CDVI.

Je ne me console pas de ce qu’est devenu cette partie de ville allant du Palais de Justice au Musée de Peinture : l’allée Eugène-Boudin, l’Espace du Palais, l’allée Eugène Delacroix… Années après années, on s’ingénie à vouloir en faire quelque chose. Il faut les meubler, les décorer, les rendre utiles. Il faut surtout que ces lieux de passages ne le soient plus.

J’ai connu l’ancien marché aux fleurs dont, excepté des erreurs de normalisation, la réussite était patente. Serait-il encore debout, qu’il y aurait peu à faire pour en faire un lieu ouvert et disponible. Y compris le défunt parking dont la silhouette n’était pas sans rappeler la vraie fausse médiathèque dont nous avons hérité.

Du temps d’une ancienne municipalité on a rasé le tout pour construire l’Espace du Palais. Cette monstruosité rentable (pas tout à fait) survit. Il suffit d’y passer (quelle idée !) pour constater que les actuels locataires (extérieurs et intérieurs) sont affectés d’une maladie aigüe : la peur du vide. Trop d’espace, pas assez de palais ! C’est ce qu’on entend ou croit entendre. D’un côté les terrasses s’agrandissent, de l’autre les vitrines se vident.

Le commerce irait-il mal ? Oui et non, c’est selon. Toujours est-il qu’on s’ingénie à remplir cet Espace par tout ce qui tombe sous la main : concerts pop-rock, transfusion sanguine, démonstration de skate-board, que sais-je ? Mais aussi expositions de peinture à faire frémir, ventes à la criée (vieux livres de bibliothèque, par exemple), ou encore, dernier must, organisation de fermes pédagogiques. J’ai vu dans l’agora (ah, ah) dudit Espace, il y a peu, des poules et un malheureux lapin. Ils étaient censés initier (façon de dire) les enfants à la nature. Jurons que le contraire a plutôt été admis par lesdites poules et le ledit lapin. Tiens donc, c’est ça la vie à la ville ?

Pendant ce temps, les parents s’activaient en terrasse ou s’épuisaient dans les rayons d’une grande enseigne (terme consacré). J’ajoute au passage (cas de le dire) que l’enseigne a convaincu un actuel ancien et toujours maire de s’installer à une condition : elle annexerait l’espace public. Comment ? En fermant à son seul usage l’accès donnant sur la place Foch. Ce faisant, elle restreignait d’autant la circulation piétonne et pratique. Qui protesta ? Personne. Restait, pour qui voulait passer vite, la voute du Palais de Justice. Vigie Pirate aidant, elle est aussi fermée. Silence, ou je fais évacuer la salle !

Oui, pourquoi passerait-on par là ? Passons plutôt par ici. Hélas, par ici, c’est l’allée Eugène Delacroix, autre terrain d’expérience pour le trop vide. Là où il n’y avait qu’une perspective blanche et minérale, nous avons à présent d’envahissantes jardinières, des panneaux publicitaires, des jeux pour enfants, une station de vélocipèdes, un kiosque à journaux, des entrées de parkings. Qu’y manque-t-il ?

Par voie de presse, on nous annonce la refonte complète du square Verdrel. Celle-ci étant déjà dans les cartons, il faut s’attendre à une extension de ce qui précède. Les poules et le lapin y compris ? Oui.

2 Réponses à “CDVI.”


  • La petite souris

    Voilà ce qu’on va faire : démonter Rouen et la remonter à la campagne.

  • Clopine Trouillefou

    D’autant plus d’accord avec vous, Félix, que la fermeture du passage voûté, sous le Palais de Justice, m’a privée d’un de ces petits plaisirs secrets que les piétons ne partagent guère qu’avec les pigeons – non voyageurs.

    Je veux parler de l’adorable petit singe qui s’accroche au pilier gauche du passage, côté cour d’honneur.

    C’est un tout petit singe, comme on en voit souvent dans l’architecture gothique : il enroule sa queue autour de la pierre dont il est issu, mais ce n’est pas pour cela qu’il m’enchante : c’est que, voyez-vous, il pose son menton dans sa main – comme chez Rodin ? Oui, comme chez Rodin, et il prend à partie, ainsi, le ciel si découpé des multiples guipûres du Palais.

    Quand j’étais jeune fille, je ne manquais jamais de passer par là pour le saluer : je trouvais que s’interroger ainsi, la main au menton, dans un endroit qui voit passer dans un sens tant de prévenus, et dans l’autre tant de condamnés, mettait un peu de philosophie (et d’humilité) à l’ensemble du bâtiment.

    Je ne me suis pas remise de la fermeture du passage de la voûte, parce qu’il m’a fallu dire adieu au petit singe penseur. De la grille, même en se tordant le coup, on ne le voit pas… Et je n’ai jamais vu une photo de lui…

    Si jamais, ô Félix, vous qui avez certaines entrées rouennaises, vous avez la chance de pouvoir passer par là, pourriez-vous le saluer de ma part ?

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