. Du temps du père Walter : pas de journalistes, les articles achetés à Paris, les nouvelles du château, la publicité déguisée, les petites annonces, les nécrologies, les rébus… Le personnel payé à coups de pied dans l’ cul. Ça a tenu trente ans. Et après ? Après, on est passé à autre chose. Ce qui adviendra.

CDIX.

Ainsi, nouvelles dernières, notre antique Fanal de Rouen va être prolongé de quelques mois. Tant mieux. Nous saurons donc si la ligne 7 passera sur la gauche ou sur la droite. Et aussi, mais c’est accessoire, si nous reverrons jamais le cirque Rancy sur le Boulingrin. Après, que voulez-vous, il faudra bien nous séparer. Dame, les choses n’ont qu’un temps. Bonnes ou mauvaises, les nouvelles sont périssables. A peine en conserve-t-on quelques unes, histoire de dire.

Derrière le bar, le patron hausse les épaules : On peut pas rester sans canard ! Dans son vieil esprit rouennais, ne plus avoir son quotidien, est de l’ordre du non-sens. Inutile de le raisonner, pour lui, c’est simple : il n’y croit pas. Les repreneurs pressentis (professionnels avertis) espèrent-ils tout de cette foi de charbonnier ? Possible.

Mon cafetier sait son Credo : tant qu’il a son canard, il est au courant. Il ne perd pas pied. Tant que je lis Paris-Normandie, je suis en vie (slogan gratuit et à disposition). Ce peu d’exigence a son corollaire : l’habitude et la paresse. Comme celui qui tombe du dixième étage : jusqu’ici tout va bien. Encore dix numéros, puis cinq, puis trois Xavier Ellie et Denis Huertas auront-ils à cœur de clore le spectacle ? C’est probable.

Saison après saison, on en a vu des vedettes à l’affiche : Rouault de la Vigne, Jehan Le Povremoyne, Jean des Vignes Rouges, Gabriel Reuillard, André Renaudin, Yvon Hecht, Jacques Brenner, Pierre Merlin, Philippe Huet, François Vicaire, Marie Malone, Arnaud Faugère, François Henriot, Michel Lépinay… que sais-je encore ! Chacun avec son genre et ses variations. Comme disait Carabine : Tu parles d’un cirque ! Elle n’avait pas tort.

Et Poustiquet, alors ! Oui. Cet été on nous afflige d’une page des Bidochon. C’est graisseux et vulgaire à souhait, mais cela suffit au lectorat que nous sommes devenus. En regard, parcourons la page des exercices dégourdis, tels les trucs et astuces pour ne plus faire de fautes. Ceux-ci sont réservés aux récents jeunes journalistes (liste sur demande). Et aussi, c’est moi qui souligne, à certains lecteurs qui font les malins sur leurs blogs.

Redevenons sérieux. Ce journal ne sera sauvé que par ses lecteurs. A condition qu’ils y lisent ce pourquoi ils l’ont acheté : le local. Sports, divertissement, politique, faits-divers, chaque rubrique doit montrer ce qui a lieu. Ici et au plus vrai. Au plus près. Faire en sorte que chaque matin le lecteur se lève en s’interrogeant : où puis-je savoir ça ? Et que devant son café, il se réponde : Paris-Normandie peut-être ?

Depuis des années, café bu, le lecteur (moi) ne s’interroge pas. Il sait qu’il trouvera, page à page, les projets de la Crea, les faits-divers du Havre, la photo de Christophe Bouillon et la promotion paresseuse d’un quelconque spectacle officiel. D’autres choses aussi, mais bon. Ça coûte un euro et c’est assez pour mon cafetier. Brave type au demeurant, mais il a 67 ans et cherche à vendre. A un jeune ? Pensez-vous, faudrait se lever tôt !




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