CDVIII.

Dimanche de Clos Saint-Marc. Guère de monde, marchands et chalands. Du touriste, un peu. Côté brocante, ça n’est pas mieux. Au vrai, tout le monde semble s’ennuyer. On parle du temps qu’il fait. Plutôt qu’il ne fait pas. Les vendeurs de presse politique ont désertés. Passé les élections, il n’y a plus d’urgence à faire la Révolution ou à élire qui que ce soit. Autant aller en vacances ou au bistrot. Ou encore acheter son pain chez ce nouveau boulanger en remontant. Il se nomme Cressent et se titre meilleur ouvrier de France. Ça n’est pas loin d’être vrai. Il faut se souvenir qu’il a succédé à un sieur Stalin dont le pain ne valait pas tripette.

Le pain est aussi excellent chez Hamelin, lequel a succédé à Rouas. Et incomparable chez Osmont (sous la halle). Bref, du vin, du pain, du fromage (un Neufchâtel) et votre dimanche ne sera pas perdu. Le mien en tous cas. Il n’y manque qu’un bon livre, toujours possible du côté de la brocante. Pour un euro, les choix sont innombrables. L’âge aidant, on peut se montrer sur ce point (et sur tant d’autres !) sans exigence.

Un de mes vigilants lecteurs va sans doute me commenter. Et me dire que ce que j’écris là lui est déjà connu. Et qu’il lui semble bien qu’une précédente chronique (récente ou ancienne) avait à peu près ce même ton. Sans doute. Mes dimanches se ressemblent et je ne cherche guère à ce qu’ils varient. S’il peut en être encore ainsi quelques années, j’en conserverai un bon souvenir. Seul parfois le retour chez moi m’ennuie. Je médite trop et n’aime pas trop voir ce qu’est devenue ce haut de rue Martainville.

La foule attablée là me semble être celle des figurants tournant un film publicitaire. Le long de Saint-Maclou est devenu un étalage de boutiques à mangeaille censées faire décor typique. On attend le Moteur ! des techniciens et le Action ! du réalisateur. Personne ici ne déjeune ou ne dîne vraiment. On suit un script. On attend que la prise soit bonne (elle l’est souvent). Mais certain aussi que touriste est un métier, même si en tenir le rôle n’est pas plus difficile que ça.

Où les vendeurs de presse politique vont-ils en vacances ? Je me le demande toujours. Peut-être sur d’autres marchés. Plus estivaux, plus au Sud, sur les marchés de Provence, comme dit la chanson. On nous offre bien le détail des vacances ministérielles, je ne vois pas pourquoi nous ne saurions pas où va le vendeur de Lutte Ouvrière. Ou ne va pas. Si ça se trouve… Mais c’est assez fait la mauvaise langue.

J’ai passé ma longue après-midi avec Les Ames fortes de Jean Giono. Qui a dit que Jean Giono était notre William Faulkner ? Comme pour Cressent et le meilleur ouvrier de France, ça n’est pas loin d’être vrai. Giono comme le bon pain ? Croûte et mie, voilà qui ne se discute pas. De fait, je désapprouverai tout commentaire allant dans le sens contraire. C’est dit.

1 Réponse à “CDVIII.”


  • Clopine Trouillefou

    Je me déjà tape trop souvent l’incruste ici pour une fois de plus commenter (c’est-à-dire tout ce que ce billet fait remonter en moi). Tant pis : j’écrirai dès demain, chez moi, c’est-à-dire sur un minuscule blogounet dont la fréquentation fort modeste me permet de vivre heureuse, puisque cachée. J’aimerais bien, cependant, que Félix, quittant un instant le pavé rouennais, vienne y faire un saut. Un dimanche, ou un autre jour : comme il lui plaira.

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