CDIV.

Encore quelqu’un dont il faudrait se souvenir lorsqu’il en est encore temps. Jean Davis, courtier indépendant, touche à tout, brave type entre tous. Mais aussi requin patenté, l’homme des bonnes affaires, des combines à trois francs six sous. L’homme au sourire aurifié. Jamais là et toujours là. Qui connaissait tout, tous et toutes, mais n’en profitait guère. Ou à peine. C’est Davis qui doit savoir ça. Il le savait, mais quelle importance ?

Un profil comme on n’en trouve plus. De ces hommes qu’il faut suivre les yeux fermés et dont on se méfiera. Dont on se méfiera comme de la peste (expression toute faite). Le parfait charmeur, en somme. Bref, un type très équilibré pour ce qu’il en est dans le monde tel qu’il est. Les courtiers en publicité sont parfois pris comme personnages de roman. De là à les écrire, il faut de la constance et du talent. Sans comparaison avec ce qui précède.

Jean Davis vécut une jeunesse aventureuse. Banalité, car nombre d’hommes de sa génération eurent la même. Il fallait être Parisien, dégourdi et curieux. Parisien, du côté du boulevard Montparnasse. Vers la fin de la guerre (la Première), il y faisait je ne sais trop quoi d’avouable. Dégourdi, ce qui amène à fréquenter les cafés, petits et grands. Curieux, de s’attacher à ce qui semble être des personnages attachants. De cette époque, Jean Davis conservait deux toiles de Modigliani. Ah, disait-il, celui là ! Et on n’en tirait rien d’autre.

Plus tard, il avait fréquenté Georges Simenon, très bien même. Et Georgius, qui lui aussi écrivit des romans policiers (moins bons que l’autre). Et un nommé Louis Six dont le nom traine dans les mémoires du temps. Et autant de patrons de cabarets et de boites de nuit. Ah, des filles à poil, pour en voir, j’en ai vues. Il lâchait ça comme ça. Ne s’étendait pas. Ses anecdotes n’étant plus à la mode, elles paraissaient vieillottes. On les oubliait vite. Lui aussi, peut-être.

Autre trait, l’amour immodéré des femmes. De fait, il n’appréciait guère les jeunes gens, tous considérés comme des empêcheurs. Que pouvaient-elles lui trouver ? Les mystères du cœur féminin sont trop cachés pour qu’on s’y attarde.

A Rouen, il habitait rue de la République, à côté de l’Omnia. Un grand appartement clair qu’il avait réussi à transformer en débarras pour commissaire-priseur. C’est là que j’ai vu les deux Modigliani, sans parler du ramassis de sculptures, toiles et dessins, tous signés de gens plus morts les uns que les autres. Il y avait, dans la cuisine donnant sur l’arrière, jusqu’à une énorme étude d’Ossip Zadkine en terre cuite, pratique pour sécher les torchons (selon l’expression du maître des lieux).

Ça doit peser une tonne ce machin-là ! s’exclamait-on. Ce que constatèrent les déménageurs, un matin de novembre alors que l’Omnia était devenu Gaumont. Une fois la porte refermée, et bien fermée, nous sommes allés dîner à l’Hôtel de Dieppe avant le départ du dernier train. Nous ne servons plus à cette heure a dit le garçon. C’était sans doute vrai.

2 Réponses à “CDIV.”


  • Clopine Trouillefou

    Félix, votre goût de l’oxymore vous perdra peut-être, mais nous aura cependant beaucoup réjoui. Ah, ce « brave type » dont il fallait tant se « méfier »… Et puis, la pirouette de la fin : mais qu’avez-vous donc mangé ce soir-là ?

  • Michel Strogoff

    Ben mon colon, c’est ce qui s’appelle avoir fait une touche !

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